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Kalzang Yeshe: la culture tibétaine est actuellement mieux protégée que pendant toutes les autres époques de l'histoire tibétaine
2009-04-04 20:07:33 cri
A l'Académie des sciences sociales du Tibet, notre correspondant a rencontré Kalzang Yeshe. A soixante ans révolus, il a décidé de se retirer de son poste de directeur de la Maison d'édition des livres anciens du Tibet. Malgré tout, il reste toujours très occupé et très actif.

Le tibétologue nous confie que comme il a passé sa vie à étudier la culture tibétaine, il lui est difficile de la laisser de côté du jour au lendemain. En plus, il lui semble qu'il a toujours des choses à faire.

Kalzang Yeshe est né en 1948, dans un village du district de Tohlung Dechen, dans les environs de Lhassa. Alors qu'il n'a pas encore de mémoires, il perd déjà ses parents. C'est sa grand-mère paternelle qui l'élève. Comme il est issu d'une famille de serfs, il sera serf lui aussi.

Kalzang Yeshe nous évoque alors que lui et sa grand-mère vivaient tous les deux dans la misère. Quand il évoque pour nous le Tibet de l'époque théocratique, il se réfère aux documents historiques. Kalzang Yeshe s'exprime au micro de RCI :  « Dans l'ancien Tibet étaient appliqués une cinquantaine de lois, de codes. Dont deux d'entre eux, le «Code 13» et le « Code 16», en vigueur depuis des centaines d'années. Selon le 7ème article de ces codes, les hommes sont hiérarchisés en 3 classes et 9 catégories, d'après leurs origines et leurs fonctions. Les nobles, les bouddhas vivants et les lamas forment la classe supérieure, leurs représentants forment la classe moyenne, et tout le reste de la population étai mis dans la catégorie des inférieurs, des esclaves. Dans l'ancien Tibet, les esclaves étaient considérés comme des outils parlant. »

En 1959, on applique au Tibet la réforme démocratique, et le système d'esclaves féodal est ainsi aboli. Quant au petit Kalzang Yeshe, il n'est pas très au courant de ce qui se passe autour de lui, la seule chose qui lui plaît est qu'il peut désormais aller à l'école. « Avant la libération pacifique du Tibet, l'éducation y était très en retard. Les enfants des esclaves n'avaient pas le droit d'aller à l'école. En 1958, j'ai été pris à l'école primaire N°2 de Lhassa. Les études étaient gratuites, en plus j'étais nourri et habillé, bref, tout était à la charge de l'Etat. »

Au terme de ses études secondaires, Kalzang Yeshe est envoyé à l'Institut central des ethnies, basé à Beijing pour apprendre la traduction du tibétain en chinois et du chinois en tibétain. En 1978, après avoir passé les examens d'admission, il est admis par l'Académie des sciences sociales de Chine en qualité d'aspirant chercheur pour étudier les classiques tibétains. Pour devenir l'un des quatre premiers aspirants chercheurs de l'histoire tibétaine. Au terme de ses études académiques, il décide de retourner au Tibet pour travailler à l'Académie des sciences sociales du Tibet.

Depuis, Kalzang Yeshes se lance corps et âme dans l'étude des classiques tibétains et publie successivement une série de thèses et de traductions, à savoir « Nouvelle page dans l'histoire littéraire tibétaine », et « Essais sur les formes de la littérature tibétaine», etc.

Il a aussi pris part à la rédaction et à la traduction de l'ouvrage de référence en bilingue, chinois et tibétain, « Histoire générale du Tibet », ouvrage composé d'un million de caractères tibétains. « Dès que l'Académie des sciences sociales du Tibet a un sujet de dimension interdisciplinaire et d'importance majeure à étudier, j'y prends part. » indique Kalzang Yeshe avec fierté.

En vue de bien préserver les classiques tibétains, la Région autonome du Tibet a fondé vers la fin des années 1980 la Maison d'édition des classiques tibétains. L'accent a été mis sur la remise en ordre et la publication des livres anciens, des tablettes de bois et des inscriptions sur bronzes ou stèles.

