Biodiversité : une transformation socio-économique vers une harmonie entre l’homme et la nature

RCI 2021-10-15 09:17:29
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Professeure Lyu Zhi qui participe à la COP15 à Kunming

Professeure Lyu Zhi qui participe à la COP15 à Kunming (Photo fournie par Lyu Zhi)

La Déclaration de Kunming a été adoptée mercredi 13 octobre lors de la 15e réunion de la Conférence des parties (COP15) à la Convention des Nations unies sur la diversité biologique en cours à Kunming, dans la province chinoise du Yunnan (sud-ouest). Un document qui appelle à une sensibilisation, un consensus et des actions concrètes à l'échelle internationale afin de préserver la biodiversité.

Dans une interview exclusive accordée jeudi 14 octobre à China Media Group, Lyu Zhi吕植, professeure de conservation biologique à l’Université de Beijing (Beida en chinois), également fondatrice du Centre de conservation de la nature Shan Shui (山水自然保护中心 Shan Shui Conservation Center), dit être « très impressionnée et exaltée » de pouvoir participer à la COP15. « Les dirigeants des pays participants ont dégagé un large consensus quant à la manière de veiller à ce que la biodiversité soit mise sur la voie de la reprise d'ici 2030, au plus tard, vers la pleine réalisation de la Vision à l'horizon 2050 de "Vivre en harmonie avec la nature'' », a fait savoir la professeure. Et d’ajouter: « Ils ont tous exprimé la volonté et de participer activement à l’élaboration d’un cadre mondial efficace en faveur de la biodiversité pour l'après 2020 et de le soutenir. C’est ce qui m’a beaucoup impressionné et je me sens très encouragée. »

Selon Lyu Zhi, qui participe à la réunion qui se déroule à Kunming, il n’y a pas que les pays développés qui ont travaillé activement pour la préservation de la nature, même les pays en développement qui dépendent des ressources naturelles, se préparent aussi à réagir. « Un large consensus global propose une bonne direction pour les futures négociations concernant le cadre pour l’après 2020. »

Pour l’écologiste chinoise, les dix ans à venir constituent une décade clé pour la survie de la planète, étant donné la situation environnementale inquiétante. « Si on n’agit pas immédiatement, la Terre risque de s’effondrer. Il est difficile de rétablir certaines régions, mais nous gardons toujours de l’espoir. Il nous fallait préserver les endroits qui ne sont pas encore dégradés du fait des activités humaines. Protégeons 30% des terres et mers, ne les laissons pas se perdre de nos mains. »

Elle indique notamment que les relations entre l’homme et la nature ne sont pas contradictoires et que l’enjeu majeur pour le moment est de mettre la biodiversité au centre du développement social. « Sinon, la société se développe toujours plus vite que la protection environnementale, on n’arrive jamais à arrêter la tendance de la détérioration de la biodiversité. Le point essentiel dans ce dossier consiste en la transformation des modes de production, de vie, de consommation et de croissance économique », souligne Lyu Zhi.

Professeure Lyu Zhi qui participe à la COP15 à Kunming

Professeure Lyu Zhi qui participe à la COP15 à Kunming (Photo fournie par Lyu Zhi)

C’est depuis plus de 40 ans que Lyu Zhi travaille dans la conservation de l’écosystème. Elle a, au cours de ces quatre décennies, remarqué une prise de conscience collective chez les Chinois dans les efforts de la conservation de la biodiversité. « Lorsque je faisais les recherches sur le panda (dans les années 80), la déforestation était un problème très épineux ; en 1998, la déforestation a été arrêtée dans tout le pays ; et aujourd’hui la Chine établit ses premiers parcs nationaux. Ce processus montre que la conservation de la biodiversité constitue à ce jour un large consensus entre le gouvernement, les entreprises et la population. »

La Déclaration de Kunming détaille l’un des éléments clés au succès, c’est la participation pleine et efficace des populations autochtones, des communautés locales, des femmes et de jeunes générations à la cause de la biodiversité.

D’ailleurs, une étude des Nations unies évoque la dégradation relativement lente du sol dans des zones où vivent des populations autochtones. Un résultat, pour Lyu Zhi, qui prouve que la participation des autochtones joue un rôle très important dans la préservation de la biodiversité. Elle cite l’exemple des régions tibétaines chinoises où des ressources naturelles sont mieux protégées, surtout aux alentours des lacs et montagnes sacrés de culte pour les croyants tibétains locaux.

