La jeune fille hani
  2012-09-25 16:43:40  cri

Dans le Yunnan, réside une ethnie qui s'appelle Hani. Leurs ancêtres étaient originaires du plateau du Tibet. Ils se sont installés dans le sud du Yunnan où ils se sont trouvés confrontés aux problèmes de nourriture. Ne trouvant pas d'endroit approprié pour la culture de céréales, ils ont construit des champs en terrasses qu'ils ont irrigués avec de l'eau de source de la montagne drainée par des canaux d'irrigation en pierre.

Ces champs constituent un paysage original et particulièrement joli, mondialement connu. J'ai déjà vu ce site à la télévision, mais j'ai été encore plus impressionné lorsque j'ai vu les lieux de mes propres yeux. Ces champs parsèment l'ensemble des montagnes. C'est vraiment un spectacle incroyable. Ces terrasses ressemblent à des échelles irrégulières menant vers le ciel. De l'eau coule du sommet des montagnes pour irriguer les cultures. De jeunes pousses vertes de riz sortent juste de l'eau. Les nuages se regroupent autour des monts comme une ceinture de soie blanche. Parfois, les rayons du soleil brillent sur les rizières qui deviennent aussi limpides qu'un miroir. Les adolescentes hani qui marchent au bord des champs, sont légères comme des fées. Elles ont une peau légèrement mate, et des dents blanches comme la neige qui illuminent leur visage dès qu'elles sourient. Ces champs en terrasse et ces jeunes filles ravissantes sont en parfaite harmonie et constituent une beauté difficile à décrire.

Le village dans lequel nous nous sommes rendus, se trouve au milieu d'un mont. Nous avons choisi ce lieu à cause de son Arbre de dragon. Cet arbre est en fait l'arbre le plus haut et plus gros dans la localité. Les Hani le considèrent comme un arbre sacré qui assure le bonheur et la sécurité du village. Parallèlement, les Hani attachent une attention particulière à la protection de tous les arbres du village.

À notre arrivée, les jeunes filles hani ont été les premières à venir à notre rencontre. Lorsque nous leur avons dit que nous souhaitions les prendre en photo, excitées, les jeunes filles hani se sont précipitées pour aller se maquiller. Au bout d'un petit moment, elles sont ressorties de chez elles en portant leurs costumes traditionnels aux couleurs vives. Avec une certaine timidité, elles ont posé devant nous. Parmi elles, une jeune fille, s'est détachée du lot. On a appris alors qu'elle était responsable d'une boutique d'articles de première nécessité. Et pour approvisionner son magasin, elle est obligée de se rendre souvent dans les foires qui se trouvent à des dizaines de kilomètres du village. Elle est donc considérée comme quelqu'un qui a vu le monde.

Après la séance de photos, cette jeune fille nous a invité chez elle. Le feu chauffait le four dans lequel étaient déposées des céréales. On raconte que chez les Hani, le feu du four n'est jamais éteint. Puis, tous les membres de la famille se sont réunis autour de la table pour manger et bavarder.

La mère de cette jeune fille travaille dans les rizières. Le père, qui est appelé « Tête de dragon » par les villageois, assure la présidence du sacrifice de l'Arbre de dragon. Pour avoir ce titre de « Tête de dragon », il faut être vertueux, vivre dans une famille harmonieuse et ne pas avoir de parents qui ont commis des délits.

L'adolescente nous a ensuite conduit dans sa chambre. La décoration y était très simple. Il n'y avait que des draps et des articles féminins. Elle m'appelle gentillement « grande soeur » et me demande à quoi ressemble la vie des filles de son âge en ville. La curiosité se lit sur son visage. Je réponds : elles sont sur le point d'entrer à l'université !

Elle m'a raconté tristement que dans son village, presque aucune fille n'était jamais sortie du village. Sauf elle, qui peut parcourir jusqu'à 20 km pour se rendre à la foire. Elle m'a demandé également si les filles de son âge étaient mariées. Je lui ai répondu qu'en règle générale, les filles avaient leur premier petit ami après l'âge de 20 ans.

Elle a poursuivi en disant que dans son village, les filles avaient leur propre chambre à partir de l'âge de 16 ans. Nommée « chambre de fille » par les habitants locaux, cette chambre est destinée aux filles qui entrent dans l'âge adulte. A ce moment-là, elles peuvent sortir librement avec leur petit ami. Sans que les parents n'y interfèrent. Je lui ai demandé si elle avait quelqu'un dans son coeur. Et sans timidité aucune, elle a répondu : « bien sûr que oui ! Chez nous, si on n'a pas de petit ami à mon âge, on est la risée de tout le monde. » A ces mots, je n'ai pu m'empêcher de penser à la vie des citadins chinois. Les Chinois sont trop fermés pour exprimer leurs sentiments, malgré le fait que l'on soit dans une société moderne maintenant. La société des Hani est à mes yeux, plus humaniste, plus ouverte et plus naturelle.

« Je t'envie beaucoup, ma petite soeur , lui dis-je, et quand comptes-tu te marier ? »

Son visage s'est alors assombri. Après un temps d'hésitation, elle m'a répondu qu'elle ne voulait pas suivre la voie des autres adolescentes hani, c'est-à-dire épouser un jeune de son village et faire beaucoup d'enfants. Et lorsque je lui ai démandé ce que c'était la vie idéale pour elle, elle a répondu qu'elle ne le savait pas non plus.

Le père de cette jeune fille a un disciple qui, un jour, prendra la succession comme « Tête de dragon ». Il devra connaître par coeur tous les détails du sacrifice. Il nous a emmené à l'Arbre de dragon. En franchissant des sentiers difficiles, nous avons entrevu au loin un arbre feuillu et verdoyant.

Sous la présidence du père, le sacrifice de l'Arbre du dragon se déroule parfaitement. Chaque famille abat un porc et un mouton pour les offrir à l'Arbre sacré. La sacrifice est suivi d'un grand banquet. Chaque foyer amène des plats. Les tables sont placées les unes derrière les autres. C'est une scène grandiose.

En sortant du village, la jeune fille hani nous a invité à revenir chez elle pour une fête traditionnelle appelée Kuzhazha. J'ai accepté cette invitation mais sans être sûr que je pourrai la revoir un jour. En longeant les champs en terrasse, je me demandais si je vivais un rêve. Parfois, le visage souriant de cette jeune fille hani me revient en mémoire. Je me souviens encore de ses mots : comme je serais heureuse si j'étais vraiment ta soeur. A cette pensée, les larmes me montent presque toujours aux yeux.

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