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    La calligraphie des empereurs et des dirigeants modernes des caractères bien trempés
      2009-04-08 10:40:18  La Chine au présent

    Mao Zedong, Sun Yat-sen ou encore l'empereur Qianlong, les grands dirigeants chinois ont souvent été des calligraphes hors pair. Chacun avait son propre style d'écriture, révélateur de sa personnalité.

                                                                             Une oeuvre de Zhao Ji

    NOMBRE d'Occidentaux connaissent la Chine à travers la calligraphie. C'est un art d'écriture au pinceau, typique de la civilisation chinoise, et il est encore pratiqué aujourd'hui par des Chinois et des étrangers.

    La calligraphie des empereurs

    Dans l'histoire de la Chine, un grand nombre d'empereurs ont été eux-mêmes calligraphes. Certains d'entre eux ont même produit des œuvres extraordinaires. Les Chinois aiment dire : « On juge les gens par leur écriture ». La calligraphie peut refléter, pour ainsi dire, le caractère psychologique et moral de l'empereur et témoigner de sa capacité à bien diriger le pays.

    Quand on parle de la calligraphie des empereurs, on évoque le plus souvent celle de Zhao Ji, empereur Huizong (1082-1135) des Song (960-1279). Il a inventé un style d'écriture, le shoujinshu, qui se caractérise par des traits minces, droits et énergiques, comme des tiges et des feuilles de bambou ou des feuilles d'eupatoire de Chine. Ses œuvres révèlent un artiste perfectionniste et respectueux des règles. Cependant, les formes sont trop travaillées, si bien que ses écritures dans l'ensemble manquent de vigueur, de fermeté et de persévérance. Il en est de même pour sa personnalité. En effet, pendant les 25 ans de son règne, au lieu d'employer son temps à gouverner le pays, il l'a occupé à sa passion pour la peinture et la calligraphie. Il a confié les affaires d'État à quelques courtisans infidèles pour s'adonner à ses activités artistiques.

    Sous son règne, de grands peintres et calligraphes sont apparus. Jouissant d'un statut social supérieur, ils ont produit d'excellentes œuvres. Outre la calligraphie, Zhao Ji s'est spécialisé dans la peinture, la poésie, la danse et la musique. Il a cherché et collectionné des objets anciens, surtout des inscriptions sur bronze et stèles, des peintures et des œuvres calligraphiques. Il a fait composer des recueils d'œuvres de peinture et de calligraphie des dynasties précédentes et ordonné la création d'un institut des beaux-arts. On lui doit aujourd'hui la conservation des anciennes œuvres artistiques. Ses succès artistiques ne l'ont pas aidé pour autant à sauver son pays. Les Song ont été renversés par la dynastie des Jin, fondée par une ethnie minoritaire du Nord, et l'empereur Huizhong a fini par être capturé en 1127. Il est mort à Wuguocheng (l'actuelle Yilan, province du Heilongjiang).

    Comme Zhao Ji, Qianlong (1711-1799) des Qing est un autre empereur calligraphe qui a développé une passion pour la calligraphie pendant toute sa vie et collectionné des œuvres calligraphiques de toutes les dynasties précédentes. Il a lu, commenté et expertisé un grand nombre de chefs-d'œuvre d'anciens maîtres. Aujourd'hui, la plupart des calligraphies authentiques portent la marque du sceau rouge « lu par Qianlong ». À la différence de Zhao Ji, Qianlong traçait des traits ronds, gros et habiles. Héritée du style du grand calligraphe Zhao Mengfu, l'écriture de Qianlong, allongée et naturelle, ne transgresse pourtant pas les règles. Son écriture pleine de grandeur et de force révèle sa personnalité. Après son accession au trône, il a repoussé plusieurs fois les envahisseurs étrangers et a déplacé une partie de son peuple vers les régions frontalières; il a interdit les livres hétérodoxes et jeté des érudits réfractaires en prison. Son pouvoir a ainsi été renforcé. De plus, il a fait faire un recueil compilant presque tous les livres chinois d'alors et d'autres grands ouvrages. Sous son règne, l'empire a été grand, riche et prospère. Il s'est vanté d'avoir accompli de grandes prouesses dans les domaines culturel et militaire. Sa fierté est ainsi manifeste dans ses œuvres dépourvues de sentiments de pusillanimité et d'indécision.

    Les oeuvres des hommes politiques modernes

    Dans l'histoire moderne chinoise, de nombreux hommes politiques ont excellé dans l'art calligraphique. Sun Yat-sen (1866-1925), grand précurseur de la révolution moderne chinoise, s'est spécialisé dans le beixue, l'imitation des inscriptions lapidaires. Avant la dynastie des Qing, le tiexue, l'imitation des œuvres des anciens calligraphes effectuées sur soie ou sur papier, était en vogue. Ce genre d'écriture est d'un style raffiné et doux. Après la dynastie des Qing, l'imitation des œuvres des calligraphes de la dynastie des Wei du Nord (386-534), gravées sur stèles, a pris son essor. Les écritures gravées sur stèles se caractérisent par l'énergie et l'habileté. Sun Yat-sen, combinant les charmes du beixue et du tiexue, a créé des œuvres de style vigoureux et élégant. Sous son pinceau, les caractères, d'un style noble et naturel, expriment la moralité d'un grand homme. En général, le charme et la valeur morale de l'auteur transparaissent plus ou moins dans ses œuvres, transcendant ainsi l'objet calligraphique proprement dit. D'où l'aspect idéal de la calligraphie chinoise.

