Ganzi, contrée natale de la "Chanson d'amour de Kangding"
  2012-03-30 10:37:22  CCTV
Ganzi est le département autonome tibétain du Sichuan. En fait, c'est à Ganzi que s'est formé, sous le règne des Qin et des Han, le premier système de troc chinois permettant aux Han et aux Tibétains d'échanger thé et chevaux. C'est à partir des Song que Ganzi évolue en un nœud de communication sur l'ancienne Route du thé reliant le Sichuan au Tibet.

Ganzi est en premier lieu, la contrée natale de la « Chanson d'amour de Kangding », Kangding Qing Ge, chanson populaire, mais aussi universelle, du fait qu'elle a été retenue par l'UNESCO pour être proposée au monde entier. C'est d'ailleurs l'unique chanson populaire chinoise à être élue parmi les dix meilleures chansons d'amour du monde.

Ganzi est un cas exceptionnel en Chine au niveau géographique. Une contrée qui est à la fois désertique, à cause du froid de la haute altitude, et fertile, grâce à l'abondance en eau. On dit qu'elle est à moitié au Ciel et moitié, sur terre. Elle se cache dans une région montagneuse lointaine, mais elle est connue du monde extérieur.

Nous voici au cœur de la montagne Hengduan. C'est une contrée propre, mystérieuse et fermée qui abrite de diverses cultures. Là, règnent la quiétude et la prospérité. Là, coexistent le désert et la sagesse.

Ceux qui ne parlent pas la même langue se rendent ici sans se donner rendez-vous. Et ceux qui ne croient pas au même Dieu se prosternent ensemble au pied de la montagne sacrée. Quel genre de pouvoir la région détient-elle pour séduire autant d'ethnies ? Et quelle est la raison pour laquelle chacune des ces ethnies parviennent à maintenir leurs propres coutumes et à coexister depuis des générations ?

Sur cette terre entourée par la montagne enneigée et embrassée par la prairie sont enfouis trop de secrets. Allons à Ganzi pour chercher à retrouver l'origine des légendes.

Après avoir traversé le tunnel du Mont Erlang, qui est actuellement le tunnel à la plus haute altitude du pays, nous sommes au département de Ganzi. La ville de Kangding est le chef-lieu du département autonome tibétain de Ganzi. Si la ville est, à présent connue du monde extérieur, elle le doit à la chanson d'amour « Kangding Qing Ge ». Elle a donc le titre de ville originaire de la chanson d'amour.

Le département autonome tibétain de Ganzi, dans le Sichuan constitue en quelque sorte un passage d'importance stratégique qui relie le Tibet au Sichuan. Ce dernier est d'ailleurs surnommé le « royaume de cocagne ». Antonio : C'est aussi une zone de transition qui prolonge le bassin du Sichuan et l'élève au plateau Qinghai Tibet. A partir de Kangding, on est déjà au plein cœur de la chaîne de montagnes Hengduan. La chaîne de montagnes Hengduan est composée de grandes montagnes et de grands cours d'eau, qui se développent du sud au nord.

Trois des six cours d'eau qu'abrite la chaîne de montagnes Hengduan, le fleuve Dadu, la rivière Jinsha et la rivière Yalong traversent l'ensemble du département de Ganzi, pour devenir les principaux affluents du cours supérieur du Yangtsé.

Arrosée par ces eaux, le département est fait de terre fertile. La nature et les arbres verdoyants y forment un site au paysage pittoresque. En même temps, comme la terre s'y élève brutalement elle fait naître un climat changeant, et brutal aussi. On doit supporter le désert et le froid de la haute altitude. C'est pourquoi on dit que Ganzi est à la fois dans le ciel et sur la terre.

Au beau milieu de cette chaîne de montagnes se répand au sein des Tibétains une légende héritée depuis des générations : Une feuille d'arbre qu'un oiseau tient dans son bec est tombée dans le bol d'eau d'un Tibétain. Le parfum le rafraîchit et le dynamise.

