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Shenzhen a eu de grands changements en 30 ans
2008-12-22 10:26:51 cri
En 30 ans de politique de réforme et d'ouverture, beaucoup de changements se sont produits en Chine. Exemple aujourd'hui avec Shenzhen. Un cas tout à fait spectaculaire, puisque cette ville, qu'il y a trois décennies était un simple village de pêcheurs, est devenue depuis une véritable métropole.

Avant 1978, certains villageois très pauvres et rêvant d'une vie meilleure risquait même leur vie en essayant de franchir la rivière locale pour s'enfuir à Hong Kong, de l'autre côté de la rive. Aujourd'hui, c'est l'inverse, puisque des millions d'immigrants affluent ici. Et la ville anarchique d'il y a trente ans a fait place à une des villes chinoises les plus modernes et les plus ordonnées. Découverte, aujourd'hui, du passé de cette ville de Shenzhen, qui connaît aujourd'hui une des croissances économiques les plus fortes du pays.

Lorsqu'on évoque le passé de Shenzhen, Tang Wenbiao, un cinquagénaire qui va bientôt fêter ses 60 ans, a beaucoup de choses à dire. Il est né dans un petit village de pêcheurs de la province. Un village qui était séparé de Hong Kong par une petite rivière. Quand Tang Wenbiao était jeune étudiant, à cause de la pauvreté, tout comme les autres jeunes du village, il a eu l'idée de s'enfuir à Hong Kong, de l'autre côté -une ville alors évidemment beaucoup plus riche que son village-, pour y gagner sa vie.

« Quand j'étais petit, notre village était souvent touché par des catastrophes naturelles. L'eau pouvait atteindre les deux mètres de hauteur. Je m'en souviens encore... Un jour, il y avait des pluies torrentielles et pas mal d'habitants du village en ont profité pour s'enfuir à Hong Kong. »

Difficile d'imaginer à ce moment-là que ce petit village de pêcheurs allait devenir un jour Shenzhen, une métropole chinoise moderne. Un des symboles de la réforme et de l'ouverture de la Chine. Pourtant, à l'époque, il était quasiment impossible pour les autorités locales de retenir cette vague d'immigration vers Hong Kong. A certains endroits de la rivière, rappelle Tang Wenbiao, la distance entre les deux rives n'était que de 20 mètres environ.

« Un grand nombre de mes camarades de classe se sont enfuis à Hong Kong. Je me souviens encore qu'en 1972, il y avait un jour où un tiers des élèves de notre classe étaient absents. J'étais étonné... Quelques jours après, on m'a dit qu'ils s'étaient enfuis à Hong Kong. »

Pourquoi se sont-il enfuis à Hong Kong ? La réponse est simple : la pauvreté. Les statistiques économiques de la province du Guangdong montrent qu'en 1978, le revenu moyen annuel des habitants du village le plus riche n'atteignait que 134 yuans, soit à peine les moyens de survivre.

Face à ces départs massifs vers Hong Kong, Fang Bao, le secrétaire du Comité du parti de l'époque est resté sans solution. Même s'il était tout à fait conscient des raisons pour lesquelles les villageois ont choisi de fuir.

« Ce phénomène montrait que notre système constituait un obstacle pour que les villageois s'enrichissent. »

L'ancien système dont parlait Fang Bao est celui de l'économie planifiée. Un système dans lequel il y avait encore beaucoup de limites concernant les travaillants migrants ou l'économie privée. Et bien que le travail du gouvernement se soit alors déjà axé sur le développement économique, les gens n'étaient toujours pas tranquilles. Deux ans après la Révolution culturelle, ils craignaient encore l'émergence d'un nouveau mouvement politique et social qui viendrait remettre en cause leur enrichissement et l'amélioration de leurs conditions de vie.

Les gens manquaient cependant d'expérience en matière de développement économique. S'enfuir, à Hong Kong ou ailleurs, était alors devenu le moyen pour les villageois de s'en sortir. Tang Wenbiao, lui, a choisi de s'engager dans l'armée.

Progressivement, les changements ont commencé à faire leur effet dans le Guangdong. En avril 1979, la province a proposé un plan de relance économique au Comité central du Parti communiste chinois. Avec ce plan, qui prenait en compte les avantages géographiques de certaines villes et villages de la province, les autorités de la province du Guangdong comptaient créer des zones, autonomes économiquement. Des zones spéciales au sein desquelles pouvaient être transformés des produits, avant exportation, et qui étaient capables d'attirer des chefs d'entreprises étrangers pour qu'ils viennent y investir.

Et la réponse du Comité central a été très encourageante. Elle proposait ni plus ni moins de créer des zones économiques spéciales, dans lesquelles la politique économique serait différente de celle de l'intérieur du pays. Il était également prévu au sein de ces entités des zones de libre-échange.

Le Comité central proposait ainsi que toutes les matières premières et biens de consommation à destination de ces zones se voient exonérées de taxe. Et que, par contre, toutes les marchandises fabriquées dans ces zones soient taxées comme des produits importés.

