Frictions commerciales sino-américaines : l’essentiel est de répondre aux préoccupations de chaque partie

2019-05-11 19:07:35
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Chinois et Américains viennent de conclure leur 11e cycle de consultations économiques et commerciales de haut niveau vendredi 10 mai à Washington. « Les négociations n’ont pas échoué. Au contraire, les deux parties se sont bien échangées et coopérées », le vice-Premier ministre chinois Liu He s’est prononcé en ces termes devant la presse. Il est «normal et inévitable que les deux pays rencontrent des problèmes dans leurs négociations», a rappelé Liu, affirmant que la Chine envisageant l’avenir des consultations d’un optimisme prudent. Les deux équipes vont, en tout cas, se rencontrer prochainement à Beijing pour poursuivre leur travail.


Le même jour, à 0h 1 minute, heure locale, les Etats-Unis avaient rehaussé de 10% à 25% les tarifs douaniers pour 200 milliards de dollars de marchandises chinoises. Geste auquel la Chine a répondu, 2 minutes après, en annonçant qu’elle était dans l’obligation de prendre des contre-mesures.

 

Un résultat qui n’a rien d’inattendu, vu l’expérience très mouvementée de ces négociations depuis févier l’an dernier: progrès, rechute, flux et reflux, on doit désormais s’adapter à cette normalité de friction . Les Américains parlaient d’élever les droits douaniers déjà avant l’ouverture du dernier cycle de négociation, une annonce qui semait la peur d’un échec total de ces consultations. Sans une sincère volonté de trouver un dénouement la délégation chinoise ne se serait pas rendue à Washington dans un climat pareil.

 

Les Etats-Unis clament maintenant que la Chine avait voulu renégocier des contenus qui figuraient déjà dans l’accord, tentant de faire porter le chapeau par la Chine.

 

Or négocier n’est rien que l’occasion d’échanger les points de vue afin de résoudre les questions et d’aboutir à des consensus, il est tout à fait normal de changer d’avis avant la conclusion de l’accord final. L’apparition de différends et les changements survenus au cours des négociations ne doivent pas servir de prétexte pour la surtaxation. La réaction excessive de Washington revient à poser de nouveaux obstacles à l’aboutissement des consultations.

 

Les Américains taxent la Chine de « trahison », de « manquement à sa parole». Pourtant jusqu’à l’heure actuelle, les «engagements pris» par la Chine n’ont été annoncés qu’unilatéralement par les Etats-Unis: ces informations sont d’une fiabilité assez douteuse. Alors que l’oncle Sam ne parle que de ses propres soucis qui ont été entendus ou pas par la Chine: on n’a jamais su s’il avait bien entendu ceux des Chinois. Le respect mutuel et l’égalité ont évidemment fait défaut dans ces négociations. Raison pour laquelle le dernier cycle n’a pas pu aboutir.

 

La Chine a ses intérêts fondamentaux à préserver. Elle ne cèdera jamais sur des questions de principe. Ce qu’elle demande, c’est d’abord enlever toutes les taxes supplémentaires afin de ramener les échanges bilatéraux à la normale. Dans ce monde où la chaîne industrielle est hautement mondialisée, la rehausse des taxes douanières finit sûrement de frapper les deux économies et de porter préjudice à tous les chaînons. Les conséquences négatives des frictions commerciales sino-américaines constatées depuis l’an dernier ont déjà prouvé qu’aucun ne s’en sortirait vainqueur d’une guerre commerciale. La surtaxation n’est point la solution.


Les Etats-Unis exigent que la Chine importe plus de produits Made in USA, et qu’elle s’engage même sur une quantité certaine. Certes la Chine peut bien augmenter ses importations, pourtant cela doit correspondre aux besoins des consommateurs chinois et favoriser un développement de qualité de sa propre économie. En plus, la Chine a le droit de traiter avec tous les pays du monde et d’importer les produits compétitifs quel que soit leur lieu de production. Le commerce ne doit pas être forcé.

 

La guerre commerciale est de nouveau montée d’un cran. Un résultat bien regrettable, mais la Chine est prête à l’affronter. Depuis plus d’un an, l’économie chinoise subit les conséquences de la rehausse sans cesse des tarifs douaniers américains, conséquences pourtant largement contrôlées et endurées par la Chine: le pays a encore enregistré une croissance de 6,4% au premier trimestre cette année, ainsi qu’une hausse de 4,3% du volume total de ses importations et exportations durant les 4 premiers mois de l’année par rapport à la même période l’an dernier. Les principaux indicateurs économiques tels que l’emploi, le prix à la consommation et le revenu personnel ont été tous meilleurs que prévus. Le FMI a rehaussé sa prévision pour la croissance de l’économie chinoise à 6,3%, faisant de la Chine l’unique exception parmi les plus grandes économies du monde. Warren E. Buffett a récemment qualifié la Chine de « pays idéal pour investir ».

 

Depuis un an, la Chine a su répondre aux frappes venues de l’extérieur par des dispositions adéquates qui ont rendu son économie plus résistante et son marché plus riche en potentialités. L’économie chinoise inspire plus de confiance de la part des investisseurs et des consommateurs. La grande disponibilité des outils politiques assure le maintien de la tendance au développement sain et stable de l’économie chinoise, soutien Liu He. La Chine sera capable de répondre aux défis venus de l’extérieur avec plus de confiance.


Malgré les différences en ce qui concerne les intérêts essentiels de chacun, les deux pays sont convenus de maintenir leur communication. Ayant tiré leçon des nombreux incidents, les deux parties comprennent sûrement mieux les limites et principes de l’autre, gardant toutes deux une forte volonté pour résoudre les problèmes. En fin de compte, la coopération économique et commerciale joue un rôle de stabilisateur et de propulseur dans les relations sino-américaines, les deux parties en ont tiré grand profit.


La Chine est en tout cas prête à poursuivre ses efforts de communication avec la plus grande sincérité dans l’objectif de réduire les différends, d’élargir les consensus et de pousser en avant les consultations. Celles-ci doivent pourtant être menées dans le respect réciproque des intérêts vitaux et des préoccupations majeures des uns et des autres et de manière à faire preuve de l’égalité et de la réciprocité. C’est seulement ainsi que Chinois et Américains en finiraient avec la dernière étape de leur marathon, pour trouver une entente susceptible de gérer les différends et de créer des consensus, une entente favorable au développement d’une relation sino-américaine basée sur la coordination, la coopération et la stabilité.


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