Les nouveaux horizons de la Route de la Soie
  2014-08-19 10:11:23  La Chine au présent

Les étudiants de l'université Tsinghua ont allumé des lampions pour célébrer le succès des cours EMBA « Voyage en Chine — la Route de la Soie jusqu'à Zhangye (Gansu) ». (CNSPHOTO)

Le 26 juin dernier, à ürümqi, capitale du Xinjiang, s'est tenu le Colloque international sur la ceinture économique de la Route de la Soie. Retour sur ce projet qui relie l'antique à la modernité et l'Orient à l'Occident pour mieux les faire avancer vers de nouveaux horizons.

Le président Xi Jinping, lors de sa visite d'État en Asie centrale (Turkménistan, Kazakhstan, Ouzbékistan et Kirghizistan) il y a neuf mois, a émis l'idée d'une ceinture économique de la Route de la Soie. Une proposition qui correspond à la tendance actuelle de la recherche de la paix et du développement et qui incarne l'esprit de la Route de la Soie : solidarité, confiance mutuelle, égalité, bénéfice mutuel et tolérance.

Quatre jours avant la tenue du colloque, le projet de la Route de la Soie soumis conjointement par la Chine, le Kazakhstan et le Kirghizistan avait été approuvé par le 38e Congrès du Patrimoine mondial et inscrit dans la liste du patrimoine. Selon le comité du Patrimoine mondial, la Route de la Soie est un chemin de fusions, d'échanges et de dialogues entre l'Orient et l'Occident qui, depuis presque 2 000 ans a grandement contribué à la prospérité commune de l'humanité. Ce projet comprend 33 sites dont 22 se trouvent en Chine et qui ont chacun, laissé une empreinte sur les échanges le long de la Route de la Soie.

Lors du colloque, une centaine d'experts et chercheurs de Chine et de l'étranger, ont ouvert des discussions autour du thème « Route de la Soie - son passé, présent, futur », et « ceinture économique sur la Route de la Soie - construire une communauté d'intérêts mutuellement bénéfique ».

Dans les sables de la Route de la Soie

Il y a déjà 2 100 ans, Zhang Qian (164-114 av.J.-C.), explorateur et diplomate de la dynastie des Han de l'Ouest, fut investi d'une mission officielle et effectua deux visites dans les régions occidentales de la Chine comprenant le Xinjiang actuel et quelques parties de l'Asie centrale. Il ouvrit ainsi la porte aux échanges amicaux entre la Chine et les régions frontalières. Dès lors, la Chine et ses voisins ouvrirent une grande route commerciale reliant Asie et Europe s'étirant sur des miliers de kilomètres. Cette voie terrestre constituait un réseau permettant aux commerçants chinois et méditerranéens mais aussi aux pèlerins, pasteurs nomades et habitants urbains de faire du commerce. La soie étant la plus représentative de toutes les marchandises convoyées, ce corridor fut donc appelé la « Route de la Soie ».

Depuis des milliers d'années, cet esprit pacifique, de coopération mutuelle et bénéfique, d'ouverture, de tolérance, et d'apprentissage réciproque se perpétue. Selon Bassam Abu Abdallah, directeur du Centre d'études stratégiques de l'université de Damas, la Route de la Soie n'était pas seulement une voie de commerce, mais aussi un lieu d'échange culturel pour les civilisations anciennes la longeant. C'était également un chemin qui permettait la transmission des techniques, des religions et des philosophies des différents pays. Les échanges commerciaux sur la Route de la Soie ont joué un rôle majeur dans la promotion des échanges politiques et économiques à longue distance entre la Chine, l'Inde, la Perse ancienne et les pays arabes.

Cette Route de la Soie antique est aujourd'hui encore un symbole de la fusion entre les civilisations orientale et occidentale. Les différents pays riverains ont participé ensemble aux échanges et à la coopération entre les différentes ethnies et cultures voisines et plus largement aux progrès de la civilisation.

Une Route de la Soie pour la prospérité de tous

À l'heure actuelle, en raison des changements profonds qu'a connu la conjoncture économique mondiale, du ralentissement de la reprise de l'économie planétaire et de la faiblesse du moteur de la croissance économique, le chemin pour retrouver une croissance vigoureuse, durable et équilibrée est long. Néanmoins, la paix, le développement et la coopération restent quand même l'espoir de tous. L'édification de la ceinture économique de la Route de la Soie, proposée par le président chinois, trouve ses racines dans l'histoire de la Route de la Soie, veut raviver les échanges commerciaux entre les différents pays d'Asie centrale pour en faire un nouveau canal de coopération et de prospérité. Le contenu de ce projet comprend la coordination des politiques, l'interconnexion des routes, la circulation des marchandises et des monnaies, ainsi que les échanges entre les populations.

