
A Beijing, dans le hall du Yunnan du Palais du peuple est conservé un objet d'art, il est au couleur doré, et brille de taches naturelles. En 2006, il est classé au niveau provincial et est depuis qualifié de « trésor métal » « rarissime ». C'est un Bantong, ou d'objet d'art en cuivre tacheté ou cristallisé. Nous allons maintenant nous rendre au district de Huize 会泽dans le Yunnan pour nous intéresser de plus près à ces objets d'art.
La technique de production de Bantong est propre au Yunnan, ou plus précisément au district de Huize. Si ces objets sont appelés Bantong, c'est-à-dire cuivres tachetés, ou cristallisés en français, c'est parce que sur leur surface, on a de belles cristallisations.

On peut, peut être, les appeler des cuivres cristallisés. Ce sont des objets rares. Dans l'antiquité, ils étaient conservés par la cour impériale. Aujourd'hui, beaucoup de ces Bantong sont classés au niveau national.
En qualité d'objet d'art, les Bantong de Huize 会泽font l'objet de plusieurs grands prix nationaux et internationaux. Ils sont aussi très aimés des collectionneurs chinois et étrangers.
Huize, district producteur de Bantong, est chargé d'histoire et de culture. Dès qu'on entre dans la salle d'exposition d'une usine de fabrication de Bantong, on est séduit par la beauté de ces objets d'art. D'une beauté éclatante car ils brillent au soleil.
Mais, si l'on les regarde de plus près, on remarque que l'éclat jaillit de ces objets. On dirait que ce sont eux même des sources de lumières. Comme si les Bantong étaient forgés avec le soleil du plateau. Ecoutez Wang Baoyu, la propriétaire de la salle d'exposition : « Les Bantong sont extraits d'une sorte de minerai naturel. Ils sont travaillés à la main. Le processus de fabrication est bien gardé. Nous, on fait partie de la 4ème génération de la famille. L'art de Bantong est propre à Huize. »

Huize est une ville très ancienne. D' après des documents historiques, c'est il y a trois mille ans que les locaux parviennent à maîtriser la technique de la fonte. A l'époque, le secteur du cuivre est prospère dans la région, ce qui entraîne le développement de son industrie artisanal.
C'est ainsi que sont apparus beaucoup d'artisans du cuivre. Sous le règne des Han, il y a deux millénaires, ils parviennent déjà à produire des cuivres similaires. Il y a 300 ans, entre fin des Ming et début des Qing, la technique de fabrication atteint son apogée. On est alors capable de produire des Bantong à haute teneur en cuivre.
En 1915, lors de l'Exposition internationale Panama Pacifique, qui a lieu aux Etats-Unis, un trépied Bantong décroche une médaille d'argent. Depuis l'art de Bantong est connu à l'étranger. Mais le Bantong est réservé à une minorité car les pièces sont chères. On écoute Guo Dehong, ingénieur pour la fabrication de Bantong : «Pour obtenir une belle pièce de Bantong, il faut travailler dur, très dur. Surtout pour produire ces effets de taches, de cristallisations. C'est encore plus difficile. Il faut tout d'abord que la pièce soit en cuivre naturel à 95%. Ensuite, on doit la travailler entre plusieurs martelages et cuissons. Ce qui veut dire qu'on doit la faire cuire des dizaines de fois et la battre à coups de marteau : des milliers de coups de marteau. Tout ça pour avoir UNE pièce !»

D'après Guo Dehong, la cuisson est la clé de la production. Pour cuire un produit, il faut se procurer du bois de charbon de bonne qualité. On commence par entasser une quantité suffisante de bois de charbon dans une chambre, et pose la pièce au milieu du bois de charbon pour la laisser cuire naturellement.
Et il faut faire très attention au vent, à la température, aux heures et au degré de la cuisson. Donc, la mission doit être confiée à quelqu'un de très qualifié, et de très expérimenté. Si la température est trop basse, on n'aura pas de cristallisation. Et si la température est trop haute, la pièce sera déformée.

C'est pourquoi le Bantong est quelque chose de rare et de précieux. Tout d'abord, de nos jours, il nous est difficile de trouver un gisement de cuivre de bonne qualité, c'est-à-dire dont la teneur en cuivre dépasse 90%. Ensuite, l'ensemble du travail est fait à la main. Quels que soient les efforts qu'on déploie, on doit au moins travailler pendant des semaines pour obtenir une pièce, même toute petite.
Donc, il est difficile, impossible d'industrialiser la production. Comme tout est fait à la main et que chaque artisan a sa façon de travailler, chaque pièce est unique au monde. Wang Baoyu : « Il y a quelque temps, on a vu se réduire le nombre d'artisans de Bantong. Heureusement, maintenant, on est très soutenu par les autorités. Elles nous aident à faire connaître nos produits et à faire venir des personnalités de divers milieux. Résultat, de plus en plus de gens sont aujourd'hui intéressées par notre art populaire. »

Voyant l'avenir prometteur de l'art de Bantong, en 2007, Wang Baoyu investit plus de 2 millions de Yuans pour monter une usine de fabrication de Bantong. Une dizaine de maîtres d'art travaillent dans son usine. Ils sont capables de produire les diverses formes de Bantong. Leurs produits sont aujourd'hui vendus en Chine et à l'étranger, au Japon, en Malaisie, et en Allemagne. Wang Baoyu : « Avant, le Bantong n'était qu'un moyen de survivre. Aujourd'hui, c'est un art, une culture, un héritage que nous nous devons de pérenniser car Huize est notre terre natale. »
(Yannine)










