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C'est la semaine dernière que la traditionnelle Foire de Guangzhou a fermé ses portes. Avec cette fois une petite particularité, puisqu'il s'agissait là de la 100ème édition de cette Foire aux Articles d'exportation de Chine, pour reprendre l'appellation officielle, qui se tient chaque printemps et chaque automne à Guangzhou, dans la dynamique province du Guangdong, au sud-est de la Chine. Organisée deux fois par an, cette centième est donc aussi l'occasion d'un cinquantenaire pour cette rencontre commerciale internationale.
Oui, Cinquante ans durant lesquels ce rendez-vous a largement promu le développement du commerce extérieur et de l'ouverture vers l'extérieur de la Chine. Et depuis la politique mise en place en Chine à partir de la fin des années 70, elle est même devenue le symbole de l'ouverture du pays. Mais aujourd'hui, avec l'affirmation de la puissance commerciale de la Chine sur la scène internationale et les bouleversements intervenus dans l'économie nationale, la foire de Guangzhou fait face à la nécessité de se réformer. Mais pour mieux comprendre la situation actuelle, sans doute est-il utile de voir comment on en est arrivé là. Adeline, est-ce qu'ion peut faire un petit historique de cette foire ?
Oui, tout a commencé dans les années cinquante, en plein Guerre froide. A l'époque, la plupart des pays occidentaux ne voient pas d'un très bon ?il la création de la Chine nouvelle, qui se réclame du communisme. Et dans les débuts de la fondation de la jeune République populaire de Chine, le pays a un besoin impérieux de devises, de monnaie étrangère, pour importer des équipements industriels et des matières premières, qui faisaient cruellement défaut à la Chine de l'époque. Et c'est pour briser ces sanctions qu'en 1957, le gouvernement chinois décide d'organiser à Guangzhou une foire d'articles d'exportation deux fois par an, au printemps et en automne. Zhang Zhigang est directeur du Centre du commerce extérieur de Chine. Il revient avec nous sur la tenue de la première foire de Guangzhou.
 « On peut dire que c'était un premier pas pour ouvrir les portes de la Chine. En 1957, la valeur des contrats signés lors de cette première foire occupait environ 20% de la valeur totale des contrats de devises pour l'année. Et dans la décennie suivante, cette proportion variera entre 20 et 40%. Cette progression notable a permis à l'économie chinoise d'engranger pas mal de réserves en devises. On peut dire qu'il s'agissait là d'une partie importante de notre diplomatie pacifique ».
L'organisation de la Foire de Guangzhou a ainsi permis de contourner de façon pacifique les mesures prises par l'Occident contre la Chine communiste? Par la même occasion, grâce à elle, Beijing a pu reposer les bases de ses relations commerciales avec les pays d'Asie du Sud-Est, ainsi qu'avec d'autres pays du monde. Et aujourd'hui, après la politique d'ouverture poursuivie par la Chine et la fin de la Guerre froide, son rôle s'est considérablement élargi. La Foire est ainsi devenue le principal rendez-vous commercial de Chine, de sorte qu'elle attire maintenant des investisseurs du monde entier. C'est du moins ce que nous confirme Victor Percival ? c'est l'ex-président de l'Association pour le commerce entre la Nouvelle-Zélande et la Chine. Dès les premières éditions de la foire, il était déjà à Guangzhou
« A l'époque, il n'existait pas de vol direct et il y avait des tas de problèmes de formalités. Il m'avait fallu sept jours pour arriver à Guangzhou depuis la Nouvelle-Zélande. Et il n'y avait presque pas de voyageur dans le train entre Hongkong et Guangzhou. Alors qu'aujourd'hui, 10 heures suffisent pour se rendre de chez nous à Guangzhou. Et le train que j'ai pris hier pour venir ici était rempli d'hommes d'affaires qui devaient participer à la Foire de Guangzhou. »
De quoi se faire une petite idée des changements intervenus en cinquante ans, en effet. Avec la politique de réforme et d'ouverture mise en place en Chine à l'orée des années 80, la Foire de Guangzhou a connu de nouveaux changements, que ce soit dans ses modalités d'organisation ou de participation que dans la nature des exposants et des marchandises exposées.
Le montant des contrats signés a progressivement augmenté, en partant de quelques dizaines de millions de dollars dans ses débuts pour atteindre 320 milliards de dollars lors de la 99ème édition? Soit un montant tout simplement 1.000 fois supérieur. Et selon les premières statistiques, la 100ème édition de la Foire a regroupé 14.000 entreprises et attiré près de 500.000 visiteurs. Record battu, à nouveau. Devant de pareils chiffres, rien d'étonnant au fait que la Foire de Guangzhou est devenue la plate-forme sollicitée par les entreprises chinoises pour trouver des partenaires étrangers.
