L'agglomération urbaine Changsha-Zhuzhou-Xiangtan
  2014-03-14 16:12:03  La Chine au présent

L'îlot Juzi (mandarine), un site célèbre à Changsha.

«D'anciens camarades de classe aux États-Unis se sont demandés, lorsqu'ils m'ont téléphoné, pourquoi le numéro de mon bureau était répertorié dans trois villes différentes en même temps : Changsha, Xiangtan et Zhuzhou (province du Hunan). En général, chaque ville chinoise possède son propre indicatif téléphonique. Certains croyaient que mon entreprise était implantée dans chacune de ses trois villes ! Je leur ai donc signalé que Changsha-Zhuzhou-Xiangtan est la seule agglomération urbaine chinoise disposant d'un seul et même indicatif téléphonique, résultat de l'intégration de ces trois villes. Ma société se situe en fait à Changsha », narre Wu Ming, qui a ouvert une jardinerie dans le Parc entrepreneurial réservé aux étudiants chinois revenus de l'étranger.

Avantages évidents d'un développement en commun

Définissons le terme d'« intégration Changsha-Zhuzhou-Xiangtan ». Cela signifie qu'au sein de l'agglomération urbaine – qui, outre ces trois villes, en englobe cinq autres relevant des autorités provinciales (Yueyang, Changde, Yiyang, Loudi et Hengyang) – et en périphérie dans un rayon d'une heure et demie de déplacement pendulaire, une gestion coordonnée est menée dans les secteurs du transport, de l'énergie, de l'information et de l'environnement, en vue de parfaire l'économie industrielle et de procéder à un développement conjoint.

À vol d'oiseau, on compte 40 km entre le centre de Changsha et celui de Xiangtan ; 40 km également entre Changsha et Zhuzhou ; et 20 km entre Xiangtan et Zhuzhou. Mais ces villes gagnent en envergure, et les distances réelles qui les séparent ne cessent de diminuer. Déjà, si l'on mesure leur éloignement en partant de leur banlieue, Changsha et Xiangtan, tout comme Changsha et Zhuzhou, ne sont plus qu'à 20 km l'une de l'autre, et Zhuzhou et Xiangtan, à 10 km seulement. Avec l'essor de l'urbanisation, le jour n'est plus loin où ces trois villes se rejoindront.

Le chantier d'une ligne ferroviaire interurbaine pour cette agglomération Changsha-Zhuzhou-Xiangtan a débuté et devrait s'achever fin 2015. « Après la construction du chemin de fer interurbain, moins de 30 minutes suffiront pour faire la navette entre Changsha et Xiangtan ou entre Changsha et Zhuzhou.

Dans la province du Hunan, aucune municipalité ne jouit du statut de sous-province. L'intégration Changsha-Zhuzhou-Xiangtan vise toutefois à former un pôle économique de poids et une structure industrielle diversifiée par le biais du développement combiné des trois villes, de sorte à ce que la région Changsha-Zhuzhou-Xiangtan, et même la province du Hunan dans son ensemble, brillent plus ardemment dans la constellation des zones économiques chinoises. En termes d'envergure industrielle et de rendement, l'agglomération urbaine surpasse déjà Wuhan au centre de la Chine et Chengdu dans l'Ouest. Elle s'est même hissée parmi les dix premières zones économiques du pays.

L'intégration Changsha-Zhuzhou-Xiangtan contribue à l'aménagement unifié du territoire, mais aussi à la division du travail et à la coopération, promouvant ainsi le développement respectif de chaque ville ainsi que leur développement global. Chen Zhongxiong, député à l'APN (Assemblée populaire nationale, équivalent du parlement) et maire de Yiyang, a clairement exprimé le souhait de sa ville vis-à-vis de l'agglomération urbaine, celui de « rejoindre et servir activement Changsha-Zhuzhou-Xiangtan, tout en bénéficiant en revanche de son rayonnement ».