Très vite, un an après, l'Assemblée populaire nationale a ratifié le plan de création des zones économiques spéciales. Et tout de suite, le petit village est entré en effervescence. La première priorité, alors, pour mettre en place, dans la pratique, ces zones économiques spéciales, aura été de construire de nouvelles infrastructures. Pour cela, les hommes du village, jeunes ou moins jeunes, se sont alors rapidement organisés. Avec leurs bateaux, ils ont effectué des allers-retours entre leur village et d'autres villes pour ramener à Shenzhen les matériaux de construction nécessaires.

Au fur et à mesure du développement du village, le revenu des villageois s'est considérablement accru. En à peine deux ans, fin 1981, le revenu annuel par famille atteignait les 33 000 yuans. Certains ont alors quitté leur travail dans les champs pour créer des usines. D'autres se sont lancés dans l'élevage de poissons. Tang Wenbiao, lui, a alors quitté l'armée pour retourner dans le village.

Témoins des changements qui avaient eu lieu à Shenzhen, les habitants ont pris conscience que, s'ils travaillaient bien, leurs actions pouvaient changer directement le développement de leur village, que leur niveau de vie allait rattraper celui des Hongkongais, et que, bientôt, plus personne ne tenterait de s'enfuir. Même certains de ceux qui avaient fui à Hong Kong sont alors retournés à Shenzhen.

Mais même si les gens s'enrichissaient petit à petit, ils ne se sentaient pas pour autant rassurés. Un certain nombre d'entre eux avaient ainsi peur de changements politiques. Une crainte qui a perduré jusqu'à l'inspection effectuée par Deng Xiaoping en 1984. Lors de sa visite, Deng a salué les changements qui, en l'espace de quelques années, s'étaient produits à Shenzhen. Il a également fait une promesse : celle que le gouvernement allait poursuivre l'application de cette politique.

La population locale une fois rassurée, la construction de la zone s'est accélérée. Le slogan « le temps, c'est de l'argent » était devenue la devise de tous et certains se rappellent même de cet épisode glorieux où, en trois jours, dit-on, un étage d'immeuble avait été construit. Le village a également cherché à développer le secteur de la transformation. Il a notamment créé une entreprise appelée Yufeng.

Avec le développement de l'économie du village, très vite, les villageois se sont enrichis. Certains parmi eux ont même déménagé dans des villas. Mais peu de temps après, de nouveaux problèmes sont survenus. Huang Xingyan, le PDG de la société Yufeng :

« A l'époque, il y avait une vague de construction. On construisait des maisons partout dans le village, sans penser à protéger l'environnement. Comme tout le monde voulait plus de terrain pour construire, il y avait une sorte de tension entre les voisins.»

Avec le développement de la zone économique spéciale, beaucoup de travailleurs migrants ont afflué à Shenzhen. Les logements se sont alors révélés insuffisants. Pour gagner davantage d'argent, certains villageois ont alors eu l'idée d'accepter plus de locataires. Pour cela, ils ont essayé d'ajouter encore un étage aux maisons déjà construites ou encore de construire d'autres maisons sur un terrain libre, pour les louer aux travailleurs migrants. La densité de population a, du coup, bondi très rapidement. Ironiques, certains disaient même qu'on pouvait se serrer la main, voire prendre son voisin dans les bras, alors qu'il était pourtant dans l'immeuble à côté.

Au fur et à mesure que ces constructions sauvages gagnaient du terrain, l'environnement du village a été fortement détérioré. Ce n'est qu'à partir du milieu des années 90 que le mode de développement de Shenzhen a commencé à être modifié.

Shenzhen, autrefois spécialisée dans les secteurs à forte densité de main-d'oeuvre, a commencé à se tourner vers les secteurs de haute technologie. De nombreux chercheurs sont alors venus s'installer à Shenzhen. Les maisons dont la construction avait été négligée ne trouvaient plus preneur, et l'environnement, qui entretemps s'était dégradé, est devenu un obstacle au développement du village.

Certains villageois, qui avaient conscience de la gravité de la situation, comme Huang Xingyan, le PDG de la société Yufeng, a alors tenu à donner son opinion.

«Si notre village continue sur cette voie, un jour, il va se trouver au bord de la ruine, il faut que l'urbanisme du village s'intègre à celui de toute la zone économique »

En l'an 2000, les autorités locales ont lancé un plan de développement qui avait pour priorité la reconstruction du village de pêcheurs. Conformément à ce plan, les nouveux immeubles du village ont été construits selon les normes. Pour embellir l'environnement, une belle place a même été construite dans les nouveaux quartiers. L'environnement s'est amélioré et a attiré de nombreux travailleurs des autres régions. Dont beaucoup, parmi eux, étaient diplômés.

Lorsqu'il a du temps libre, Tang Wenbiao a l'habitude de se promener tout seul dans la galerie de sculptures qui raconte l'histoire du développement du village de pêcheurs. Des images qui font souvent remonter en lui de nombreux souvenirs.

Pour les Chinois, Shenzhen n'est souvent considéré maintenant que comme une des villes les plus riches et les plus développées du pays. Un des centres financiers de la Chine, avec Shanghai. Un symbole de la réforme et de l'ouverture. Mais pour Tang Wenbiao, Shenzhen, c'est aussi son passé. Un passé fait de difficultés, de bonheurs, mais surtout de malheurs. Une histoire qui restera toujours dans sa mémoire.

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