La lutte mondiale contre le Covid-19 : La Chine, un acteur incontournable

2020-04-13 16:33:18
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Par Kamel Mansari,Directeur de publication du journal algérien Jeune Indépendant


C'est un sommet inédit auquel étaient conviés, la semaine dernière, les grands de ce monde. Inédit par les circonstances imposées par un ennemi invisible et meurtrier qui a mis la moitié de la planète en confinement. Pour la première fois, les dirigeants de ce groupe restreint censés dessiner, en concert avec les traditionnels argentiers de Bretton-Woods, les contours de la politique économique mondiale, ont été contraints à se parler à distance via des pupitres. Les images surréalistes de cette réunion ont démontré la nature du défi auquel est subordonnée l'humanité entière.


Groggy par l'ampleur de la pandémie, les sociétaires du G20 avaient les yeux rivés sur les incalculables conséquences du Covid-19 mais surtout sur l'option prise par la Chine pour endiguer le plus grand fléau du siècle. Si les solutions médicales peinent à s'amorcer, le combat, au quotidien, de la prévention contre le Covid-19 reste le seul exutoire pour venir à bout d'un virus aux forces sous-estimées par les Occidentaux. C'est ainsi que toutes les puissances n'hésitent plus à frapper à la porte de l'ancien empire céleste. Il s'agit désormais d'une question de survie face à cet ennemi tentaculaire.


Or, Pendant que Pékin appelait à la solidarité au nom de la communauté de destin, des pays comme les Etats-Unis et la France s’ingéniaient à lui faire porter le chapeau de ce drame planétaire tout en tournant en dérision chaque geste solidaire qu'elle apporte aux pays ravagés par l'épidémie à l'image de l'Italie ou l'Afrique.


Les élucubrations des responsables occidentaux étaient incarnées par la rhétorique peu orthodoxe du président américain Donald Trump. Il ressassait, depuis des semaines, devant les caméras que les Etats-Unis avaient les moyens de riposter à ce qu'il a baptisé sournoisement de «grippechinoise». La réalité allait vite le contredire puisque à ce jour plus de 405000 citoyens américains, des démunis pour la plupart, ont contracté le virus. Les Etats-Unis allaient en quelques jours se projeter en tête des pays les plus touchés devant les regards ahuris de l'opinion internationale.


L'assurance affichée par le locataire de la Maison Blanche s'est transformée en vœux pieux qui allaient contraindre son administration à tendre la main à la Chine en dépit de l'animosité affichée par son chef de la diplomatie Mike Pompeo.


Un état stationnaire


Le président Xi Jinping avait évoqué lanécessité d'une coalition mondiale contre le virus au nom du destin commun. La santé de l'économie mondiale est au plus mal et au vu de récentes prévisions des sociétés de courtage l'état du malade est stationnaire. Mercredi dernier, l'agence de notation financière Moody's a averti que les économies du G20 devraient être dans leur ensemble en récession cette année en raison de la pandémie. Globalement, ces pays devraient subir une contraction de 0,5% de leur produit intérieur brut (PIB).


Aux États-Unis, cette baisse sera de 2% et dans la zone euro de 2,2%. La relance économique, dès lors, devrait passer par la mise hors d’état de nuire du Covid-19. Cet objectif ne peut être atteint sans une action concertée et globale qui s’articule sur trois frontstel que souhaité par le G20: promouvoir la solidarité tout en mettant en sourdine les différends idéologiques, tirer profit de l'expérience chinoise et porter assistance au continent africain. D'ailleurs, aux yeux du président chinois, l'Afrique est le continent ayant le plus besoin d’aide pour faire face à la pandémie.


Cette ambition requiert, toutefois, une enveloppe de 5.000 milliards de dollars que le G20 a promis d'injecter dans l'économie mondiale, dans le cadre de politiques budgétaires ciblées, de mesures économiques et de systèmes de garantie pour atténuer les impacts de la pandémie.Les membres du G20, qui représentent environ les deux-tiers de la population mondiale et environ 86% du produit mondial brut ont également convenu d'aider les pays en développement et les pays les moins avancés, dotés de systèmes de santé faibles. Justement ces pays sont les plus vulnérables face à la pandémie car étant dépourvus pour la plupart des infrastructures sanitaires performantes et des ressources à même d'amortir le choc des contagions en masse.


