La remise du Prix Fu Lei 2010, un tournant?
  2010-09-14 16:20:30  cri





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Le Prix Fu Lei 2010 a été décerné le 1er septembre dans le cadre du Salon International du Livre de Beijing. M. Li Yuming et M. Hu Xiaoyue sont les lauréats de ce prix, créé en 2009 par l'Ambassade de France en Chine, qui récompense le meilleur livre traduit du français et publié en Chine. M. Li Yuming a été récompensé pour sa traduction de « Chagrin d'école » de Daniel Pennac, et M. Hu Xiaoyue pour sa traduction de « Gaston Gallimard : un demi-siècle d'édition française » de Pierre Assouline.

Une petite précision sur ce prix. Il porte le nom d'un grand traducteur chinois de littérature française, Fu Lei. M. Fu Lei part dans les années 1930 étudier les courants artistiques en France. Il y découvre les œuvres des grands maîtres et acquiert une solide culture artistique. A son retour en Chine, il enseigne les beaux-arts à Shanghai, sa ville natale. Fu Lei est connu pour avoir traduit quatorze romans de Balzac. Il a conquis sa notoriété grâce à sa traduction de « Jean-Christophe » de Romain Rolland, l'un des ouvrages les plus lus en Chine. Il a également traduit des écrits de Voltaire et « Carmen » de Prosper Mérimée.

Rappelons que les deux ouvrages lauréats figuraient parmi 24 ouvrages en lice. Parlant du livre « Gaston Gallimard : un demi-siècle d'édition française », le traducteur Hu Xiaoyue n'a pas caché ses sentiments pour cet ouvrage et pour Gaston Gallimard.

« J'ai mis trois ans pour la traduction, sans compter le temps de préparation. J'aime vraiment ce livre. Après avoir fini la traduction, je l'ai relu à plusieurs reprises. Ce livre, comme son titre l'indique, passe en revue les événements d'un demi-siècle dans le monde de la publication, et plus largement dans le milieu intellectuel en France. Donc j'ai dû consulter beaucoup de documents historiques avant de me mettre à le traduire. Et pour faciliter la compréhension du public chinois, j'ai ajouté des notes sur ces sujets. Donc mon travail est un peu différent de la traduction d'un roman ou d'autres oeuvres littéraires. »

L'autre lauréat du Prix Fu Lei, Li Yuming, traduit des livres français depuis une vingtaine d'années. Parmi ses traductions, on compte notamment « Notre-Dame de Paris » et « Les Misérables » de Victor Hugo, « Les Trois mousquetaires » et « Le Comte de Monte Cristo » d'Alexandre Dumas père. M. Li Yuming est également professeur à la faculté des langues étrangères de l'Université Normale de la Capitale. Les Meilleurs d'Alfred de Musset, une collection dirigée et principalement traduite par Li Yuming, a obtenu le Prix de la publication nationale de l'édition 2000. Lors de son interview à l'occasion de la remise du Prix Fu Lei, Li Yuming s'est dit satisfait que ce Prix Fu Lei ait été créé.

« Un Prix de traduction comme le prix Fu Lei aurait dû être créé plus tôt, par exemple vingt ans plus tôt. Si ce prix avait été créé il y a vingt ans, davantage de Chinois s'engageraient dans ce métier, plus d'œuvres littéraires français seraient traduites en chinois, plus de Chinois connaîtraient ces oeuvres, et donc la littérature française, notamment la littérature contemporaine, serait plus connue en Chine. »

Les paroles de Li Yuming sont confirmées par la situation du milieu de la traduction française : on compte seulement une trentaine de traducteurs compétents. Normalement, un traducteur a besoin de deux ou trois ans pour finir un ouvrage. C'est pour cela qu'il n'y a pas un grand choix d'œuvres françaises traduites dans les librairies en Chine. Et le public chinois n'a pas de notions précises de littérature française contemporaine. Si on demande à des Chinois de citer des auteurs français, ils citent souvent les grands noms du 19ème siècle, comme Victor Hugo ou Honoré de Balzac. D'ailleurs, les oeuvres que le public chinois garde en mémoire sont toujours les grands classiques, comme « Notre-Dame de Paris », « La Dame aux Camélias » ou « Le Père Goriot ».

C'est pour cela aussi que la 2ème édition du prix commence à se tourner vers la littérature contemporaine, sachant que la première année, ce sont les « Essais » de Montaigne et « La Voie des masques » de Claude Lévi-Strauss, deux ouvrages classiques, qui ont été primés. Par rapport à ce changement, le président du jury M. Dong Qiang nous a dit que la littérature française évolue et qu'il est très important de montrer au public chinois cette évolution et la diversité de la littérature française.

Comme le Prix Fu Lei a été initié et sponsorisé par l'Ambassade de France en Chine, M. l'Ambassadeur Hervé Ladsous était présent à la remise du prix et y a exprimé ses félicitations. Il a hautement apprécié le travail du jury. Voici quelques détails sur le jury.

D'abord, qui sont les membres du jury ? Le jury du Prix Fu Lei est composé de 10 membres, pour moitié français et pour moitié chinois, chacun à la fois francophone et sinophone. Ils sont universitaires, traducteurs, auteurs et professionnels du livre. Du côté chinois, on compte le président du jury Dong Qiang, professeur de littérature française et directeur de thèse à l'Université de Beijing, Yu Zhongxian, rédacteur en chef de la revue la littérature du monde, M. Ma Zhencheng, grand traducteur de littérature française en chinois. Ses traductions les plus connues sont « Terre des hommes » et « Le Petit Prince » d'Antoine de Saint Exupéry, « Tous les hommes sont mortels » de Simone de Beauvoir, « La Symphonie Pastorale » de Gide et « Lenteur » de Milan Kundera.

Du côté français, on compte Mme Caroline Puel, journaliste et responsable du Point en Asie du Nord-Est. Elle est également lauréate du Prix Albert Londres de 1997 pour l'ensemble de ses grands reportages sur la Chine. On compte également Stéphanie Balme, politologue spécialiste de la Chine, chargée de recherches à Sciences Po, et Laurent Ballouhey, sinologue et traducteur littéraire.

Chaque année, les traducteurs lauréats du Prix Fu Lei de l'année précédente intègrent le jury. Précisons que les membres du jury sont bénévoles. Dans le cas où l'un des membres du jury est partie prenante dans la traduction ou l'édition d'un ouvrage présenté, il devra s'abstenir lors des délibérations et du vote concernant cet ouvrage. Un exemple. « Partage de midi » de Paul Claudel, traduit par Yu Zhongxian, était dans la liste des 8 titres finalistes de cette année. Donc M. Yu a été exclu du vote sur son ouvrage.

Quant au mode de vote, on compte trois tours. A l'occasion d'une première réunion, il est demandé à chaque membre du jury de présenter un maximum de 10 ouvrages qu'il souhaite défendre, compte tenu de la qualité de son édition et de sa traduction. A l'issue de cette première session, le jury doit s'être accordé sur une liste de 8 titres, qui constituent la première sélection.

Le vote s'effectue à main levée, à la majorité relative. Lors de la deuxième réunion, le jury vote de la même façon pour choisir une liste de 4 titres finalistes. Et à la troisième et dernière réunion, le jury doit départager les 4 ouvrages finalistes, et annoncer le nom de l'ouvrage lauréat du Prix Fu Lei. A chaque délibération, un représentant du service Livre/Edition/SHS de l'Ambassade de France en Chine est présent, sans prendre part ni au débat ni au vote.

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