Ceux qui vivent sur le plateau, où il fait froid et où l'oxygène est insuffisant, sont obligés de manger de la viande et du Tsampa, mais, il leur est impératif de trouver quelque chose tant pour dégraisser que pour étancher la soif. Et c'est bel et bien cette feuille d'arbre miraculeuse qui a changé leur vie depuis cet instant même.

Le monarque local a tout de suite, dépêché des messagers, pour qu'ils partent dans tout le pays, pour en trouver. Seul celui qui s'est rendu à l'Est est parvenu à trouver la feuille miraculeuse. Ce sont des feuilles de thé des Han.

Depuis, les Tibétains descendent dans l'est. En menant leurs troupeaux de moutons et de chevaux. Quant aux négociants Han, ils montent vers l'ouest avec leur thé. En voyage, ils se doivent de trouver un lieu pour se reposer. Ils ont choisi Dazheduo. Ce qui veut dire, en tibétain, confluent de deux rivières. Mais en chinois, l'endroit est dit « Kangding ».

Dans le dialecte du Sichuan, on dit Liu Liu pour décrire quelque chose de long et d'étroit. Du haut de la montagne Paoma, on aperçoit une toute petite ville longue de quelques km, qui serpente dans une vallée, c'est Kangding.

Dès qu'on descend en ville, on est submergé par la vague de bruit. En se promenant dans la rue, on est de temps à autre arrêté par des découvertes inattendues. Pour le bouddhisme tibétain, le catholicisme a été introduit de loin, par l'Occident. Malgré tout, il est accepté et assimilé.

La mosquée et le pavillon Guanying coexistent avec le monastère et le temple, symboles du bouddhisme tibétain. En voyant ce paysage, on est obligé de penser, de se demander combien de poussières historiques sont cachées au fond de cette petite ville. On écoute s'exprimer au micro de RCI Guo Changping, rédacteur en chef du Journal de Ganzi : « Il faut dire que l'essor de Kangding est dû à l'ancienne Route du thé et des chevaux. On le doit notamment à l'empereur Kangxi des Qing, car il a ordonné de construire le pont Luding. Depuis, le marché des échanges a été déplacé de l'est à l'ouest, aux environs du pont Luding. Poussé par les conditions de transport favorable, le déplacement vers l'ouest a été fait jusqu'à Kangding, pour la faire en la première économie de troc de thé et de chevaux. C'est de cette manière que Kangding s'est développée et a prospéré ».

Un proverbe tibétain dit : Plutôt que d'être privé de thé pendant une journée, mieux vaut jeûner pendant trois jours. Le marché du thé et des chevaux est dû au fait que les Tibétains sont très dépendants du thé. En partant avec leurs chevaux et leurs fourrures, ils parviennent à Dazheduo pour échanger, avec du thé, du sel et des tissus en provenance de l'arrière-pays. On ne cesse de voir des gens qui partent en voyage, en chargeant leurs chevaux ou leurs épaules. Après avoir escaladé bien des montagnes, on parvient à Dajianlu.

Dazheduo ou Dajianlu sont le Kangding aujourd'hui. Bien que le voyage sur la Route du thé soit de temps à autre rendu agréable par le chant des cloches et des sabots, il fait prendre des risques, Car le convoi de chevaux avance au beau milieu de hautes montagnes et des cimes escarpées. On est souvent au bord d'un précipice C'est pourquoi on dit souvent que même un coup de Puce parvient à vous renverser dans l'abîme.

Ganzi est un passage obligé sur la Route du thé menant du Sichuan au Tibet et la rivière Dadu n'en est pas moins importante. Jadis, pour traverser la rivière, on coupait des lianes. On en faisait une corde, qu'on fixait au-dessus de la rivière. C'est de cette manière qu'on traversait la rivière. C'était une traversée acrobatique. Chaque fois qu'on la traversait, on mettait sa vie en péril.

