Côte d'Ivoire : des proches de Gbagbo lui font défection en pleine crise
  2011-04-06 09:10:41  xinhua
Plusieurs proches du président sortant ivoirien lui ont fait défection au lendemain de l'offensive lancée par les forces républicaines de Côte d'Ivoire ( Frci), forces pro-Ouattara dans le but de s'emparer du palais présidentiel et de la résidence de Gbagbo.

Selon l'ambassadeur de France en Côte d'Ivoire, Jean Marc Simon, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement Gbagbo, Alcide Djédjé s'est refugié mardi à la résidence du diplomate français. Alcide Djédjé qui fait partie des proches et fideles de Laurent Gbagbo sur lesquels il s'appuyait pour mener la résistance, a expliqué que sa venue à la résidence de l'ambassadeur de France répondait au souci de négocier un cessez-le-feu à la demande de Laurent Gbagbo.

Vendredi, le président du conseil économique et social (Ces) ivoirien, Laurent Dona Fologo, un autre proche de Gbagbo avait également appelé celui-ci à céder le pouvoir à son rival Alassane Ouattara, estimant qu'il n'y avait pas d'autres issues.

DEFECTION DU HAUT COMMANDEMENT DE L'ARMEE

Plusieurs généraux de l'armée pro Gbagbo dont le commandant des forces terrestres le général Firmin Detoh Letoh et le chef d'état major particulier du chef de l'Etat sortant, le général Touvoly Bi Zogbo jusque là considérés comme les bras séculiers de Laurent Gbagbo, se sont ralliés au camp Ouattara. Le chef d'état major des forces de défenses et de sécurité (Fds), forces pro Gbagbo, le général de corps d'armée Philippe Mangou, lui, avait trouvé refuge à la résidence de l'ambassadeur de l'Afrique du Sud aux premiers coups de feu tirés par les forces pro-Ouattara.

La défection des hommes clés du camp Gbagbo a sans doute été un coup dur pour le président sortant ivoirien et occasionné un choc moral chez ses partisans.

"Un général constitue le fer de lance des troupes. S'il est absent, cela constitue immanquablement un handicap pour les soldats", a estimé Charles Dago, étudiant en sciences juridiques à l'université de Cocody (Abidjan).

Pour celui-ci, la guerre à un aspect psychologique et les troupes de pro Gbagbo ont fait face à une offensive en étant amputé d'une grande partie de leur effectif.

"Outre les généraux, il y a aussi des officiers et sous officiers qui ont fait défection et cela allait forcement se ressentir sur la performance des forces", a-t-il énoncé.

LE RAPPORT DE FORCE A BASCULE

Pour Athanase Koné, responsable d'une société sécurité privée à Abidjan, la défection des proches est venue du rapport de force.

"En toute chose, il faut évaluer la puissance de feu de l'adversaire. Les généraux savaient que la force pro-Ouattara était hyper équipée et qu'un affrontement avec elles, allait provoquer un véritable carnage. Ils ne voulaient donc pas être responsables des massacres des populations, raison pour laquelle ils ont préféré s'éclipser", a soutenu M. Koné.

L'ancien porte-parole de l'armée pro-Gbagbo, le colonel Jules Yao Yao s'est qui rallié au camp Ouattara a lui aussi fait état du rapport de force qui avait basculé, selon lui, du côté des forces républicaines de Côte d'Ivoire (Frci, pro Ouattara).

Lors de l'offensive lancée lundi par les forces pro-Ouattara appuyée par des aéronefs de l'Onu et de la force Licorne, la RTI ( Télévision publique) contrôlée par les pro-Gbagbo avait parlé d'usage disproportionné de la force.

Des leaders de la jeunesse pro Gbagbo avaient de leur côté dénoncé le bombardement des camps militaires et de sites stratégiques de la ville d'Abidjan par ces aéronefs.

Des proches de Gbagbo avaient pour leur part fustigé l'intervention directe de la France dans le conflit ivoirien.

Un "jeune patriote" (jeune pro Gbagbo) qui a requis l'anonymat, a confié à un journaliste de Xinhua que la cause était perdue au vu de la force de frappe onusienne et française.

RISQUE DE MORTS SUPPLEMENTAIRES

"Il y a déjà eu trop de morts, il risque d'en avoir davantage, nous ne voulons plus de morts supplémentaires. Je comprends pourquoi certains se sont ralliés au Golf (au camp de Ouattara)", a-t-il souligné.

Dans la mi-journée de mardi, le chef d'état major particulier du président sortant, le général Touvoly Bi Zogbo et le ministre des Affaires étrangères du gouvernement Gbagbo, Alcide Djédjé, ont déclaré que le camp Gbagbo a demandé a l'Onuci un cessez-le-feu immédiat.

La Côte d'Ivoire est secouée depuis plus de quatre mois par une crise aigue opposant Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara à l'issue du second tour de l'élection présidentielle.

La crise post- électorale a fait un millier de morts depuis la mi-décembre en Côte d'Ivoire, selon un bilan établi par l'Onu.

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