Faire ou ne pas faire un deuxième enfant ?
  2014-02-20 11:10:01  La Chine au présent

Grâce à l'assouplissement de la politique de planification familiale, des enfants chinois pourront désormais avoir la chance d'avoir un frère ou une sœur.

La modification de la politique de contrôle des naissances en Chine qui autorise les couples dont au moins un des membres est enfant unique à avoir un deuxième enfant est effective depuis la fin de l'année 2013. Bien que beaucoup de jeunes couples soient désireux d'avoir un deuxième enfant, il y en a aussi beaucoup qui ne le sont pas. Pour beaucoup, avoir un deuxième enfant ou non est une décision lourde de conséquences.

éviter la solitude de l'enfant unique

Guo Qian, 30 ans, a annoncé lors d'un dîner en l'honneur de sa belle-mère dans un restaurant de canard laqué de Beijing, son intention de faire un deuxième enfant pour offrir à son fils un petit frère ou, dans l'idéal, une petite sœur.

Le fils de Guo, Dafeng, a 5 ans. Une fois rentré à la maison de l'école maternelle, il passe le plus clair de son temps à jouer sur son iPad. Depuis qu'il s'est mis à regarder l'émission télé « Where are We Going, Dad? » avec sa mère, Dafeng a eu un coup de cœur pour Cindy, une des jeunes participantes de l'émission qu'il a récemment vue acheter un jouet pour son petit frère. Ça a tellement impressionné Dafeng qu'il s'est mis à demander à sa mère une petite sœur.

Guo Qian est née en 1983, après que la politique de l'enfant unique ait été promulguée.

Lors de sa fondation, en 1949, la population de la Chine nouvelle s'élevait à 540 millions. En 1954, elle dépassait les 600 millions, et en 1969 elle atteignait les 800 millions – une charge énorme pour ce qui était alors un pays pauvre. Des mesures pour contrôler l'accroissement de la population étaient alors impératives. En septembre 1982, la loi de contrôle des naissances a été élaborée en tant que politique fondamentale d'État, et a été strictement appliquée durant les années qui ont suivi. En 2005, 400 millions de naissances supplémentaires avaient été évitées.

Plus de la moitié des Chinois de la génération de Guo sont des enfants uniques. « Je ne veux pas que mon fils souffre de la même solitude que j'ai connue », dit Guo Qian.

Le mari de Guo est tout aussi enthousiaste à l'idée d'offrir à Dafeng un autre enfant pour lui tenir compagnie. Cela était impossible avant le récent assouplissement de la loi sur le contrôle des naissances qui ouvre la porte à des changements majeurs dans la vie des Chinois. Les économies que doivent effectuer Guo et son mari pour nourrir une future quatrième bouche dans la famille, incluent, entre autres restrictions, l'abandon de leur abonnement à la salle de fitness locale.

« C'est triste pour un enfant unique de ne jamais connaître la sensation de bonheur et de camaraderie d'avoir un frère ou une sœur », dit Guo Qian. Elle se rappelle à quel point la maison était silencieuse quand ses parents faisaient des heures supplémentaires au travail. Ses jouets et les personnages du dessin animé Les Stroumpfs étaient ses seuls compagnons dans l'appartement vide.

« Un deuxième enfant aidera à créer un environnement familial plus sain et à résoudre le problème de l'enfant unique gâté », dit Guo.

Beaucoup de jeunes couples partagent le point de vue de Guo Qian. En 2010, une étude sur le thème de la famille menée sur Internet par le Centre d'enquête chinois sur les nouvelles tendances sociales de la jeunesse a révélé que, sur un total de 6 000 personnes interrogées, 77,5 % pensaient que – autorisé par le gouvernement – avoir deux enfants était l'idéal pour une famille.

Selon une étude menée par la Commission nationale de la santé et du planning familial sur le thème du désir de fécondité, 15 à 20 millions de personnes seront concernés par la loi « autorisant un couple dont au moins un des deux membres est enfant unique à avoir un deuxième enfant. » Des données compilées par l'université Renmin de Chine montrent que 60,5 % des personnes interrogées ont décidé d'avoir un deuxième enfant, 27,2 % de ne pas avoir de deuxième enfant et 12,2 % étaient indécis.

