La première siheyuan écologique de Beijing
  2014-03-13 11:01:21  La Chine au présent
Nanluoguxiang, l'une des plus anciennes ruelles de Beijing, est habituellement bondée de touristes étrangers. Ses vieilles siheyuan, maisons traditionnelles à cour carrée appelées aussi courtyard, constituent un paysage emblématique de la capitale chinoise. Toutefois, en raison du délabrement et des mauvaises conditions d'hygiène dont elles sont victimes, les siheyuan, symbole de Beijing, courent le risque de disparaître.

Pour lutter contre cette menace, ces constructions anciennes sont transformées afin de répondre aux exigences du 21e siècle et le No3 Banchang Hutong à Nanluoguxiang est un bon exemple de ces efforts de rénovation. Ainsi, le système de récupération d'eau intégré dans le travail de réhabilitation a permis à cette vieille maison de retrouver une nouvelle vie grâce à une « mise à jour » écologique.

Récupérer l'eau

Il s'agit en effet d'une cour tout ce qu'il y a de plus typique, pas luxueuse comme certains siheyuan rénovés, mais l'impression de tranquillité et d'énergie qui se dégage de cette maison se sent dès que l'on en passe le pas. Après avoir traversé un court passage et une porte en arc de cercle, on se retrouve dans l'ombre d'une petite cour agrémentée de deux grands arbres. On trouve au nord la maison principale, remise en état récemment, deux bâtiments de chaque côté de la cour à l'est et à l'ouest, ainsi qu'une maison en face du bâtiment principal, le tout arrangé autour de la cour centrale selon l'organisation traditionnelle d'un siheyuan pékinois.

« Cette courtyard me fut transmise par mon grand-père, trois générations de notre famille y ont vécu », déclare Chen Geng, le propriétaire. « Il y a trois ans, comme elle était trop vétuste, nous avons pensé la démolir et reconstruire », avoue-t-il.

Après avoir examiné l'état des bâtiment de la courtyard, la Sino-Ocean Land Holdings Ltd. a conclu qu'elle avait besoin de réparations modérées au lieu d'une reconstruction. Ils ont également assuré tous les frais de transformation. Trois grands chantiers ont été mis en place : le système de récupération de l'eau de pluie, la construction d'un marais artificiel pour le traitement des eaux usées, et l'amélioration de l'environnement de la cour, visant à rendre celle-ci à la fois confortable et respectueuse de l'environnement.

Dans le passé, il y avait peu d'installations pour récupérer l'eau. Avant la rénovation, la cour était pavée de briques qui ne laissaient pas passer l'eau. « Nous les avons remplacées par des briques qui ressemblent aux briques grises ordinaires, mais elles sont faites d'un matériau spécial avec une perméabilité extraordinaire, nous explique Chen Geng. Peu importe l'intensité de la pluie, l'eau ne stagne plus dans la cour. »

Dans la zone de la collecte de l'eau, qui est essentiellement constituée d'un puits, les murs sont carrelés de briques imperméables. La base est une couche de sable d'une épaisseur de cinquante millimètres. « L'eau de pluie naturelle s'écoule dans le puits tout d'abord via des tuyaux souterrains et peut ainsi être réutilisée pour irriguer les fleurs ou déversée dans les bassins pour les poissons après plusieurs étapes de filtration », explique Chen Geng.

« Des calculs préliminaires montrent que ce système peut collecter et mettre à profit environ huit tonnes d'eau de pluie par an, et le coût à cet égard est dérisoire », nous explique Wang Yutian, un membre du département pour le développement stratégique de la société Sino-Ocean.

Un marais dans la cour

« Par rapport aux transformations précédentes, la plus intéressante de celles-ci est la technologie dite de "zone humide artificielle" que nous avons appliquée pour la première fois dans une vieille construction, fait remarquer Tu Zheng, concepteur général de la cour écologique et membre du département de recherches et de développement de Sino-Ocean. Les systèmes de collecte, de recyclage, de filtration et d'extraction permettent aux eaux usées d'être réutilisées dans la cour pour les plantes aquatiques et les bassins de poissons. Ainsi, l'eau est économisée et l'environnement est amélioré en même temps. »

Le système de zone humide artificielle est généralement constitué de sol artificiel et de plantes aquatiques. Il s'agit d'un éco-système spécial qui comprend le sol, les plantes et les bactéries. « Les eaux usées familiales, y compris l'eau de douche et de lessive sont déversées dans les zones humides de la cour. Après une purification biologique, elles sont canalisées pour la réutilisation. Bien que n'étant pas potable, cette eau peut être réutilisée pour les toilettes et le nettoyage du plancher par exemple », indique Chen Geng.

« Selon les calculs, les zones humides artificielles peuvent collecter 80 tonnes d'eaux résiduaires par an. Si elles sont bien recyclées pour arroser les plantes, nettoyer les planchers et les toilettes, cela peut permettre de réduire la consommation d'eau douce d'environ 50 tonnes par an », ajoute Wang Yutian.

« Notre qualité de vie s'est améliorée. Le système économise de l'eau et nous réduisons nos dépenses ! Il est également conforme à la volonté de l'État en matière de faible émission de carbone et d'économie d'eau », renchérit M. Chen.

La situation de la consommation d'eau à Beijing est alarmante. Selon les statistiques publiées en 2013 par le Bureau d'approvisionnement en eau de Beijing, la consommation de la capitale en eau est de 3,6 milliards de tonnes d'eau par an, alors qu'elle ne dispose d'un volume total de seulement 2,1 milliards de tonnes par an, ce qui signifie qu'il y a un déficit de 1,5 milliards de tonnes d'eau annuel. Chaque résident de Beijing bénéficie seulement de moins de 100 tonnes d' eau annuellement, soit moins de 5 % du niveau moyen de la Chine. Cela fait de la capitale l'une des villes chinoises les plus pauvres en eau.

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