Le rêve du préfet au Rameau Nanke
中国国际广播电台

En français, on dit « Ce n’est qu’un rêve »... en chinois, c’est l’expression «  Le rêve du préfet au Rameau Nanke » qui en est l’équivalent. Elle est issue du roman « L’histoire du préfet de Rameau-Sud », de Li Gongzuo, datant du 9ème siècle, à l’époque de la dynastie de Tang.

Chunyu Fen est un homme brillant en arts martiaux, mais son goût

immodéré pour le vin lui fait perdre son poste d’officier. Un jour de boisson, il se repose près d’un vieux sophora, quand des émissaires envoyés par le roi du « Pays de la Paix du Sophora » lui font savoir que le monarque souhaite le voir. Les plus grands honneurs lui sont réservés, et le roi lui donne en mariage sa propre fille, ainsi qu’une charge de gouverneur de la commanderie de Rameau-du-sud, Nanke, une belle et riche cité. Il y prend soin des pauvres gens, remet de l’ordre dans l’administration, et y établit de bonnes moeurs. Il s’en attire la sympathie de son prince et se fait aimer du peuple, qui lui élève des stèles et des temples. Il demeure ainsi vingt ans en place, toujours honoré. Il a quatre garçons et deux filles, qu’il marie tous avantageusement.

Tout va bien jusqu’à ce qu’une attaque ennemie, en provenance du « Pays du Rêve de Santal », lui fasse essuyer une grande défaite. Puis son épouse décède. Chunyu Fen demande alors à être déchargé de ses fonctions et à retourner dans la capitale pour faire son deuil. Il y poursuit ses relations avec des personnages influents du royaume, mais son crédit commence à être ressenti avec suspicion par le roi. Des calomnies se répandent. Et bientôt, le roi lui demande de s’en retourner d’où il vient. Sur le chemin du retour, Chunyu Fen retrouve les deux mêmes émissaires en tenue pourpre qui l’avaient convoqué autrefois. Il revoit les mêmes paysages qu’à l’aller, mais les gens observent vis-à-vis de lui une attitude étrange. Il règne sur ce départ une atmosphère de tristesse. Il émerge de la cavité du sophora près duquel il était passé si longtemps auparavant, et se retrouve couché, là où il s’était endormi. Quelques heures seulement ont passé, le soleil couchant surnage encore au-dessus d’un muret, dans sa coupe, un reste de vin. « Dans le bref espace d’un rêve, c’est comme si toute une vie s’était déroulée ». Se demandant s’il a été victime d’un maléfice, il fait évider la base du sophora, et découvre une cavité où loge une fourmilière. En l’observant de plus près, il s’aperçoit que tous ses détails correspondent à ce qu’il avait connu dans son rêve : le roi en sa capitale, gardé par de grosses fourmis menaçantes, un « rameau » situé au « sud », où se trouvent également des fourmis – manifestement le lieu où il a exercé ses fonctions –, une levée de terre correspondant à la sépulture de sa défunte épouse, etc. Il découvre même, à un li de distance, un Santal au pied duquel se trouve une autre colonie de fourmis : à l’évidence c’est le « Pays du Rêve de Santal », d’où était venue l’attaque adverse.

Chunyu Fen fait recouvrir la fourmilière et interdit à ses amis de rien bouleverser.

Comprenant la vanité de son rêve, il se consacre désormais au Dao et renonce pour toujours à la boisson. Il meurt quelques années plus tard, à une date que son père lui avait annoncée dans une lettre. Li Gongzuo, l’auteur, s’exprimant à la première personne, termine son récit par une mise en garde à l’adresse des ambitieux, et de ceux qui seraient tentés de tirer vanité de leur position.