En dehors du fait de vouloir un deuxième enfant pour épargner la solitude à l'enfant unique, de nombreux Chinois, surtout dans les zones rurales, sont attachés à la tradition de « mettre au monde des fils qui supporteront leurs parents quand ils seront vieux ». Par conséquent, lorsque les gouvernements locaux appliquaient les lois concernant le contrôle des naissances dans les années 80 et 90, ils étaient plus tolérants avec les résidents ruraux.

Les parents de Guo Qian font partie de la génération née dans les années 50, où presque chaque famille comptait plus de deux enfants. Guo se rappelle encore comment ses tantes et ses oncles venaient s'occuper de son grand-père lorsque celui-ci tombait malade. « Même si mon père n'était pas en ville, ses frères et sœurs se chargeaient de s'occuper de mon grand-père. Ils pouvaient compter les uns sur les autres », dit Guo Qian.

En tant que fille unique, Guo Qian redoute le vieillissement de ses parents. À part la crainte d'être trop occupée pour pouvoir prendre soin d'eux toute seule, sa principale préoccupation est l'absence de soutien moral familial.

« Prendre soin de quatre parents est une lourde responsabilité pour les couples dont les deux membres sont enfants uniques. Avoir deux enfants sera une double sécurité pour nos vieux jours mais, plus important encore, cela rendra nos vies plus épanouies », pense Guo.

Du point de vue d'un enfant unique, un frère ou une sœur est un partenaire de jeu et un compagnon pour la vie. Mais, selon Lao Mao, internaute, c'est bien plus que ça. « La relation entre frères et sœurs se matérialise par une aide et un support mutuels. Si l'un a besoin d'aide, l'autre lui donnera sans hésitation. Le fait de pouvoir compter là-dessus allège considérablement la pression de la vie », dit-il.

Depuis que la première génération d'enfants uniques a atteint l'âge de se marier et d'avoir des enfants, un nombre croissant de familles « 4-2-1 » (quatre parents, un jeune couple, un enfant) sont apparues. Il y a aussi inévitablement beaucoup de « foyers sans enfants », où l'enfant a quitté le foyer ou est décédé. Le Livre blanc 2010 des statistiques de santé en Chine publié par le ministère de la Santé, a révélé un taux de mortalité d'au moins 40 pour 100 000 dans la catégorie des 15-30 ans. En d'autres termes, 76 000 familles chinoises perdent leur seul enfant chaque année, une perte de plus d'un million d'individus au total.

La nouvelle politique va encourager la structure familiale « 4-2-2 » plutôt que la structure « 4-2-1 ». Cela permettra d'élargir « la main d'œuvre familiale » et d'accroître par conséquent la capacité à prendre soin de ses vieux parents dans le futur.

Des coûts plus élevés

Chen Wenwen et Zhang Kai, nés en 1985, sont tous deux enfants uniques. Ils se sont mariés il y a 2 ans.

Totalisant un revenu annuel de 160 000 yuans avant leur mariage, Chun et Zhang avaient prévu d'avoir deux enfants si leur situation économique le leur permettait. Néanmoins, moins d'un an après leur mariage, leur gros crédit immobilier à rembourser les a forcés à abandonner l'idée d'avoir un deuxième enfant.

« Le fait de vivre dans une grande ville implique des coûts considérables et un important stress au travail. Des gens comme nous, enfants uniques, ont aussi la responsabilité de prendre soin de nos parents âgés », dit Zhang Kai. « Bien-sûr, il serait mieux d'avoir deux enfants plutôt qu'un. Mais la réalité économique des choses nous a forcés à faire des compromis », ajoute-il.

Wang Xinyu, 33 ans, a un enfant de 3 ans. L'assouplissement de la politique de l'enfant unique n'a pas changé son point de vue sur sa vision de la famille. « Que cette nouvelle politique me concerne ou non, je n'ai pas l'intention d'avoir un autre enfant », dit-elle.

La pression économique est aujourd'hui l'obstacle principal qui empêche les gens de réaliser leur rêve d'avoir un deuxième enfant. Même si donner naissance à un enfant n'est pas coûteux en soi, l'élever l'est. Pour la plupart des gens, avoir un autre enfant n'est pas une question d'envie mais une question de moyens financiers. L'augmentation généralisée du coût de la vie a convaincu Wang de ne pas avoir plus d'un enfant.

