Interview exclusif avec le directeur de l’Institut de recherche sur la politique africaine Peter Kagwanjua : La réforme et l’ouverture de la Chine apporte une grande opportunité au développement des pays africains

RCI 2018-06-14 17:48:13
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En 1978, un tournant historique et significatif a eu lieu en Chine : la tenue de la 3e Session plénière du 11e Comité central du PPC et la mise en place de la politique de réforme et d’ouverture ont ouvert un nouveau chapitre pour le développement de la Chine. A cette époque-là, sur le continent africain, la plupart des pays africains s’étaient déjà débarrassés de la domination coloniale et avaient gagné l’indépendance pour entrer dans une phase de développement importante. Cette année marque le 40e anniversaire de la politique de réforme et d’ouverture. Depuis ces 40 ans, les transformations et changements ont non seulement bouleversé la vie de la population chinoise, mais ont aussi insufflé un élan au développement des pays africains qui suivaient de près l’évolution en Chine. De quel élan s’agit-il exactement ? Plus de détails avec notre correspondante au Kenya.

En 1972, sous la canicule d’un après-midi, Kagwanja âgé de 9 ans avait pour la première fois entendu parler du Fleuve jaune dans son école maternelle. Dans le récit oral du professeur, ce fleuve torrentiel et puissant est berceau de la civilisation chinoise. 40 ans après, en tant que directeur de l’Institut de recherche sur la politique africaine et membre du Séminaire des think-tanks sino-africains, Kagwanjia, à bord d’un train à grande vitesse partant de Beijing, a pu voir de ses propres yeux le fleuve qui l’avait tellement impressionné depuis son enfance. Il a décidé de prendre une photo pour immortaliser ce moment précieux.

Dans les années 50 et 60 du siècle dernier, les dirigeants de première génération de la Chine nouvelle et les hommes politiques africains d’alors ont ouvert une nouvelle ère dans les relations sino-africaines où les échanges politiques et la coopération commerciale ont été portés à un nouveau palier. D’après les statistiques, le volume du commerce bilatéral sino-africain a été de l’ordre de 100 millions de dollars en 1960, les petits articles produits en Chine se sont invités dans la vie quotidienne de la population africaine. Pour Kagwanjia, le charbon, l’huile, les fourneaux, les crayons et les règles lui ont laissé des traces profondes. La politique de réforme et d’ouverture lancée en 1978 a vu l’essor en volume du commerce sino-africain. En 1980, le volume du commerce bilatéral sino-africain a dépassé 1 milliard de dollars, l’ancien lycéen Kagwanjia a découvert que de plus en plus d’articles produits en Chine étaient à sa disposition. Kagwanjia a fait part à notre correspondante que la politique de réforme et d’ouverture avait apporté des bénéfices concrets à la population africaine dès le moindre début de son application.

« C’est au début de la mise en œuvre de la politique de réforme et d’ouverture, que la Chine a exploré les possibilités de l’économie de marché en s’ouvrant au monde extérieur. Le continent africain en a été témoin. A partir de cette période, des marchandises venant de la Chine étaient devenues de plus en plus visibles sur le marché, et à des prix abordables correspondant au pouvoir d’achat des Africains. Cette situation a favorisé  la diversification de choix des consommateurs africains. Une série de mesures appliquées depuis le début de la réforme et l’ouverture de Chine ont exercé une influence imperceptible sur le développement africain. C’est ce qui prouve le caractère pratique et évolutif qui incarne le développement des relations sino-africaines. »

A l’entrée du nouveau siècle, la Chine continue d’approfondir la réforme et l’ouverture pour devenir la deuxième économie mondiale qui porte à plus de 30% sa contribution à la croissance économique mondiale. Au bout de 40 ans d’efforts, la Chine a avancé « la communauté de destin pour l’humanité », en espérant réaliser une prospérité commune avec les autres pays du monde.  D’après Kagwanjia, la réforme et l’ouverture de Chine est inclusive et l’initiative « la Ceinture et la Route » présente de nouvelles perspectives au reste du monde et en particulier aux pays africains.

« L’ouverture de la Chine sur l’extérieur n’est pas seulement profitable à elle-même, mais elle a aussi le privilège de faire progresser le processus de l’ouverture des pays africains vers l’extérieur, ce qui est confirmé par l’initiative « la Ceinture et la Route ». Le chemin de fer Mombasa-Nairobi construit avec l’assistance chinoise facilite les échanges entre les régions le long des côtes et l’arrière-pays du Kenya et l’ensemble des pays de l’Afrique de l’Est. La ligne d’Addis-Abeba à Djibouti en est un autre bel exemple. La construction des chemins de fer aide davantage les pays africains à s’ouvrir vers l’extérieur. »

L’industrialisation et la capacité de développement autonome constituent un objectif à atteindre pour bon nombres de pays africains. Selon Kagwanjia, la Chine espère voir la réalisation du développement autonome des pays africains. L’investissement chinois dans la construction des infrastructures africaines insuffle un dynamisme durable à l’essor économique local.

« Nous ne nous contentons pas d’une industrialisation littérale, mais nous attendons un dynamisme durable insufflé au continent africain. La mise en service du chemin de fer Mombasa-Nairobi a créé 45 000 nouveaux emplois. Au cours de sa construction, le nombre de cimenteries au Kenya a passé de 2 ou 3 à 8 ou 9, ce qui a attiré les investissements des autres pays africains, notamment le Nigéria qui a investi dans l’industrie de ciment. Le réseau économique parcouru par ce chemin de fer favorise la prospérité des communes riveraines et fait rayonner l’industrialisation dans les régions environnantes. »

Kagwanjia a déjà visité la Chine à plusieurs reprises. Selon lui, le train à grande vitesse chinois à la vitesse de 300 km/h et la transformation qui a modifié les petits villages du Hunan, font partie des résultats abondants de la réforme et l’ouverture de Chine. Mais ce qui le touche le plus, c’est le concept de développement vert appliqué par la Chine. Il croit que les pays africains doivent suivre l’exemple montré par la Chine qui met le développement économique et la protection environnementale au même niveau.

« Ces dernières années, la prise de conscience environnementale, notamment dans le domaine des travaux de reboisement en Chine m’ont beaucoup touché. Quand j’étais à Shanghai, j’ai vu qu’il avait de la verdure partout. Cela m’a agréablement surpris. Je pense que les pays africains doivent apprendre les expériences du développement vert. J’apprécie beaucoup le concept de la civilisation écologique avancé par le président chinois Xi Jinping, ce concept m’inspire beaucoup. En fait, l’écosystème est une communauté de vie où le développement vert ne se réalisera pas si l’on met en péril l’environnement écologique. »

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