La tendance court inévitablement vers l'affranchissement des barrières administratives et le choix de l'intégration économique régionale, témoigne Xu Xiangping, secrétaire adjoint de la commission de travail pour la zone expérimentale Changsha-Zhuzhou-Xiangtan et directeur adjoint exécutif du comité de gestion. En 2005, l'agglomération urbaine Changsha-Zhuzhou-Xiangtan a été inscrite sur la liste des projets du XIe plan quinquennal national ; en 2006, elle a été classée parmi les agglomérations urbaines de premier plan pour promouvoir l'épanouissement économique du centre du pays ; en 2007, elle est devenue une zone expérimentale de la réforme d'accompagnement globale pour la construction d'une « société à deux types » (une société à la fois économe en ressources et respectueuse de l'environnement) ; en 2008, la Commission nationale pour le développement et la réforme a approuvé la construction d'une base industrielle nationale de hautes technologies dans l'agglomération urbaine ; en 2013, celle-ci a été inclue dans le plan d'édification d'une ceinture économique le long du fleuve Yangtsé, devenant une zone porteuse du développement du centre de la Chine.

L'agglomération Changsha-Zhuzhou-Xiangtan est également soutenue par le monde financier. Wang Xuedong, député à l'APN et gouverneur de la succursale au Hunan de la Banque de développement de Chine, déclare : « La succursale du Hunan participera surtout à la construction du réseau de transport interurbain et d'autres infrastructures dans l'agglomération urbaine, afin de contribuer à l'essor économique du Hunan ».

Un processus en zigzag

« L'intégration Changsha-Zhuzhou-Xiangtan a commencé très tôt. En décembre 1982, au moment où le gouvernement central a approuvé la création, entre autres, de la zone économique spéciale de Shenzhen, un membre du comité provincial du Hunan de la CCPPC a soumis l'idée de l'intégration Changsha-Zhuzhou-Xiangtan. Cette initiative a donc été lancée huit ans plus tôt que celle de l'établissement de la zone de Pudong à Shanghai », rappelle Wu Ming. Ce membre audacieux était Zhang Ping, aujourd'hui directeur du Centre de recherche pour une société économe en ressources et respectueuse de l'environnement au Hunan.

À l'époque, Changsha n'apparaissait même pas parmi les 30 premières villes du pays en termes de puissance économique globale ; la conurbation Changsha-Zhuzhou-Xiangtan était classée au 9e rang des villes ou agglomérations principales du pays au regard de la valeur totale de sa production industrielle et agricole et de sa population totale, et au 11e rang au regard de sa production industrielle dans les zones urbaines. De plus, les trois villes étaient confrontées à de nombreux problèmes économiques et sociaux, qui nécessitaient d'être résolus de concert au travers de solutions globales. Ces problèmes comprenaient les contraintes imposées par les ressources limitées, la pollution de l'eau de la rivière Xiangjiang, l'agencement du système urbain et des grands projets, la fusion et la modernisation des industries existantes, la coopération économique et technologique avec l'extérieur, etc.

Cependant, pendant longtemps, la proposition de l'intégration Changsha-Zhuzhou-Xiangtan n'a pas été consentie par le plus grand nombre. Ce n'est qu'en juin 2002 que le gouvernement provincial du Hunan a publié le Plan de l'intégration industrielle Changsha-Zhuzhou-Xiangtan, exigeant que ces trois villes « unifient leurs politiques pour éviter la concurrence contre-productive et établir un environnement propice au développement de l'intégration industrielle ».

En octobre 2005, le gouvernement provincial du Hunan a officiellement approuvé le plan régional relatif à l'agglomération urbaine Changsha-Zhuzhou-Xiangtan, dont le contenu a ensuite été publié par la Commission provinciale pour le développement et la réforme. C'est la première fois qu'un tel programme voyait le jour dans le centre de la Chine. À partir de 2006, le Hunan a mis en œuvre dans cette agglomération quatre mesures uniformes : une même planification urbaine, une même politique budgétaire, un même critère d'évaluation de la performance environnementale, une même autorité exécutive en charge de la protection de l'environnement.

En octobre 2012, a été publié le Programme d'application (2012-2020) du Hunan pour promouvoir l'urbanisation d'un nouveau type, proposant de construire un nouveau système urbain centré sur l'agglomération Changsha-Zhuzhou-Xiangtan. En 2015, l'agglomération Changsha-Zhuzhou-Xiangtan devrait atteindre un taux d'urbanisation de 70 %, et stimuler, comme le ferait une mégapole, l'urbanisation de toute la province.