Wang et son mari gagnent ensemble autour de 5 000 yuans par mois. Sur ce revenu, 2 000 yuans sont utilisés pour rembourser leur crédit immobilier et 1 500 yuans pour payer le lait et les couches de leur bébé de six mois. 500 yuans supplémentaires sont utilisés pour les habits et les jouets. Quand un enfant est en âge de rentrer à l'école maternelle, il faut débourser 700 yuans supplémentaires par mois. Il ne reste tout simplement plus assez d'argent disponible pour un autre enfant. De nombreux jeunes parents ont à assumer ces lourdes charges financières.

« Il n'est déjà pas facile pour une famille moyenne de prendre soin de quatre personnes âgées et d'un enfant. Comment pourrions-nous garantir une vie décente à un enfant supplémentaire ? » « En plus de problèmes financiers, il devra faire face à une pression plus forte en ce qui concerne sa scolarité, l'accès à l'emploi, et pour trouver un/une partenaire de mariage », dit-elle.

Une autre chose à prendre en compte est que la plupart des jeunes parents d'aujourd'hui sont enfants uniques. Ayant été élevés seuls, ils ont une tendance naturelle à l'égocentrisme. Il leur faut néanmoins, après une semaine de dur labeur, passer leurs weekends à jouer avec leurs enfants et à les conduire (et les récupérer) à leurs activités extrascolaires ou cours particuliers. Il ne leur reste que peu de temps pour eux-mêmes. Une deuxième naissance les forcerait à utiliser tout leur temps pour travailler ou pour s'occuper de leurs enfants. De nombreux jeunes couples sont donc partagés sur le fait d'avoir un deuxième enfant ou non.

Un ou deux ?

Décider d'avoir un deuxième enfant ou non ? Avoir deux enfants est-il mieux que n'en avoir qu'un ? De nombreux couples réfléchissent beaucoup à ces questions. Un point de vue est exprimé dans les paroles modifiées de façon humoristique d'une vieille chanson chinoise par l'acteur Wang Zhiwen : « Avoir un second enfant n'est pas chose facile et demande beaucoup de courage. »

Li Ya travaille pour une grande entreprise automobile. Elle a une fille de six ans. Son mari et elle étant très occupés à leur travail, ce sont les grands-parents de la petite fille qui vont la chercher tous les jours à la sortie de l'école. Une fois rentrée à la maison, elle joue sur l'ordinateur ou regarde la télévision. « Nous voulons qu'elle ait un compagnon », dit Li.

Depuis que la Chine autorise les couples dont au moins un membre est enfant unique à avoir deux enfants, les beaux-parents de Li, qui ont la préférence traditionnelle pour les garçons, voudraient que Li ait maintenant un fils. Mais Li, 33 ans, a envie d'atteindre des objectifs professionnels élevés. Avoir un deuxième enfant signifierait laisser passer toute chance de promotion.

Li a longtemps réfléchi à la possibilité d'avoir un deuxième enfant. « J'aimerai avoir un autre enfant dans quelques années, quand ma carrière sera stable, mais j'ai peur que l'âge que j'aurai alors, réduise mes chances de tomber enceinte. Et même si je sacrifiais ma carrière pour faire un autre enfant maintenant, élever et éduquer cet enfant nous causera des problèmes financiers. C'est pourquoi une telle décision ne peut pas se prendre à la légère. »

Même s'il peut sembler dommage de ne pas faire un deuxième enfant maintenant que la politique du contrôle des naissances s'est assouplie, il est indéniable que mettre au monde un autre enfant est quelque chose qui demande des sacrifices. C'est pourquoi de nombreux jeunes couples qui seraient ravis d'avoir un deuxième enfant savent qu'il y aura un contrecoup financier. Les gens ont des avis et des points de vue différents à propos de la nouvelle loi sur le contrôle des naissances. Avoir un deuxième enfant entraine de lourdes dépenses financières et demande une énergie débordante, au point que le style et le niveau de vie de toute la famille risquent d'être affectés. C'est pourquoi, avoir un deuxième enfant est une décision difficile à prendre pour de nombreuses familles.

Les idéaux ne collent guère à la dure réalité. Pour les jeunes couples qui doivent trouver l'argent nécessaire à l'achat d'un appartement, l'éducation d'un enfant, ainsi que pour s'occuper de leurs quatre parents, la pression économique est énorme. De nombreux couples admettent qu'ils imaginent difficilement comment ils pourraient élever un enfant supplémentaire. D'autres essayent de voir le côté positif des choses et disent « après encore quelques années à profiter de la vie, si nos parents sont d'accord avec cette idée, nous aurons un autre enfant ».

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