De nombreuses sociétés considèrent cette foire comme la première étape de leur développement l'international. Un exemple avec la société Zhigao, basée dans le Guangdong. Une entreprise spécialisée dans la climatisation, qui a participé pour la première fois à cette rencontre en 2002. Elle a signé à cette occasion des contrats pour une valeur de 10 millions de dollars, soit cinq fois plus que la valeur de ses exportations en 2001. Une recette apparemment simple, que nous explique Li Xinhao, le patron de Zhigao.
« Nous pouvons nous orienter vers le marché international grâce à la foire de Guangzhou, c'est une plate-forme très importante pour nous. Elle nous permet en effet de distribuer nos produits directement à l'étranger, sans intermédiaire ; les coûts sont donc réduits, et le volume réglé est important. Nous devons beaucoup à ce rendez-vous qui nous a ouvert un bel avenir. »
Un bel avenir d'abord sur les marchés internationaux, puisque la foire de Guangzhou remplit aujourd'hui parfaitement son rôle de fenêtre sur l'étranger et de vecteur de l'ouverture de la Chine. Elle permet aux entreprises chinoises de connaître le monde extérieur et de se faire connaître. Des sociétés de toutes sortes de secteurs y échangent des contacts, des informations, présentent leurs produits et achètent des marchandises. Une grande part des produits chinois qui inondent les cinq continents transite par Guangzhou. Un aspect des choses qu'a tenu à rappeler le Premier ministre chinois Wen Jiabao lors de la cérémonie d'ouverture de cette 100ème édition. Vous allez le voir, pour lui le mot-clé, c'est « ouverture ».
« La Foire de Guangzhou est un reflet de l'ouverture de la Chine sur l'extérieur. Sa tenue marque à chaque fois un nouveau pas vers l'ouverture. Le chemin qu'elle a parcouru en un demi-siècle est un témoin de l'histoire de l'ouverture de la Chine nouvelle et il montre au monde les succès remportés par le commerce extérieur chinois. Cela prouve que la voie de l'ouverture s'élargit toujours. Le cadre d'une ouverture tous azimuts a pris forme. »
Mais avec l'affirmation de la puissance économique et commerciale chinoise, la foire de Guangzhou fait aujourd'hui face à une sorte de crise de croissance? D'où un besoin urgent de réforme. Ces dernières années, l'excédent commercial de la Chine bat des records. L'année dernière, pour la première fois, il dépassé la barre des cent milliards de dollars. Et pour 2006, le record est déjà largement battu, puisque aujourd'hui, l'excédent atteint déjà plus de 142 milliards. Une situation qui a bien sûr ses avantages en termes de devises et de liquidités, mais qui est aussi perçue comme le signe d'une croissance déséquilibrée.
D'autant qu'elle se trouve par ailleurs à la source de conflits commerciaux entre la Chine et d'autres pays, ce qui fait de cet excédent un problème épineux pour les autorités de régulation économique. Pour mieux y répondre, la recette est plutôt simple : pour rééquilibrer la balance commerciale, puisque réduire le volume des exportations n'est pas forcément viable, il suffit d'élargir le volume des importations. Et comme symbole de cette volonté de rééquilibrage, le gouvernement chinois a décidé de rebaptiser le nom de la foire de Guangzhou à partir de sa 101ème édition : la Foire aux Articles d'exportation de Chine va ainsi devenir la Foire aux Articles d'import-export de Guangzhou. C'est selon certains experts un signe clair de l'inflexion des autorités chinoises en faveur de ce rééquilibrage de la balance des paiements par le haut. A ce propos, écoutons l'opinion de la vice-Première ministre chinoise, Wu Yi, à propos de cette foire de Guangzhou « nouvelle génération »
« Il va falloir optimiser la structure des marchandises exposées et des ressources destinées à l'exportation. Tout en maintenant la croissance des exportations, il faudra mettre en valeur le rôle de la Foire de Guangzhou pour stimuler les importations et inviter davantage d'entreprises étrangères à participer à cette foire. Avec comme objectif de contribuer à rééquilibrer exportations et importations tout en renforçant les coopérations économiques bilatérales. » 
Voilà pour les grands traits du cahier des charges. Parmi les autres grands chantiers qui s'annoncent pour optimiser la foire de Guangzhou, on parle beaucoup de professionnalisation et d'industrialisation, en insistant notamment sur le besoin de s'adapter et mieux répondre aux normes internationales. Les organisateurs espèrent aussi voir la Foire adhérer à un groupement international regroupant des homologues étrangers et coopérer ainsi avec de grands exposants internationaux. Et ils comptent par ailleurs sur de nouveaux espaces d'exposition disponibles d'ici deux ans et tablent sur un regain d'envergure qui pourrait bien la placer au troisième rang mondial. Mais si l'affirmation de la puissance commerciale de la Chine, illustrée par le succès de la Foire de Guangzhou, crée naturellement des richesses, encore faut-il qu'elles profitent au plus grands nombres.
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