« Ce n'est pas en un seul jour que l'intégration Changsha-Zhuzhou-Xiangtan est parvenue à son niveau actuel. Changsha-Zhuzhou-Xiangtan est une locomotive de l'économie du Hunan qu'il a fallu construire, étape par étape, via cette intégration, compare Zhang Ping. Le Hunan n'abrite pas de ville géante, mais c'est un manque que vient combler l'agglomération urbaine Changsha-Zhuzhou-Xiangtan. »

L'intégration orientée vers la construction d'une « société à deux types »

En 2007, l'agglomération urbaine Changsha-Zhuzhou-Xiangtan a été autorisée à devenir une zone expérimentale de la réforme d'accompagnement globale pour la construction d'une « société à deux types ». En janvier 2009, le comité du Parti de la province du Hunan a décidé de supprimer le bureau en charge de l'intégration économique Changsha-Zhuzhou-Xiangtan pour le remplacer par le bureau du comité de coordination et de direction de la zone expérimentale. L'intégration Changsha-Zhuzhou-Xiangtan est dès lors orientée vers la construction d'une « société à deux types ».

La construction d'une « société à deux types », dictée par le besoin d'un développement harmonieux entre l'homme et la nature, constitue une mesure importante de promotion du développement durable. Grosso modo, cette expression signifie la transformation du modèle de développement économique et le changement du mode de vie des gens. Le premier objectif consiste à mettre fin au modèle de développement extensif traditionnel pour améliorer de façon coordonnée la qualité, l'efficacité et le niveau du développement ; le deuxième objectif requiert de préconiser et de mettre en pratique des modes de vie et de consommation écologiques à faible empreinte carbone. Le XVIIIe Congrès du PCC a appelé à réaliser des progrès significatifs d'ici 2020, en vue de l'émergence d'une société économe en ressources et respectueuse de l'environnement.

Dans le processus de construction d'une « société à deux types » au sein de l'agglomération urbaine Changsha-Zhuzhou-Xiangtan, la province du Hunan procède à une planification d'ensemble, dans laquelle les villes sont considérées comme acteurs principaux qui agissent selon les lois du marché. C'est d'ailleurs dans cette agglomération urbaine que la première législation locale du pays relative à l'édification d'une « société à deux types » a été ratifiée et que des normes de construction en la matière ont été imposées.

En lien avec cette société économe en ressources et respectueuse de l'environnement, depuis six ans, le Hunan a introduit huit nouveautés institutionnelles et mis en place 106 réformes originales ; plus de 1 300 entreprises ont été fermées, arrêtées, fusionnées ou reconverties ; des centaines de projets de développement non conformes au seuil d'exigences fixé ont été rejetés. Fin 2013, Chi Fulin, président de l'Institut pour la réforme et le développement de Chine et chef du groupe des experts chargés de l'évaluation de la zone expérimentale globale d'État, a qualifié l'établissement d'une « société à deux types » au Hunan d'« avant-gardiste et de profondément enracinée dans les esprits ».

Dans ce contexte, des industries économes en ressources et respectueuses de l'environnement, comme celles spécialisées dans les nouveaux matériaux ou les nouvelles énergies, se sont installées dans la zone expérimentale Changsha-Zhuzhou-Xiangtan. L'amélioration structurelle des industries a stimulé la mise en place d'un mode de production écologique bas carbone et le recyclage des déchets dans toute la province.

Le 14 janvier 2014, une cérémonie en l'honneur d'un partenariat entre le Hunan et WWF (World Wide Fund For Nature), intitulée « Civilisation écologique et transformation », a été organisée à Changsha par le comité de gestion de la zone expérimentale pour la construction d'une « société à deux types » de Changsha-Zhuzhou-Xiangtan, la Commission du Hunan pour la réforme et le développement et WWF. Y a été conjointement lancé le projet pilote concernant Liuyanghe « Plan de beau pays natal du Yangtsé », dans le cadre du partenariat entre Coca-Cola et WWF pour la préservation de l'eau douce à travers le monde.

Depuis six ans, la construction d'une « société à deux types » a bénéficié de la participation active du public, que ce soit dans les organismes publics, les écoles, les entreprises, les autorités des villes et des villages, les quartiers résidentiels, les foyers, les coopératives agricoles ou les zones touristiques.

« Chaque individu a un rôle à jouer dans la formation d'une société économe en ressources et respectueuse de l'environnement. Ce concept doit s'ancrer dans l'esprit de toute la société pour guider ses comportements jusque dans les moindres aspects de la vie quotidienne », conclut Xu Xiangping.

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