C'est à Kangding que se croisent les zones des Han et des Tibétains, c'est donc un lieu d'importance majeur en termes géographiques, tant pour sécuriser la frontière que pour stabiliser le marché. Sous le règne de l'empereur Kangxi des Qing étaient massés là un grand nombre de militaires. A l'époque, le torrent impétueux de la rivière Dadu faisait obstacle à l'acheminement des effectifs et des munitions décidés par le gouvernement. En 1705, l'empereur Kangxi ordonne de construire un pont en chaînes sur la rivière et il le nomme en personne Luding Qiao, pont de Luding.

La mise en service du pont Luding a amélioré les conditions de transport sur le fleuve Luding. Que ce soit le déplacement des gens en mission, des postiers ou encore des voitures de militaires, civils et négociants, tout se fait dans de bonnes conditions, rapides et sûres. On n'est donc pas malade à cause du voyage.

Comme l'accès à l'ancienne Route du Thé est mieux praticable qu'auparavant, on voit qu'un nombre croissant de Han se rendent à Kangding. Plus d'un millénaire est ainsi passé. L'ancienne Route du Thé n'est plus une simple route de transport, elle véhicule la culture.

L'ancienne Route du Thé est parvenue à réunir autour d'elle une vingtaine d'ethnies. On échange, on coexiste, on est dépendant l'une de l'autre. Kangding qui, du temps des Ming n'était qu'un tout petit village, grâce à sa prospérité économique et à son pluralisme culturel, se développe en une agglomération multiethnique.

Il nous est maintenant plus facile de comprendre que pourquoi la chanson tibétaine « Kangding Qing Ge » nous fait penser aux Han. Guo Changping, rédacteur en chef du Journal de Ganzi est au micro de RCI : « Si l'on remonte à l'origine de la mélodie, on constate qu'elle vient des Han. Mais, comme elle est chantée depuis une centaine d'années, à Kangding, par plusieurs ethnies, elle a fini par être assimilée à un air local, le Liu Liu Diao, ou l'air de Liu Liu. Autrement dit, Kangding est la contrée natale de l'air de Liu Liu. Il est très chanté dans la région, il suffit d'y ajouter des paroles. Il y a beaucoup de Liu Liu Diao à Kangding. 'Chanson d'amour de Kangding' est l'œuvre la plus représentative des airs de Liu Liu. C'est pourquoi on dit que cette chanson est bel et bien 'La chanson d'amour de Kangding'. »

Le nom de Kangding a été connu dans le monde pour la première fois en 1908. D'après les registres du district de Kangding, en 1908, le département de Dajianlu fut remplacé par la préfecture de Kangding, c'est à partir de là que le nom Kangding fut couché sur des documents historiques. On estime que la chanson d'amour de Kangding est née dans les années 1920.

Le grand frère Zhang et la grande sœur Li, deux personnages de la chanson, ont-ils réellement existé ? Si la réponse est affirmative, sont- ils encore en vie ? Sinon, qui est l'auteur de cette chanson ?

Depuis toujours, Kangding est peuplé de Han et de Tibétains. La ville est donc profondément influencée par la culture des Han. En plus, pas mal de Tibétains ont un nom de famille Han. Le mariage mixte est un phénomène général. Les deux héros qu'on chante, le frère Zhang et la sœur Li sont-ils Hans ou Tibétains ? Des chanteurs connus dans le coin pourront-ils nous renseigner ?

Celui qui travaille la terre est un chanteur connu à Kangding. Il s'appelle Mao Yungang. Sa famille vit à Kangding depuis des générations. Lors qu'il avait 14 ans, il s'est mis à apprendre à chanter auprès de son père. Il prétend être capable de chanter plus de 1500 chansons populaires. C'est aussi un connaisseur de « Kangding Qing Ge », chanson d'amour de Kangding. On écoute s'exprimer au micro de RCI Mao Yungang, Tibétain, chanteur populaire du district de Kangding : « Le nom de la sœur Li est Li Guiying李桂英. Elle était originaire du nord du Sichuan. Elle habitait, à Kangding. Elle était de l'ethnie Han. Le Liang Fen qu'elle produisait était le meilleur de la ville. C'est une sorte d'aliment, de gelée faite à base de farine de pois. Quant au frère Zhang, il s'appelait Zhang Zhicai.张芝彩. Zhang Zhicai était de Rongjing.Il habitait à Rongjing荣经. C'est dans l'arrière-pays. »

Li Guiying était à la fois belle et vertueuse. Quant au frère Zhang, il était couturier. A l'époque, tous les vêtements étaient confectionnés à la main. Il était capable de confectionner des vêtements tant pour les Han que pour les Tibétains, ce qui lui permettait de vivre dans l'aisance.