                                                                    Une oeuvre de Chiang Kai-shek

                                                                         Une oeuvre de Qianlong

                                                                 Une calligraphie de Sun Yat-sen

    Au début du XXIe siècle, certains calligraphes ont voté pour les dix plus grands calligraphes chinois du XXe siècle. Mao Zedong (1893-1976) figure dans la liste. D'après les calligraphes contemporains, les œuvres de Mao Zedong possèdent un style libre, vigoureux et élégant.

    Extrait d'un poème de Mao Zedong, qu'il a lui- même calligraphié en style cursif

    À 8 ans, Mao Zedong a commencé ses études primaires dans une école privée de style ancien et a appris à écrire au pinceau. Dès lors, il n'a cessé de pratiquer pour devenir un grand maître calligraphe. C'était à l'époque de l'essor du beixue. Mao Zedong a commencé à imiter les estampes des inscriptions gravées sur stèles. Il a également copié les œuvres des calligraphes réalisées sur soie ou papier. Ces exercices ont jeté une base solide pour ses créations futures. D'après ses proches, Mao Zedong n'a jamais cessé de faire des exercices calligraphiques, que ce soit en temps de guerre ou de paix. Chaque fois qu'il arrivait à un endroit, il allait visiter d'abord des monuments historiques et lire les estampes d'anciens calligraphes pour trouver l'inspiration. Ses œuvres sont ainsi caractérisées par le style cursif. À l'âge adulte, il a trouvé son propre style : libre, rustique, surprenant. Ses caractères, empreints de passion, ne manquent pas de raison. Devant ses œuvres, on est séduit par les traits tantôt gros, tantôt raffinés, qui courent avec autant de vitesse que de lenteur. La grandeur et la force de ses œuvres sont à l'image de ses actes. Mao Zedong a parlé de l'esthétique de ses œuvres. D'après lui, la conception dialectique existe dans la calligraphie chinoise : il y a des traits longs et courts, gros et minces, droits et ronds, réels et furtifs. Selon lui, les caractères doivent refléter l'esprit ou l'énergie. C'est ainsi que pour la copie des estampes, il faut d'abord scrupuleusement imiter, puis saisir leur essence.

    D'après Mao Zedong, la forme et l'esprit doivent être unis. Respectueux envers les anciens maîtres, il ne s'est pas contenté de les copier. Il a préconisé l'innovation, affirmant qu'il fallait adopter les points forts d'autrui pour créer son propre style afin d'atteindre un niveau idéal. Ce sont les expériences politiques de Mao Zedong qui expliquent également son succès en calligraphie.

                                                                   Extrait d'un poème de Mao Zedong

                                                                    Extrait d'un poème de Mao Zedong

    Chiang Kai-shek (1887-1975), leader du Guomindang, a aussi été un grand calligraphe. Combinant les styles beixue et tiexue, son écriture est célèbre pour sa clarté et sa structure ordonnée. Elle ressemble en quelque sorte à celle de Zhao Ji : toutes les deux se caractérisent par leur netteté et leur conformité aux normes. Mais, alors que l'écriture de Zhao Ji est d'un style noble et dégagé, celle de Chiang Kai-shek est d'un style vigoureux et calme. L'écriture de ce dernier correspond à un tempérament calme, sérieux et prudent. Il savait cacher ses sentiments pour être conforme aux règles. Pourtant, respectueux des règles, ce genre de calligraphe était cependant enclin à s'enfermer dans la routine.

    Mao Zedong a vaincu Chiang Kai-shek en matière militaire et l'a emporté sur ce dernier dans le domaine de la calligraphie. Ses œuvres, pleines d'ardeur, de passion et de douceur, manifestent le plus de changements possibles tout en respectant les normes. Pour lui, les règles de la calligraphie n'ont pas été des contraintes. Au contraire, il en a profité. Inspirées par ses états d'âme, ses œuvres possèdent fluidité et naturel parfaits. Ses productions ont atteint l'idéal de l'art calligraphique.

    Parmi les dirigeants politiques modernes, nombreux sont ceux qui se sont spécialisés dans la calligraphie. Les fondateurs de la Chine nouvelle, comme Zhou Enlai, Zhu De et Chen Yi, ont aussi été d'extraordinaires calligraphes. Par rapport aux affaires militaires, politiques et économiques de l'État, la calligraphie n'est qu'un art qui forme le goût et l'esprit. Toutefois, elle reflète les qualités morales et la capacité des dirigeants.

    WU BING

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