Mal préparée pour faire face à une crise sanitaire de grande ampleur, l'Afrique suscite de grandes inquiétudes depuis l'apparition de premiers cas au Mali ou en Libye, des pays en guerre. Au Nord, l'Algérie apparait comme la plus dévastée par le virus compte tenu du flux des voyageurs en provenance de France, d'Italie et d'Espagne, le trio pointe en pole position des pays les plus touchées en Europe.


Mise en garde de l'ONU et actions de Pékin


Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a exhorté le G20 à accorder son soutien aux «pays à faible et moyen revenu», notamment l'Afrique subsaharienne. Lui emboitant le pas, l'ONU a mis en garde contre les risques encourus par l'Afrique si elle est livrée seule et désarmée au Covid-19. «Laisser les pays les plus pauvres et les plus vulnérables à leur sort serait à la fois cruel et imprudent. Si nous laissons le coronavirus se propager librement dans ces endroits, nous exposerons des millions de personnes à un risque élevé, des régions entières seront plongées dans le chaos et le virus aura la possibilité de refaire le tour du globe », a averti Mark Lowcock, Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires humanitaires.


Pour ce faire, Pékin a mis sur la table plusieurs propositions pour lutter contre le virus, notamment une action collective pour le dépistage et le traitement, un soutien aux organisations internationales actives contre le Covid-19, en parallèle de la tenue, dans les meilleurs délais d'une réunion des ministres de la santé du G20 qui sera ponctuée d'une initiative d'assistance du G20 dans la lutte contre l'épidémie. La Chine qui est d'ores et déjà à l'avant-garde de la lutte contre le virus a réussi à contenir sinon réduire considérablement sa propagation d’abord chez elle et ensuite à l'extérieur de ses frontières. C'est ainsi que les autorités à Pékin, ont offert leur assistance à 89 payset à quatre organisations internationales. Mais pour Pékin, l'Afrique, partenaire stratégique, sera au cœur de son déploiement en matière d'aide dans la lutte contre le virus. Elle a annoncé qu'elle consacrera une enveloppe de 60 milliards de dollars ainsi que des lignes de crédit de 20 milliards de dollars pour financer des projets de développement et les importations de biens. Le soutien du géant asiatique comprendra également 15 milliards de dollars «d'aide gratuite et de prêts sans intérêts». En même temps, les entreprises chinoises seront encouragées à investir «au moins 10 milliards de dollars» en Afrique au cours des trois prochaines années. Pour certains pays amis de la Chine, il s'agit d'un retour d'ascenseur. Lors de l'apparition du virus à Hubei, l'Algérie avait fait don de 500.000 masques, 20.000 lunettes de protection et 300.000 gants à la Chine. C'est pourquoi Pékin n'a pas hésité à voler au secours de l'Algérie, le plus grand pays d'Afrique, frappé à son tour par le Covid-19 qui a touché, à ce jour, quelque 1500 personnes dont 170 ayant perdu la vie. Les deux pays entretiennent des relations historiques étroites et privilégiées depuis la guerre froide. Aussi bien l'Etat que les provinces, les associations locales ou les entreprises chinoises telles que le géant du BTP CSCEC et l'entreprise de construction ferroviaire (CRCC) se sont mobilisés pour l'Algérie pour fairedonde respirateurs, kits de tests, masques. L'engagement de la Chine en Afrique a suscité des réactions hostiles de médias occidentaux, qui voient dans ce continent une chasse gardée desanciennes puissances coloniales. Pour des médias français, l'aide de la Chine à l'Afrique est une «opération de charme» visant à lui assurer une influence économique. Mais les Africains ont pris la mesure de connaître quelles sont les nations qui les ont avilis durant les longues nuits coloniales, qui œuvrent à les maintenir dans un état de soumission permanent et celles qui les traitent en tant que partenaire dans une perspective de gagnant-gagnant.





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