
En août 2011, Zhang Wei et 5 autres écrivains chinois se voient décerner le Prix littéraire Mao Dun. Le prix Mao Dun est décerné tous les quatre ans maintenant, sous l'égide de l'Association nationale des écrivains chinois. C'est le 8ème prix décerné, depuis 1982.
Dès sa parution, l'oeuvre de Zhang Wei « Ni Zai Gao Yuan » attire l'attention et fait couler beaucoup d'encre dans le milieu de la littérature chinoise.
Qualifiée par son auteur de « l'oeuvre la plus compliquée d'un individu », « Ni Zai Gao Yuan » totalise 4 millions 500 000 caractères chinois. C'est donc une oeuvre colossale, en 39 tomes publiés en 10 volumes. L'auteur a mis 22 années à l'écrire.

Le héros du roman-fleuve est un géologue. Il s'appelle Ning Jia宁伽. Les soubresauts de l'histoire et les aléas de la politique qu'il a vécus nous font connaître la vie des gens qui sont nés dans les années 1950. Ils persistent à remonter à leurs origines ancestrales : prospérité et décadence, peine et joie, succès et échecs, honneur et déshonneur qui ont marqué la vie de leurs parents et de leurs grands-parents, ainsi que de leurs aieux. L'auteur veut nous faire connaitre précisément les conditions de vie et les caractéristiques psychologiques des gens de son temps.
De ses propres mots, Zhang Wei, « voudrait par l'intermédiaire de ce livre rafraichir la mémoire à un certain nombre de gens, soulever leur passion et les exhorter à ne pas oublier la souffrance des autres ».
Au contraire de ses oeuvres précédentes, le roman fleuve « Ni Zai Gao Yuan » regorge de connaissances relatives aux sciences de la nature : la botanique et la géologie, ainsi que la pédologie. On dit que cette fois-ci, Zhang Wei voulait défier ses propres limites.
En parlant de la création de cette oeuvre, Zhang Wei est assailli de mille sentiments. Du fait qu'elle parvient à modifier sa façon de vivre: au lieu de marcher, il se balade. Pour être plus près de la vie, de mieux la percevoir et ce, pendant 22 ans. On écoute Zhang Wei s'exprimer au micro de RCI : « Au terme d'un important travail de bureau, je me suis mis à me balader pour ma création. Un genre de balade que j'ai faite lorsque j'étais enfant. Je suis très attentif à la nature. Je prends des notes dans la nature, entre les monts et les eaux, sur la terre. Tantôt au grand air, tantôt chez les locaux. C'est de cette manière que je me suis baladé pendant une dizaine, une vingtaine d'années. C'est ainsi que j'ai acquis des matériaux pour écrire. Je n'ai pas fait exprès de les acquérir. Mais les matériaux ainsi acquis étaient plus riches. J'ai juste changé mon mode de déplacement. »

«Ni Zai Gao Yuan » est une oeuvre littéraire absolue, mais cela ne l'empêche pas de remporter de remarquables succès un peu partout, auprès du grand public. Un scientifique âgé de plus de 70 ans, après avoir lu le livre, l'a proposé à sa fille et à son gendre. Un autre lecteur, en lisant le livre, a écrit 130 000 caractères chinois de notes.
Lauréat de plusieurs grands prix littéraires, Zhang Wei accorde une grande attention aux réactions de ses lecteurs. Il nous confie qu'il est très encouragé par l'enthousiasme dont ils font preuve à l'égard de son oeuvre. Continuons à écouter Zhang Wei : « Ce genre d'exemples m'encourage beaucoup, c'est une sorte de soutien moral pour celui qui écrit. Cela me permet de prouver l'intérêt d'écrire. Dans un certain sens, le livre cherche à trouver ses lecteurs. Parfois, un bon livre n'est pas aimé des lecteurs, je trouve ça normal. Je trouve aussi normal qu'un mauvais livre soit aimé des lecteurs. Le livre cherche ses lecteurs et les lecteurs, eux aussi, cherchent leur livre. En ce qui concerne la lecture, le choix varie, tout dépend des lecteurs, de leur culture, et de leur type de vie. »
L'année où Zhang Wei termina son oeuvre « Ni Zai Gao Yuan », il était âgé de 54 ans. Il nous confie qu'il est né en novembre 1956 dans la ville de Longkou 龙口dans le Shandong山东. Il était à l'école primaire et au collège, mais pas au lycée. En 1980, il a terminé ses études à l'Ecole normale de Yantai, avec la langue chinoise comme formation. Depuis, il a travaillé pendant des années dans le domaine de la documentation.