Le projet de cette ceinture sera le plus long et le plus prometteux du genre. Elle relierait l'Asie centrale, l'Asie du Sud et l'Asie de l'Ouest, unissant les deux grands cercles économiques que sont l'Asie pacifique et l'Europe. D'après le représentant des négociations du commerce international et vice-ministre du Commerce chinois Zhong Shan, les pays de la ceinture économique de la Route de la Soie possèdent chacun des avantages différents en matière de ressources énergétiques, de main d'œuvre, de techniques, de capitaux. Ils jouissent aussi d'une grande complémentarité due aux structures économiques différentes. Ils ont donc une solide assise pour entamer une coopération. Ladite ceinture sera ouverte à tout pays ou toute entité économique qui souhaiterait y participer pour l'intégrer et en devenir son soutien, qu'il en soit le bâtisseur ou le bénéficiaire.

Selon le président de l'Union des journalistes tadjiks, Akbarali Sattorov, faire revivre la Route de la Soie est très important pour son pays. En effet, le Tadjikistan est un pays hinterland sans accès direct à la mer. Le gouvernement tadjik fait face à trois défis stratégiques : assurer la sécurité énergétique, améliorer le transport et la communication, et résoudre le problème de la sécurité alimentaire. Le redressement de la Route de la Soie contribuera certainement à la résolution de ces problèmes.

Debata Mahesh Ranjan, professeur assistant à l'École des études internationales de l'université Jawaharlal Nehru de l'Inde pense que la ceinture de la Route de la Soie jouera un rôle important pour redresser les relations anciennes entre l'Inde et le Xinjiang, entre l'Inde et les régions de l'Asie centrale. D'après lui, l'Inde considère le Xinjiang comme un pont continental pour parvenir à l'Asie centrale, et espère obtenir le plus vite possible les ressources énergétiques de cette région. Dans le même temps, l'Inde espère également ouvrir une coopération économique et énergétique solide avec la Chine. La construction d'un gazoduc en coopération avec le Xinjiang aidera à élever le niveau de l'interconnexion de l'Inde avec l'Asie centrale.

D'après le directeur adjoint de l'institut de recherches stratégiques de la Commission de la sécurité nationale de Mongolie, Chuluunbaatar Chunnt, la construction et la coopération en matière d'infrastructures en Asie sont sur la bonne voie. La Chine y joue un grand rôle. D'après lui, la Mongolie devrait profiter de ses avantages géographiques pour participer à la construction de la ceinture économique de la Route de la Soie et en tirer profit. La Mongolie espère, entre autres, que des chemin de fer, des autoroutes, des gazoducs et des lignes électriques pourront être construites en Mongolie. Ces réseaux permettront de la relier à la Russie et la Chine et de participer à l'élaboration de projets d'infrastructures.

Pour Fatma Ceren Yalcin, directrice du Centre d'études du commerce extérieur de Turquie, la Route de la Soie est déjà devenue un lieu de fusion culturelle. C'est le principal itinéraire commercial entre l'Europe et l'Asie. Après l'indépendance de la Turquie, faire revivre cette voie commerciale culturelle a été mis à l'ordre du jour. Le pays a restauré et protégé les sites historiques de la Route de la Soie. La Route de la Soie revêt une grande importance dans le commerce extérieur de la Turquie. Elle contribue au développement commercial du pays, à l'augmentation des revenus des Turques et à l'amélioration de leur niveau de vie. Le statut commercial de la Turquie s'élève également grâce à elle.

Catalyseur de la coopération multilatérale

La conception stratégique de la ceinture économique de la Route de la Soie répond à plusieurs défis : le premier est la nouvelle situation de la mondialisation économique, le deuxième se résume en la nouvelle tendance de l'accélération de l'intégration économique régionale. Enfin, le désir commun des pays euro-asiatiques de multiplier les échanges économiques et commerciaux et de promouvoir la montée en gamme de leur économie.

