Commentaire :le tourbillon sur l’exemption de visa a aggravé la brèche transatlantique

RCI 2019-03-12 19:37:52
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La nouvelle selon laquelle «l’UE n’accordait plus l’exemption de visas aux touristes américains» a, ces deux derniers jours, alimenté l’actualité internationale. Les médias américains et européens ne cessent d’en parler. Selon cette nouvelle, tous les citoyens américains souhaitant se rendre dans l’espace Schengen à partir de 2021, devront être munis d'un certificat du «système européen d’information et d’autorisation des voyages (ETIAS)». Ainsi pour apaiser les tensions et éclaircir la situation, les autorités de l’UE ont laissé entendre que l’ETIAS n’est pas un système de visa, c’est tout simplement une forme de "contrôle de routine" pour les touristes internationaux, y compris ceux en provenance des États-Unis, et que son objectif consiste à éliminer davantage les risques liés à l’immigration clandestine, notamment dans le secteur du terrorisme. Ces explications ont été relayées par le Département d’Etat américain qui a dans une déclaration souligné que l’ETIAS n’était pas un mécanisme de visa et que "tout pays a le droit d’établir des critères d’entrée".


Mais la question est la suivante: il y a les citoyens de quelque 60 pays touchés par les ETIAS, pourquoi le traitement réservé aux citoyens américains a-t-il été très suivi, voire trop interprété, par les médias américains et européens? Il est évident que tout petit malentendu entre les deux parties, dans un contexte où les États-Unis et l’Europe sont "en train de s’éloigner", ne peut que déclencher de grandes perturbations et que le "partenariat transatlantique" devient de plus en plus complexe, sensible et fragile.


Face à la pression américaine, le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel ont successivement proposé une «véritable armée européenne» afin de sortir de la dépendance vis-à-vis des États-Unis. En conséquence, la proposition a été critiquée par les États-Unis pour son inefficacité pratique, disant que «les États-Unis seront à côté de l’Europe pour toujours».


Dans le domaine du commerce, à la suite de l’augmentation des droits de douane sur les importations de produits sidérurgiques et d’aluminium européens annoncée le 1er juin de l’année dernière par le Département américain du Commerce, celui-ci a présenté en février un autre rapport sur les importations de véhicules automobiles, selon l’article 232 de la loi des Etats-Unis relative à «L’extension du commerce», dans lequel il proposait une taxe supplémentaire de 25% sur les importations de véhicules automobiles, y compris ceux de l’UE. Cette proposition des USA s’était heurtée à une violente réaction de l’UE, qui accuse les États-Unis de la forcer à céder dans les négociations commerciales. L’UE a par ailleurs promis de prendre des mesures de représailles dans l’éventualité de la mise en œuvre des décisions américaines.


En outre, le retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat et de l’accord nucléaire iranien est contraire à la position de principe constante de l’UE et à leurs intérêts nationaux. À l’heure actuelle, l’UE a annoncé la création d’un nouveau canal de paiement pour contourner les sanctions américaines contre l’Iran et poursuivre sa coopération commerciale normale avec l’Iran. Face à la conférence ministérielle sur le Moyen-Orient à Varsovie, menée par les États-Unis le mois dernier, l’UE s’est opposée à ce que l’Iran soit au cœur du débat, et le haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité de l’UE, Federica Mogherini n’a même pas participé à cette conférence.


Près de 70 ans après la création de l’alliance transatlantique entre les États-Unis et l’Europe, les deux parties sont fières d’avoir des valeurs dites communes et ont vécu de nombreuses épreuves. Mais en ce moment, un fossé se creuse de plus en plus entre les alliés transatlantiques. Cette situation est créée par la politique de l'administration américaine qui poursuit la "priorité américaine", sans respecter l'opinion publique ni ne pas tenir compte des intérêts de leurs alliés européens. Par ailleurs, les Etats-Unis et l'Europe ont des perceptions différentes sur le monde d'aujoud'hui qui se trouve confronté à une situation marquée par d'énormes bouleversements.


A l’heure actuelle, le contraste des forces internationales a profondément changé, les pays émergents et un grand nombre de pays en développement ont connu un développement rapide, leur influence internationale s’est accrue sans cesse et le centre géopolitique du monde s’est déplacé à l’Est. Face à de nouveaux changements, les États-Unis ont commencé à abandonner le "globalisme" et à mettre l’accent sur la "priorité américaine" pour conserver leur statut de superpuissance. L’UE estime que les arrangements institutionnels internationaux et le système multilatéral qui ont été mis en place après la seconde guerre mondiale sont dans son propre intérêt et doivent être préservés.C'est cette vision différente de faire face et de s'adapter à la grande transformation du monde, qui a éloigné les relations américano-européennes.


Pour l’UE, l’alliance transatlantique est importante, et doit encore être maintenu, mais le maintien de cette relation repose sur sa propre "force" plutôt que sur un "compromis", comme l’a dit la chancelière Merkel: "si nous voulons nous défendre, l’Europe doit prendre son destin entre ses propres mains."


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