En l'espace de 4 ans, il a rédigé avec ses collègues une « Anthologie des archives et des documents historiques du Shandong », un ouvrage de référence en 33 volumes et 10 millions de caractères chinois. C'est en quelque sorte la plus importante et la plus précieuse documentation qu'il ait faite au bureau. Elle représente aussi ses premières recherches académiques et sa première collecte de documents. C'est ainsi qu'il a jeté une base solide pour mettre en oeuvre sa création littéraire. On écoute Zhang Wei s'exprimer encore une fois au micro de RCI : « Du fait de mes parents, je suis allé vivre dans un centre de reboisement situé au bord de la mer. Je n'étais alors qu'un petit enfant, je ne voyais que très peu de gens. Je vivais alors avec les animaux et je m'intégrais à la nature. Le village dans lequel on vivait n'était pas un vrai village, du fait qu'il n'était fait que d'un seul foyer. Le village le plus près du nôtre était appelé Xi Lan Zi Cun西蓝子村. Mon livre 'Jiu Yue Yue Yan九月寓言' est conçu sur le modèle de ce village. La vie que j'ai eue lors de mon enfance m'était très chère, c'est la richesse la plus précieuse. L'isolement, la solitude et l'intégration à la nature permettent à mes oeuvres d'avoir une qualité différente. Certains pensent que j'ai fait exprès d'écrire autant sur la nature et la terre ; ceci est dû en effet à la vie que j'ai vécue.»
Zhang Wei ne veut pas vivre dans un lieu animé, tapageur. C'est un écrivain silencieux et modeste, mais très exigeant à l'égard de lui-même. Il passe la plupart de son temps à lire et à écrire, dans le calme. Zhang Wei est très attaché à la nature et à la vie. Bon nombre de ses oeuvres chantent directement la nature. Notamment le grand nombre de textes en prose et d'essais qu'il a écrits. En les lisant, on parvient facilement à percevoir l'amour qu'il éprouve pour la nature.
Dans sa prose « Re Ai Da Zi Ran热爱大自然 », aimer la grande nature, il écrit ce qui suit : « Pour un être humain qui n'aime pas la nature, il est difficile d'avoir une grande capacité de percevoir la beauté, d'écrire de beaux articles, et de devenir un véritable écrivain. »

Zhang Wei s'attache à la nature tout comme il s'attache à la vie. L'écrivain Zhang Xun 张勋le qualifie en ces termes : « Zhang Wei est l'enfant de la nature. C'est la nature indulgente qui lui a tout appris et l'a fait devenir écrivain. »
Lorsqu'il était âgé de 17 ans, il a écrit son premier roman « Mu Tou Che木头车 », voiture en bois. Depuis, il ne cesse de sortir des oeuvres et chacune de ses publications parvient à séduire la critique littéraire. A présent, il a à son actif plusieurs reccueils de nouvelles et une dizaine de romans, dont « Gu Chuan 古船», bateau antique, « Jiu Yue Yu Yan九月寓言 », la fable de septembre, et « Ci Wei Ge 刺猬歌», le chant de l'hérisson.
Ces trois ouvrages sont considérés comme les oeuvres les mieux placées pour mettre en relief la grande capacité d'écriture et l'esprit d'exploration de l'écrivain. Il est, de plus, l'auteur de quelque 130 récits et nouvelles et d'un grand nombre de textes en prose, de thèses et de poèmes, d'un total de plus de 3 millions de caractères chinois. Il s'est vu attribuer une trentaine de prix littéraires tant en Chine qu'à l'étranger. Ses oeuvres sont traduites en anglais, en français et en japonais. Une trentaine de ses textes édités en langues étrangères ou en chinois classique ont été publiés dans de nombreux pays et régions du monde.
En parlant de sa création littéraire, Zhang Wei nous a confié ceci : « Elle ressemble au fait d'écrire une longue lettre, elle n'a ni adresse ni destinataire. Tout ce qu'on fait est de l'expédier au loin : qu'il se renseigne et qu'il cherche. » Le temps d'une chanson et on se retrouve tout de suite.