En 2003, Kalzang Yeshe est nommé directeur de sa maison d'édition. En plus de ses recherches, il part souvent en voyage pour récupérer des livres rarissimes. Continuons à entendre Kalzang Yeshe :  « On a déjà publié dans la Collection « plateau des neiges » une cinquantaine d'ouvrages. Ce sont des ouvrages de valeurs. Avant, c'étaient des manuscrits ou des inscriptions gravées sur bois. Donc, ils n'étaient pas très répandus. Ils sont aujourd'hui très appréciés dans l'univers international de la tibétologie et sont conservés par la Bibliothèque du Congrès américain. On peut aussi les trouver au Japon, en Grande-Bretagne, et en Norvège ».

Et Kalzang Yeshe de souligner que depuis la réforme démocratique en 1959, l'Etat attache une grande importance à la protection de la culture tibétaine. Ces dernières années, le gouvernement chinois a intensifié ses investissements en la matière. De sorte que les sites pittoresques et historiques, et les patrimoines culturels immatériels répartis dans diverses régions du Tibet sont convenablement protégés et préservés. Kalzang Yeshe a surtout cité le cas de la grande épopée tibétaine « la Vie de Gesar » : « Dans l'ancien Tibet, cette épopée n'était pas prise en considération. Du fait qu'on n'avait pas de moyens pour la remettre en ordre. A l'époque l'éducation était en retard et il n'y avait que très peu de gens qui étaient instruits. Donc, il nous était impossible de nous lancer dans la sauvegarde de l'épopée 'du roi Gesar'. »

« Le Roi Gesar » date d'une époque très ancienne, il y a plus d'un millénaire. C'est aussi la plus longue épopée de par le monde. Elle est depuis toujours transmise de manière orale au sein de la population. Quant aux écrits, on ne peut trouver que quelques extraits dans des documents historiques. D'après Kalzang Yeshe, à l'époque on ne compte dans la région autonome du Tibet qu'une quarantaine de conteurs de cette épopée, dont certains d'entre eux sont déjà morts.

En vue de préserver ce patrimoine culturel immatériel, à partir des années 1970, l'Académie des sciences sociales du Tibet s'est efforcée de trouver des génies de cet art pour leur demander de faire des enregistrements.

Et c'est le vieux Samdrup qui fut élu par l'Académie, et d'après ce qu'il raconte, on a rédigé 45 livres qui sont regroupés sous le titre d' « Oeuvres sélectionnées du Roi Gesar ». A présent, une trentaine de ces livres sont déjà publiés. Le reste sera publié dans 3 ou 4 ans. Selon Kalzang Yeshe la publication de ces ?uvres a une portée incontournable pour la protection de la culture tibétaine.

A présent, on dénombre en Chine une cinquantaine d'établissements de recherches en tibétologie dans lesquels travaillent plus de 2000 experts et une dizaine d'espèces de revues académiques s'y rapportant. Kalzang Yeshe nous confie avec fierté, « Aujourd'hui, ceux qui sont pris par l'Académie sont des gens d'un niveau d'instruction très élevé, ils doivent être au moins détenteurs d'une maîtrise ou d'un doctorat ».

Quant à notre tibétologue Kalzang Yeshe, il a déjà effectué plusieurs visites dans des pays étrangers. Ce qui l'encourage le plus est que grâce à l'agrandissement du corps des experts en tibétologie, la publication d'un grand nombre d'?uvres de qualité, et grâce à la multiplication des échanges internationaux, des savants chinois ont aujourd'hui leur droit à l'expression dans l'univers de la tibétologie internationale.

Kalzang Yeshe: « Le Tibet est la région d'origine des recherches tibétologiques. Avant, les réunions internationales de tibétologie était monopolisées par les pays occidentaux. Nous, on était mal considéré. Et maintenant, la situation s'est améliorée. On est intégré dans le Conseil international de la tibétologie. Chaque fois qu'il tient une réunion, il nous invite à y prendre part. »

En ce qui concerne la thèse d'« extinction de la culture tibétaine » prônée par le Dalaï Lama, Kalzang Yeshe pense autrement. Selon lui, comme tous les pays occidentaux accordent une importance particulière à leurs cultures ethniques spécifiques, la thèse prônée par le Dalaï Lama a juste pour but de gagner la faveur de ces pays et de ce fait obtenir leur soutien et parvenir à son but politique. « En fait, je suis né au Tibet et y ai passé la plupart de ma vie. J'ai vécu tous les changements qui ont eu lieu au Tibet. Donc, j'ose dire qu'à présent, la culture tibétaine connaît un développement et une prospérité sans précédente de son histoire. »

(Yannine)

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