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    Le chinois sur orbite
      2014-01-17 16:11:38  La Chine au présent

    Joël Bellassen dans une zone rurale chinoise dans les années 1970. (photo fournie par joël bellassen)

    SÉBASTIEN ROUSSILLAT

    Dans les années 70 en France, faire du chinois n'allait pas de soi. « C'était une langue improbable », s'exclame Joël Bellassen. Bien que l'on puisse croire que c'était une vocation, l'actuel inspecteur général du chinois en France n'était pas particulièrement passionné par cette langue au départ. Pourtant, ce parcours particulier, lié aux relations franco-chinoises, reste atypique. En effet, il fit partie de la première promotion d'étudiants français en Chine qui relança les échanges culturels entre la France et la Chine au sortir de la Révolution culturelle en 1973. Il devint également le premier professeur à enseigner le chinois en primaire et maternelle et enfin, il fut nommé inspecteur général du chinois au ministère de l'Éducation nationale en 2006. C'était la première fois qu'un tel poste était créé pour cette langue enseignée alors depuis près de 200 ans en France.

    « Ce qui m'a interessé, c'est l'éloignement de cette langue, sa distance et son mystère. »

    Joël Bellassen était étudiant de philosophie en 1970 ; rien ne le disposait à apprendre le chinois. La culture chinoise ne l'interpellait pas plus que ça non plus. Pour lui, la Chine au début des années 70, c'était comme la Lune, et il n'aurait jamais pensé pouvoir y aller un jour.

    Des réformes de l'université en France lors de sa deuxième année de master obligeaient les étudiants à choisir une option pour leurs études. Après avoir essayé l'espagnol qu'il arrêta au bout d'un mois, car trop proche du français, Joël Bellassen se tourna par curiosité vers le chinois.

    Faire du chinois dans les années 70 revenait à entrer dans une impasse. Zéro valeur professionelle. La Chine n'étant pas encore ouverte au monde extérieur, il était très difficile d'aller y séjourner ou même de trouver un travail en rapport avec la langue chinoise en France. « C'était une langue extrêmement lointaine. »

    Curieusement, dans une époque suivant mai 68 et après la Révolution culturelle, on pourrait croire que les étudiants en chinois de l'époque étaient très marqués politiquement, mais finalement non. Aucun d'eux n'était inscrit dans un quelconque parti politique. Ce n'était pas la motivation principale.

    Pour Joël Bellassen, la motivation était la curiosité et la distance de cette langue avec les langues européennes. Pour lui, le caractère chinois est synonyme d'altérité. Dès les premiers cours, les caractères chinois ont eu comme un « effet aimant » sur lui. C'était l'incarnation de la différence radicale absolue. Cette particularité de son caractère, aller dans les marges intellectuelles, ce ressort psychologique inconscient dont il ne se rend compte que depuis quelques années, son profil de caractère plutôt aventurier : c'est cela qui l'a poussé dans ces études.

    Apprendre le chinois n'a jamais été vu comme une difficulté par lui, mais toujours positivement comme un défi à relever. Puis faire du chinois amenait les questions des amis, de la famille : « Pourquoi fais-tu du chinois ? » Ce qu'on ne lui aurait jamais demandé s'il avait fait une langue européenne. Il aimait ce sentiment de différence.

    « Un voyage sur la Lune »

    Sa maîtrise du chinois porte sur les proverbes chinois. Il en étudie un millier qu'il annote, explique. Les caractères comme les expressions, ce sont pour lui des « traits de langue » particuliers à la langue chinoise, qui permettent d'en entrevoir une certaine philosophie et une certain contenu culturel. Son expression préférée est « la grenouille au fond du puits », qui désigne quelqu'un dont le monde est tout petit et qui ne voit qu'une partie des choses. Mais avec cette maîtrise, arrive également l'arrêt presque inexorable du chinois. L'horizon du chinois était bouché. Enseigné seulement dans une dizaine d'universités à l'époque contre près de 150 universités et grandes écoles aujourd'hui, étudié par même pas un millier d'élèves, c'était un milieu très confidentiel. Pour lui, pas de carrière possible avec cette langue. Pourtant, les temps lui montreront le contraire.

