Entre messagerie instantanée et plate-forme de rencontre
  2014-02-21 13:16:10  La Chine au présent

WeChat fait déjà partie intégrante du mode de vie de la jeune génération chinoise.

 

Si vous n'avez pas peur de la foule et osez emprunter les transports en commun bondés des grandes villes chinoises aux heures de pointes, vous apercevrez sûrement un nouveau genre d'utilisateur de téléphone portable. Nous étions déjà habitués à voir des gens parlant seuls dans les rues, écouteurs dans les oreilles et reliés de façon invisible à Internet. Mais depuis quelque temps, on voit de plus en plus de Chinois tenir leur smartphone, non pas à leur oreille, mais en biais au niveau de leur bouche, parlant dans le micro se trouvant sur la partie inférieure de leur appareil. Cette nouvelle façon d'utiliser son téléphone a été initiée par « WeChat » (« Weixin » en chinois), une application de messagerie instantanée, écrite et vocale, développée par la plus grande entreprise Internet chinoise, Tencent Holdings Limited, et lancée en janvier 2011.

En seulement trois ans, WeChat est non seulement devenu le service de messagerie numéro un en Asie, mais a aussi créé un nouveau style de vie. Tencent utilise d'ailleurs intelligemment cette nouvelle façon de tenir son téléphone à des fins marketing pour en faire un des symboles de l'entreprise, tout comme Apple l'avait fait jadis avec les écouteurs blancs de se première génération d'iPod.

Le nombre d'utilisateurs de WeChat ne cesse de grossir, et ce, pas uniquement en Chine. Selon Tencent, le nombre d'utilisateurs ayant créé un compte WeChat est passé de 300 millions en janvier 2013 à plus de 400 millions en août de la même année ; 236 millions de ces utilisateurs utilisent l'application au moins une fois par mois.

La version en anglais de l'application, disponible depuis le mois d'avril 2012, compte déjà plus de 100 millions d'utilisateurs enregistrés. La campagne publicitaire lancée en juillet 2013 et utilisant l'image de Lionel Messi, star du football mondial et désormais ambassadeur de la marque, y est pour beaucoup, 30 millions de nouveaux comptes ayant été créés à l'étranger dans les 4 semaines suivantes.

WeChat est disponible sur Android, iPhone, Black-Berry, Windows Phones, ainsi que sur les plate-formes Symbian et a réuni différentes applications déjà populaires en Occident en une seule. WeChat rend possible une communication multimédia gratuite sur smartphone, un peu à la manière de « WhatsApp », son pendant occidental qui revendiquait 300 millions d'utilisateurs actifs en août 2013. Utiliser WeChat, c'est combiner SMS, envoi de messages vocaux instantanés à un ou plusieurs destinataires, partage de photos et vidéos et cela inclut aussi les caractéristiques de réseaux sociaux comme Facebook et Twitter, les fonctions chat de Skype ou MSN et les fonctions d'édition de photos offertes par Instagram.

D'autres fonctions ayant rendu WeChat culte en Chine permettent de partager informations personnelles et position géographique exacte (à l'aide d'un GPS intégré) ainsi que la possibilité de « devenir ami » avec d'autres chatteurs connectés (comme sur « Bump » et le réseau social de téléphonie mobile « Foursquare »). Grâce à la fonction « Shake », les chatteurs peuvent échanger des informations avec d'autre WeChateurs du monde entier qui « shakent leurs téléphones » exactement au même moment. « Look Around » montre les utilisateurs connectés, dans un rayon de 200 mètres, qui « cherchent à faire connaissance ». La fonction « Drift Bottle » est aussi très innovante, c'est la version immatérielle de la bonne vielle « bouteille à la mer ». Les utilisateurs peuvent « jeter un message » dans l'immensité de l'océan virtuel que constitue le réseau WeChat et n'importe quelle autre personne connectée peut ouvrir et lire ce message.