Li Yongquan, directeur de l'Institut de recherche de la Russie, de l'Europe de l'Est et de l'Asie centrale de l'Académie des sciences de Chine, estime que la ceinture économique de la Route de la Soie est un résultat inévitable du développement économique et de la coopération régionale à l'ère de la mondialisation. « Dans l'histoire, la Route de la Soie ne s'est pas édifiée artificiellement, mais formée naturellement à cause des besoins du commerce. La Route de la Soie de nos jours, peut être vue comme une forme de coopération multilatérale sur la base du gagnant-gagnant et n'a aucune revendication politique. Elle se veut un processus pour promouvoir la facilité du commerce et de la coopération », conclut-il.

Pour Vladimir Petrovskiy, chercheur supérieur de l'Institut de recherche sur l'Extrême Orient de l'Académie des sciences de Russie, la ceinture économique de la Route de la Soie incarne une coopération de type nouveau. Elle n'est pas une organisation régionale qui se résume à une certaine intégration économique mais un système économique international basé sur la coordination volontaire. Le projet de cette nouvelle intégration n'est pas en contradiction avec celui de l'Union Eurasiatique. Les deux peuvent se développer simultanément sur une base de complémentarité avant l'établissement d'une zone de libre-échange.

Selon Vadzim Hihin, rédacteur en chef du magazine Belaruskaya Dumka, la ceinture de la Route de la Soie est une initiative de coopération et un concept de développement. Sa réalisation repose sur un mécanisme de coopération bilatérale ou multilatérale entre la Chine et d'autres pays, avec pour fondements la plate-forme de coopération régionale actuelle. Cette conception ne prend pas comme modèle d'autres mécanismes de coopération, et n'entre pas en concurrence avec ceux-ci. Au contraire, sa mise en œuvre donnera à ces mécanismes de coopération de nouveaux contenus et plus de forces motrices de développement.

L'esprit « Route de la Soie »

L'ouverture et la tolérance sont des valeurs de l'esprit de la Route de la Soie. Des valeurs qui servent à la survie des différentes civilisations sur son trajet. Les experts présents au colloque estiment unanimement qu'il faut les perpétuer et les faire prévaloir au cours de la construction de la nouvelle ceinture économique.

L'égalité et le bénéfice mutuel sont deux autres valeurs très importantes dans ce projet, qui selon le secrétaire général du centre d'étude de l'OCS (organisation de coopération de Shanghai) de l'Académie des sciences de Chine, Sun Zhuangzhi, permettra de mettre en place une nouvelle plate-forme pour promouvoir les échanges et la coopération entre les différents pays et organisations de cette région. Elle permettra de relier les industries de différents pays par le transport et les échanges commerciaux sans encombre mais également d'établir la division du travail international de façon rationnelle.

La confiance politique mutuelle est la condition préalable aux échanges économiques et commerciaux ; les échanges économiques et commerciaux renforceront en revanche sans doute la confiance politique mtuelle. Le développement de la ceinture de la Route de la Soie contribuera à consolider la confiance politique mutuelle entre les pays et à promouvoir la coopération humaine. Celle-ci ainsi que les échanges culturels cimenteront la compréhension mutuelle et l'amitié entre les peuples. Sayfullo Safarov, directeur adjoint de l'Institut de recherche stratégique de la présidence du Tadjikistan pense que le développement partagé peut faire des concurrents devenir des partenaires. Selon lui, même les pays en contradiction pourront profiter d'intérêts communs. Au moins trois ou quatre pays situés au centre du continent eurasiatique pourront conjoindre leurs efforts et maintenir la base du développement commun. Dans cette optique, les intérêts communs l'emporteront sur les contradictions dues aux niveaux de développement différents des pays.

La Chine préconise et cherche toujours à établir des relations harmonieuses avec les pays voisins, des relations économiques bénéfiques réciproquement et des échanges culturels. Mohamed Noman Galal, ancien ambassadeur d'Égypte en Chine en a fait l'éloge. D'après lui, la Chine ne possède pas un passé colonialiste. Il est inimaginable qu'elle le devienne à l'avenir. Dans le passé, la Chine favorisait le commerce, pas l'expansion. Dans le futur, elle va continuer à contribuer à bâtir la civilisation mondiale à travers le dialogue, le commerce et l'investissement pour concrétiser la mondialisation. Elle va bâtir un monde pacifique et harmonieux par son softpower non par les forces. La ceinture économique de la Route de la Soie est une grande initiative créative de la Chine pour établir des relations pacifiques, mutuellement bénéfiques avec le monde, et notamment les pays du Moyen-Orient.

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