Comme la sœur Li vivait de la vente des Liang Fen, elle menait une vie plutôt modeste. Malgré tout, ils sont tombés amoureux. Mais les quatre parents s'opposaient violemment à cet amour. Ceux du frère Zhang refusaient catégoriquement cette union. On écoute s'exprimer au micro de RCI, Mao Yungang, Tibétain, chanteur populaire du district de Kangding :  « Chez nous, on chante beaucoup. Tout le monde chante. Kangding a percé grâce à ses chansons. Alors tout peut être chanté, d'autant qu'on a ici des gens très instruits, même ceux qui sont moins instruits improvisent. C'est le cas du frère Zhang. Il a dit à ses parents : Je vais vous chanter une chanson si vous pensez que la chanson est belle, de part et d'autre, vous devez autoriser le mariage. Tout dépendait de l'avis des parents Zhang. Le frère Zhang devait en premier lieu convaincre ses parents. »

Voici les paroles de la chanson : « Sur la montagne Paoma, on voit flotter un petit nuage blanc, qui passe au-dessus de la cité de Kangding. La grande sœur de la famille Li est une fleur et le grand frère de la famille Zhang est tombé amoureux d'elle. Tout d'abord, il la trouve belle. Ensuite, il pense qu'elle sera une bonne maîtresse de maison. Au talent de l'homme s'ajoute la beauté de la femme. La chanson d'amour de Paoma se pérennise ». Alors, comme les parents étaient très touchés par la chanson. Ils ont fini par céder.

La zone peuplée de Tibétains est surnommée « océan de chant et de danse ». On dit que les Kangpa savent danser dès qu'ils savent marcher et savent chanter dès qu'ils savent parler. Alors, les Kangpa chantent qu'ils soient au travail ou à la fête. « Kangding Qing Ge » est une chanson populaire née à Kangding sur la base de l'air Liu Liu. Ce fait est confirmé par un nombre croissant de gens. Dans les zones rurales ou urbaines de Kangding, l'air Liu Liu est connu de tous. On pense que le fossé Yala est le berceau de l'air Liu Liu.

La chanson d'amour de Kangding n'était dans les premiers jours qu'une matière brute, qui se cache au fond de la montagne et qui est inconnue du monde extérieur. Et cette situation a duré jusqu'au milieu des années 1940. Alors Wu Wenji吴文季, étudiant au Conservatoire national de la musique de Chongqing s'est rendu à Kangding. Il a apporté cette chanson populaire et l'a remise au célèbre compositeur Jiang Dingxian. La première version a été chantée par Yu Yixuan喻宜萱, la célèbre chanteuse de l'époque.

Grâce à la création du phonographe, la chanson a très vite été connue dans tout le territoire chinois. Guo Changping, rédacteur en chef du Journal de Ganzi est au micro de RCI :  « En fait, ce n'est pas la peine de chercher à savoir qui est frère Zhang ou sœur Li. Non ce n'est pas la peine. Que ce soit frère Zhang ou sœur Li, ils incarnent le peuple Kangding. Ce sont les enfants de Kangding. Tout le monde aspire à l'amour, comme frère Zhang et sœur Li. On fait preuve du courage et d'ardeur, à l'égard de l'amour et de la vie. »

A présent, « Kangding Qing Ge » a été retenue par l'UNESCO pour être proposée au monde entier. C'est l'unique chanson populaire chinoise à être élue parmi les dix meilleures chansons d'amour du monde. Alors tous ceux qui sont tombés amoureux ont le droit d'aimer ou d'être aimés. Kangding Qing Ge est à présent une chanson d'amour universelle.

 

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