    Lors des vacances scolaires d'hiver, l'un des professeurs chinois de Joël Bellassen donna aux élèves pour devoirs d'apprendre par coeur un nombre donné de proverbes chinois. Il fallait savoir leur sens et leur utilisation dans la phrase. Joël Bellassen avait l'impression qu'il ne comprenait pas vraiment le sens du proverbe « regarder le ciel depuis le fond d'un puits » (expression chinoise signifiant « être étroit d'esprit ou ne pas connaître assez de choses et s'en contenter »). Lui vint alors l'idée de l'écrire sur un petit papier et de se poster à la bouche d'un métro parisien pour demander aux gens de lui donner leur interprétation. Dès qu'ils surent que c'était un très ancien proverbe chinois, les passants furent tout de suite intéressés et firent beaucoup d'efforts pour lui donner un sens. Il se rendit compte que l'interprétation de chaque personne interrogée fut plus ou moins semblable : une grenouille qui se tient assise au fond d'un puits et regarde le ciel, c'est le symbole d'une tranquillité d'esprit et d'une ouverture sur le monde. Cette expérience montra à Joël Bellassen que faire se comprendre deux cultures différentes est une tâche vraiment ardue.

    En effet, en mai 1973, une convention est signée entre la France et la Chine pour envoyer des étudiants français en Chine. « Le contingent est énorme pour l'époque et surtout pour un pays comme la France dit capitaliste », explique-t-il. Ils étaient en effet 30 à partir pour un séjour d'études à Pékin. Une première depuis 1965.

    Par opposition à notre époque, la Chine des années 70 n'était pas aussi exposée qu'elle ne l'est aujourd'hui. Nous avons chacun notre image de la Chine, soit romantique et surranée, soit ultra-moderne et dynamique, véhiculée par les agences de voyages, les livres et autres médias. Comme la Chine était à l'époque une région presque aussi lointaine et inconnue que la Lune pour lui, il n'avait pas de préjugés ni d'idées préconçues de ce qu'il allait trouver là-bas. Tout était à découvrir. L'arrivée à Beijing ne fut pas décevante ; il ne s'attendait à rien.

    De ces deux années de séjour à Pékin lui restent énormément de souvenirs qu'il relate dans un livre publié en Chine nommé Mes Impressions des années 70, Adieu la Chine !

    Il lui reste également de grandes amitiés dont celle avec Zhang Pengpeng, coauteur du Manuel d'initiation à la langue et à l'écriture chinoise. Ces deux années en Chine furent la rampe de lancement d'une vie qui fut par la suite dédiée au chinois en France.

    « Je suis sûr que vous allez croiser la Chine sur votre chemin ! »

    De retour de Chine, Joël Bellasen devient professeur dans le secondaire et chargé de cours à l'université en France. Parallèlement, il donne des cours d'éveil par le chinois en maternelle et au primaire à l'école alsacienne de Paris. C'est le début d'un long processus d'éclosion de l'enseignement du chinois qui s'enclenche en même temps que la Chine s'ouvre par les réformes de la fin des années 70.

    Ne pouvant encore être enseignée comme une langue « utile », Joël Bellassen en fait un outil d'éveil des sens. Les caractères pour le geste, la notion d'espace et d'organisation, les tons pour les oreilles, les expressions pour l'abstraction et la découverte de la culture. Pour lui, la langue chinoise est une langue qui nous fait fonctionner différemment, nous fait voir autrement notre culture, et c'est cela qui l'intéresse. Cette expérience à l'école alsacienne fut très exposée médiatiquement, reçut un prix de « l'Innovation pédagogique » et contribua à casser l'image du chinois comme langue dure, trop compliquée pour être apprise hors de l'université.

    Avec l'ouverture de la Chine au marché économique international, sa reconnaissance par l'Amérique et son entrée dans l'ONU, l'enseignement du chinois commence à prendre de l'ampleur en France dans le milieu des années 80. Les échanges d'élèves français et chinois deviennent de plus en plus fréquents et normalisés. L'Association des professeurs de chinois français est créée en 1984. Joël Bellassen en est actuellement le président d'honneur. Il est également nommé à l'INALCO et en 1989, il publie son manuel.