Ce qui rend WeChat spécial est le fait que ses concepteurs ne se sont pas contentés de copier et d'adapter des applications existant déjà « ailleurs » sur Internet, comme Renren.com (équivalent de Facebook), QQ (Skype), Taobao (eBay) or Sina Weibo (Twitter). Tencent a synthétisé les meilleures applications mobiles existantes et y a ajouté d'autres fonctions innovantes et ludiques afin de créer un produit unique, capable non seulement de séduire les Chinois mais qui attire de plus en plus d'utilisateurs de par le monde.

Le fait que WeChat soit totalement gratuit est aussi un gros atout. Alors que « WhatsApp » tire ses revenus des frais d'abonnement (bien que peu élevés) des utilisateurs, Tencent a annoncé que WeChat avait vocation à rester gratuit.

Tencent tire ses revenus d'une stratégie commerciale en ligne qui pourrait bien devenir le modèle standard des entreprises occidentales dans un futur proche. Une large part des revenus de Tencent est issue de la vente d'émoticônes animées disponibles dans le « Sticker Shop » et qui sont soit sponsorisées par des entreprises, soit téléchargeables contre une somme modique. Cette année, Tencent a aussi lancé sa propre plate-forme de vente de jeux en ligne par WeChat. Une autre source de revenus est la création payante de comptes officiels pour les entreprises et les institutions. Dans le futur, Tencent va lancer sa boutique en ligne qui proposera des e-books, des mangas et de nouvelles applications. En ce moment, des négociations sont en cours avec des fonds d'investissement chinois pour mettre en place une plate-forme de services financiers.

Le e-commerce est aussi une source de revenus très prometteuse comme l'a montré, le 22 novembre dernier, l'opération conjointe menée par WeChat et le fabricant chinois de smartphones Xiaomi qui a permis la vente de plus de 150 000 téléphones en 10 minutes.

Une autre option est le m-commerce (mobile commerce), car Tencent peut tirer avantage de sa fonction GPS pour permettre à des boutiques ou des restaurants d'envoyer des messages publicitaires ou des bons de réduction personnalisés aux personnes connectées à proximité. Les utilisateurs peuvent d'ores et déjà payer leurs achats à McDonald's par WeChat.

Néanmoins, malgré son énorme succès en Asie, WeChat reste quasi inconnu aux États-Unis et dans beaucoup de pays européens. Shi Anbin, spécialiste des études culturelles et médiatiques à l'université Tsinghua, pense que le système médiatique international toujours focalisé vers l'Ouest en est la raison principale. « Le mot d'ordre est toujours "mettre en lumière l'Occident et négliger le reste". WeChat connait un grand succès, surtout dans les pays en développement, mais les médias occidentaux refusent d'en parler. »

En effet, les innovations en provenance de Chine ont un problème d'image dans les pays occidentaux. Par exemple en Allemagne, des plate-formes de test informatique de renom ont donné à WeChat les meilleures notes, mais malgré cela, les médias n'ont en pas ou peu fait écho et se sont même montrés critiques. « Le rival chinois controversé de WhatsApp » titrait le site internet de la radio publique allemande ARD qui accusait WeChat de censurer du contenu. Au mois de janvier 2013, un journaliste du site d'information "Dietrendblogger.de", affilié au Centre allemand d'Innovation Média Babelsberg a écrit : « Les messages contenant du "vocabulaire sensible" ne peuvent pas être envoyés par WeChat ».

Pour que des inventions comme WeChat parviennent à se faire une place sur les marchés occidentaux, il faudrait que la Chine renforce son pouvoir de séduction, son "soft power" en Occident. À la place des campagnes de communication gouvernementales à propos du rêve chinois, il se pourrait bien que ce soient les inventions technologiques, comme WeChat, qui ouvrent la voie des marchés occidentaux aux innovations chinoises dans le futur. Et le prochain Facebook pourrait bien venir de Chine...

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