Un jour de décembre 2009, dans le bureau de Chen Haixian, banlieue est de Hangzhou, dans la province du Zhejiang. Ayant parcouru rapidement le rapport de performance de sa société, Chen pousse un soupir de satisfaction.
CHEN Haixian : « Dans l'ensemble, nous sommes sortis de la crise financière, la machine est remise sur rails. Pour certains de nos produis, le chiffre d'affaires et le volume de production affichent une baisse. Ce sont les effets de la crise ; Mais la tendance est à la croissance pour la majorité des produits. Donc, dans l'ensemble, durant l'an 2009, on a maintenu la croissance. Elle a même légèrement augmenté par rapport à l'année 2008. »
Chen Haixian, 48 ans, dirige le groupe Eon, producteur d'agents moussants chimiques, dont la moitié de la production est exportée. Sa carrière remonte à il y a plus de 10 ans. Au milieu des années 1990, Chen Haixian a démissionné d'une entreprise d'Etat pour monter sa propre société, qui en espace de 15 ans a grandi. Aujourd'hui, l'entreprise emploie quelques 500 employés.
Le produit principal du groupe Eon, ce sont des agents de gonflement chimiques, utilisés dans la fabrication de chaussure. Les affaires marchent plus que bien, la moitié de la production part dans des usines de chaussures de la région, l'autre moitié est destinée à l'étranger. En 2009, lorsque la crise financière a frappé, le groupe Eon a vacillé. Mais finalement résisté.
Chen Haixian: « Les commandes se sont réduites de 30%. Et dans le même temps, il est devenu extrêmement difficile de recouvrer les paiements, ce qui revenait finalement à une importante augmentation des coûts en termes de gestion, d'exploitation et de production. »
Les produits de Eon étaient vendus en quantité aux Etats-Unis, en Europe de l'Ouest et au Japon, des parties du monde durement frappées par la crise. Pour Eon et beaucoup d'autres entreprises chinoises dont le chiffre d'affaire dépend du marché étranger, cette crise aura été comme une grêle inattendue qui a douché les espoirs de bonnes récoltes.
Dans les usines de Eon, les chaînes de production étaient au repos forcé. Une situation à laquelle les ouvriers avaient du mal à s'habituer, car auparavant, leurs machines tournaient 24 h sur 24. Li Jianli travaille depuis plus de 10 ans chez Eon :
Li : « Après que la crise a éclaté, les commandes ont beaucoup chuté. Il y a eu une période où la production était à moitié arrêtée. Au lieu de travailler 8 heures par jour, on ne faisait que 3 ou 4 h. Deux tiers de nos machines étaient arrêtés. »
Li Jianli commençait à s'inquiéter pour son emploi. Plusieurs de ses amis qui travaillaient dans d'autres usines ont été licenciés ou ont vu leurs salaires réduits…
Li : « J'étais très inquiet, je disais à ma famille que j'allais perdre mon travail. La nuit je n'arrivais plus à dormir. Et je n'étais pas le seul, dans l'usine, tout le monde se mettait à se poser des questions sur son avenir. »
Le patron, lui aussi, se posait des questions…Au bout de longues réflexions, Chen Haixian a pris sa décision : il n'y aurait pas de licenciement.
Chen : « Licencier, cela pourrait être une solution, mais cela aurait certainement créer une ambiance d'instabilité parmi les ouvriers. Ceux qui ne sont pas licenciés vont penser que l'entreprise s'en fiche de ses employés, Ceux qui sont licenciés, eux, auront d'énormes difficultés pour trouver un nouvel emploi. Après avoir réfléchi à tout cela, nous avons décidé, au lieu de licencier, d'organiser des formations professionnelles pour nos employés, qui avaient plus de temps libre à cause du manque de travail. L'amélioration des performances du personnel revient finalement à une sorte de croissance pour l'entreprise. »
La bonne nouvelle a dissipé toutes les inquiétudes. Les employés, de leur propre initiative, ont fait tout pour aider l'entreprise à réduire les dépenses.
Li Jianli : « On faisait un peu de tout, comme nettoyer, tondre les pelouses ou s'occuper du jardin ; d'un côté pour nous occuper et de l'autre côté pour aider le patron à faire des économies, comme cela il n'avait pas besoins de faire venir des ouvriers ou jardiniers. De cette manière nous essayons de soutenir le patron. Nous avons compté sur la solidarité pour passer la période difficile. »
Chen Haixian a cherché à compenser la réduction des exportations par le développement de nouveaux produits. Sensible aux changements sur le marché, il avait remarqué que la chute de la demande pour les produits conventionnels s'accompagnait en effet d'une croissance rapide de la demande pour les nouveaux produits.
Chen : « En fait nous faisions des études depuis des années sur le calcium et le zinc stabilisateur de chaleur. Avec la crise financière, le marché s'est beaucoup réduit pour les stabilisant traditionnels, mais pour les calciums ou les zincs stabilisateurs, la demande ne faisait que s'accroître, car ces produits correspondent à la tendance bio. En 2009, ce genre de produit a connu un développement rapide chez Eon, et a permis au groupe de maintenir ses performances sur le marché. »
Eon a déployé d'énormes efforts pour réaliser une montée en gamme de ses produits. Les produits respectueux de l'environnement occupent désormais une part plus importante dans la production totale du groupe. Pour Chen Haixian, c'est dans ce sens-là que son entreprise a tiré profit de la crise financière. Sortie de la crise, le groupe Eon sait maintenant mieux s'adapter au marché.
Et Chen Haixian n'a pas oublié le marché intérieur. Durant l'année 2009, il a ouvert plusieurs bureaux de représentation dans d'autres villes chinoises, et a obtenu un grand nombre de commandes.
Chen : « Sur le plan national, Eon a augmenté ses parts de marché dans le Delta de la Rivière de la Perle, dans le Guangdong, dans le Sud de la Chine, dans les régions côtières de la Mer de Bohai, dans l'Est du pays, ainsi que dans les régions de Chengdu et de Chongqing, au Sud-Ouest. Nous avons ouvert dans ces régions des bureaux de ventes, pour mieux répondre aux besoins des clients. Ces efforts nous ont permis de gagner des clients. »
Le plan de relance chinois a commencé à donner des résultats lors des derniers 6 mois de l'année 2009. La Chine est devenue l'un des premiers pays du monde à sortir de la crise. Novembre 2009, le volume total du commerce extérieur est reparti à la hausse. Le vent a tourné à l'avantage des exportateurs, comme le groupe Eon.
Chen : « Une partie de nos produits sont destinés à l'approvisionnement les producteurs de chaussures locaux ; de ce côté, la demande est montée en flèche. Les commandes, depuis juin dernier, sont en hausse de 15% par rapport à la même période de l'an passé. Nous exportons actuellement 10% de plus en comparaison avec l'an passé. »
Désormais sortie de la période de crise, son entreprise est devenue plus performante et plus solide devant, assure Chen Haixian. Et pour 2010, ses attentes sont nombreuses :
Chen : « Nos efforts déployés en temps de crise seront récompensés en 2010. Nos nouveaux produits, développés et lancés en 2009 devraient nous apporter des profits dans l'année qui vient. Notre personnel, aussi, est sorti plus performant de la crise, il y aura plus de solidarité, plus de confiance au sein de l'entreprise. Les employés ont acquis de meilleures aptitudes professionnelles. J'attends une croissance de 50% à peu près en 2010. »