    L'année 1985 voit l'apparition d'une classe de chinois en école primaire à Paris. Dans les mêmes années, le nombre d'élèves sinisants augmente de façon significative, et de plus en plus de collèges et lycées, que ce soit sur la région parisienne ou en province, se dotent de cours de chinois. De quelques collèges et lycées enseignant le chinois au début des années 70, on passe à 30 au début des années 80 ; d'une trentaine d'élèves au début des années 70 à 1 000 au début des années 90. La France est le premier pays occidental à enseigner le chinois à l'école primaire et dans le secondaire.

    L'explosion du chinois après les années 2000 est un phénomène encore jamais vu en France pour une autre langue étrangère. En 1999, il y avait 111 collèges-lycées enseignant le chinois, 208 en 2005, 362 en 2007. Aujourd'hui, ce sont 600 collèges-lycées qui proposent un enseignement du chinois dans toutes les académies dans plusieurs filières différentes : LV1, LV2, LV3. On peut commencer le chinois dès la sixième en première langue, ou même avant, à l'école primaire si on le souhaite. C'est un véritable « bond en avant » qu'a réussi le chinois pour se placer en cinquième place des langues étrangères les plus enseignées en France, dépassant le portugais, l'hébreu et même l'arabe.

    Pourtant, Joël Bellassen rappelle que ce parcours n'a pas suivi une route rectiligne. Le chinois a souvent été vu comme un phénomène de mode, un feu qui ne durerait pas. On doutait beaucoup du bien-fondé de cette « fièvre du chinois ». Son institutionnalisation a pris du temps, et c'est seulement en 2006 qu'a été prise la décision au ministère de l'Éducation nationale de créer un poste d'inspecteur général du chinois, Joël Bellassen en devenant le premier occupant.

    Le chinois une fois lancé sur orbite, il était nécessaire de lui créer des programmes précis et d'institutionnaliser l'enseignement de cette langue. Son poste de chargé de mission pour l'enseignement permettait déjà à Joël Bellassen d'arriver à joindre les deux bouts de ce casse-tête entre demande d'enseignement et enseignement offert. Dans les années 80, c'est lui qui met en place les « seuils de caractères », repris depuis dans les programmes scolaires actuels. C'est également sous sa tutelle que les premiers programmes scolaires pour le chinois sont édités en France, et que la France reste toujours en avance par rapport à ses voisins européens en matière d'enseignement du chinois.

    Trente ans en arrière, le chinois était une langue de la Lune, sans horizon, mystérieuse et lointaine. Aujourd'hui, elle le reste par sa nature de langue orientale, mais « elle se rapproche », dit-il. Et selon son expression : « Vous allez croiser la Chine sur votre chemin. » La Chine est devenue un quartier incontournable de l'espace mondial. Le nombre de stages d'étudiants français en Chine ne cesse d'augmenter ; les échanges scolaires fréquents et de longue durée sont très dynamiques : l'augmentation du nombre d'élèves sinisants n'arrête pas, 12 % en plus en un an ! Il y a actuellement plus de 37 500 élèves apprenant le chinois en France dans un enseignement réglementaire, et ce chiffre n'inclut pas les personnes l'apprenant par cours particuliers ou en association.

    Le chinois est sur orbite, en constante élévation. Pourtant, Joël Bellassen relativise en expliquant qu'avant que la langue chinoise ne devienne une langue internationale en Europe, il va encore falloir des années. Si c'est déjà le cas en Asie, en Occident, elle reste toujours une langue qui incarne un éloignement culturel, demande un investissement particulier et surtout de la discipline. Les institutions sont encore à construire et à consolider ; la formation des professeurs est également un problème auquel il faut remédier ; les manuels chinois sont à renouveler. L'orbite est encore à définir, mais au moins, le satellite chinois ne perd ni vitesse ni altitude.

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