En 1986, Zhang Wei a publié son roman « Gu Quan 古船», le bateau antique. Aussitôt après sa publication, il soulève de vives réactions dans le milieu littéraire. Et les critiques sont unanimes, estimant que « Gu Chuan » est l'une des oeuvres qui représentent au mieux la littérature de son temps.C'est ainsi que « Gu Chuan » a été élu en Chine « L'un des cent meilleurs livres de la littérature chinoise» et s'est vu attribuer le 1er Prix littéraire Zhuang Zhongwen 庄重文.
Le roman est édité par la maison d'édition de la Littérature du peuple ainsi qu'un certain nombre de maisons d'édition étrangères. Il compte une vingtaine d'éditions différentes. C'est donc l'un des livres les plus réédités et les plus vendus de la littérature contemporaine chinoise. Certains critiques vont jusqu'à qualifier de « classiques » les oeuvres de Zhang Wei. Mais, Zhang Wei n'est pas de cet avis. On l'écoute s'exprimer au micro de RCI : «Non, il ne faut pas mêler le classique et le contemporain. Il nous faut du temps pour tester si un livre est classique ou non. Une centaine d'années au moins. Certes, « Gu Chuan » et « Jiu Yue Yu Yan » ont été réédités à plusieurs reprises. Malgré tout, je ne suis pas tout à fait convaincu. Cinquante ans ne sont pas suffisants. Une centaine d'années peut-être. Un écrivain doit faire preuve d'un respect suffisant à l'égard du temps. La littérature est quelque chose de très profond et de très obscur. Elle est dotée d'une nature poétique : profonde et hermétique. Il nous faut donc la mettre dans le temps et laisser la vie la tester petit à petit. »
Zhang Wei considère la littérature comme sa vie. Chacune de ses thèses et chacun de ses essais ou discours étincellent de pensées. Il est capable d'obtenir de profondes perceptions artistiques ou philosophiques à travers les moindres détails d'un fait ou d'une chose. Tous les proses, essais et thèses qu'il a écrits sont, sans aucune exception, les fleurs des réflexions de l'écrivain. De ses oeuvres, on parvient à percevoir les recherches qu'il a faites sur la nature, la société et l'esprit.
Zhang Wei est lui même un grand passionné de lecture. Il a lu un grand nombre de livres chinois et étrangers. Outre de grands classiques littéraires, il lit aussi des livres relatifs à l'anthopologie, à la philosophie, à l'économie politique, à l'esthétique, à la botanique et à la zoologie, ainsi qu'à la géologie. Bref, il est prêt à lire tous les livres de qualité qui lui sont accessibles. Ecrivain réputé, Zhang Wei est très attaché à son temps, et il ne veut pas perdre du temps à faire des choses qui n'ont pas de lien avec l'écriture ou la lecture. On écoute une dernière fois Zhang Wei : « Je suis un grand amoureux de l'écriture. Je passe la plupart de mon temps à lire et à réfléchir. Un homme comme moi aime profondément la vie. J'ai deux penchants : d'un côté, je suis plus écrivain qu'écrivain professionnel, je lis ou j'écris tous les jours, et de l'autre, je rejette le concept d'écrivain professionnel. Car je le trouve trop étroit. La véritable création littéraire doit être un travail fait en amateur. Un écrivain doit vivre de manière active et consciencieuse. Il doit prêter attention à la société. Il faut faire battre son coeur pour écrire. L'écriture est due à l'état fort de la vie et de l'âme. »

Zhang Wei nous confie que son coeur est bourré de contradictions. D'un côté, il espère qu'il puisse vivre et écrire de manière positive et optimiste, mais le problème est que la vie est faite de peines, ce qui ne lui permet pas de faire preuve d'optimisme. Les soucis et la hantise sont inévitables. Mais une chose est sûre : pour lui, il faut répondre à la vie et l'exprimer avec bienveillance, et faire de sorte que ses oeuvres touchent le public, qu'elles chauffent le coeur des êtres humains et favorisent leur développement.
En ce qui concerne les défis auxquels la littérature doit faire face, il estime qu'à l'ère informatique, la tempête de sable sur l'écriture est très dangereuse : les écrivains doivent retourner au traditionnel, au classique. L'enjeu actuel est de savoir comment faire pour être ami de la tradition et du classique. Il ne faut pas les écarter, mais s'en approcher toujours plus.
(Yannine)