« J’ai vu de mes propres yeux que les Tibétains ne creusaient pas le Cordyceps Sinensis, une matière précieuse utilisée dans la médecine traditionnelle chinoise. Leurs comportements vont à l’encontre de la recherche du lucre, ils respectent naturellement les règles, sans être liés par la loi. En Chine, un grand nombre de communautés et populations locales conservent des sagesses, cultures ou codes de conduite visant à vivre en harmonie avec la nature », souligne-t-elle.

En 2007, Lyu Zhi a créé le Centre de conservation de nature Shan Shui, en vue de sensibiliser le public à la protection des espèces et à la conservation de la biodiversité. Depuis lors, elle essaie de mieux entretenir les liens entre les autochtones et la nature, et de protéger la biodiversité tout en respectant les intérêts de la population locale.

La Réserve des Sources des trois Rivières (Crédit: Sun Rui/VCG)

La Réserve des Sources des trois Rivières (Crédit: Sun Rui/VCG)

Dans la Réserve des Sources des trois Rivières, au nord-ouest de la Chine, Lyu Zhi et son équipe forment les locaux à surveiller la situation de l’écosystème et de la biodiversité, et ensuite les amateurs de la nature visitent la région pour observer la plantation, les animaux et paysages locaux sous le guide de la population locale. Ce qui crée une circulation positive capable de bénéficier aux locaux.

En plus, dans le district de Pingwu, dans la province du Sichuan (sud-ouest du pays), où vivent les pandas sauvages, les locaux ont réussi à produire du miel de haute qualité en employant les plantations dans cet habitat du panda géant. Selon l’écologiste Lyu Zhi, ces produits fabriqués à partir du miel ont entraîné l’exploitation d’une série de produits écologiques, les populations locales commençaient à établir leurs zones de protection et surveiller volontairement leur sol.

Aux yeux de cette écologiste, le plus important, affirme-t-elle, « c’est que ces mesures écologistes ont modifié la physionnomie des régions rurales, les locaux ont plus de confiance et le sens du bonheur envers leur vie. »

En ce qui concerne la création des réserves naturelles, Lyu Zhi estime qu’il est plus important de préserver la biodiversité en ville. Elle cite souvent l’exemple de l’Université de Beijing, dont le campus faisait autrefois partie des jardins impériaux sous la dynastie des Qing. Avec une superficie de 1 k㎡, le campus de Beida accueille chaque jour environs 50 000 personnes. Des chiffres qui font de ce campus un endroit d’une très forte densité. D’après Lyu Zhi, grâce au concept de jardin établi lors du design de l’école, les professeurs ont cueilli plus de 30 000 graines et plantes locales de Beijing au cours de la construction de cette université qui a aujourd’hui plus de 100 ans.

Bien que petit, depuis 2013, le campus abrite quelque 600 plantes et 300 animaux, selon les données recueillies par l’équipe de Lyu Zhi. Oiseaux, insectes, mammifères (dont hérisson), amphibiens et autres espèces, tous coexistent dans le campus de l’Université de Beijing. « Ceci montre que l’exemple de la biodiversité de Beida peut être copié dans n’importe quel endroit », estime la professeure Lyu.

Les pandas (Crédit: Xu Jun/VCG)

Les pandas (Crédit: Xu Jun/VCG)

Les régions moins développées se situent en général dans les zones riches en biodiversité, ce qui renvoie à réfléchir sur la manière dont les pays développés peuvent soutenir les régions moins développées afin d’assurer un équilibre parfait entre l’homme et la nature. « La deuxième phase des négociations seront difficiles, alors le consensus et la volonté sont déjà devant nous, et nous donnent de la confiance », se montre confiante Lyu Zhi.

Elle fait particulièrement référence au rôle et à la contribution de la Chine, en tant que pays hôte, dans le succès des futures négociations qui se tiendront dans le cadre de la COP15 en 2022. « La Chine dispose de ses propres avantages dans les dialogues avec les pays développés et en voie de développement. Elle a également un déséquilibre en termes de niveau de développement avec un Ouest sous-développé et un Est bien avancé. Le modèle de la gouvernance de la Chine est en mesure de contribuer avec sa sagesse dans ce domaine », indique l’écologiste.

« Il est totalement possible de réaliser un gagnant-gagnant entre la nature et le développement social. Ce qui est difficile, c’est de devenir riche d’un seul coup ! L’essentiel de la transformation dont on a besoin réside dans un changement des visions de valeurs. Une sollicitation des ressources naturelles sans restriction va détruire la nature », avertit Lyu Zhi.

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