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Un art populaire : les figurines d'argile
2009-01-14 18:28:07 La Chine au présent

En Chine, on dit que la déesse Nüwa aurait créé les êtres humains en les façonnant à partir de l'argile et en leur insufflant la vie, ce qui, dans une certaine mesure, a fait d'elle la première artisane ayant façonné l'argile. C'est le mythe sur la création dont parlent les écrits d'il y a 2 000 ans; il évoque la solitude de Nüwa dans un monde sans êtres humains. Elle est en quelque sorte devenue la Mère de l'Humanité.

Presque toutes les légendes à propos de Nüwa mentionnent un homme appelé Fuxi et l'identifient comme son frère ou son mari. Certaines disent même que Fuxi aurait travaillé avec Nüwa et que les deux « auraient pétri l'argile pour créer les hommes et les femmes ». Voilà pourquoi parfois c'est Fuxi qui est honoré comme l'un des ancêtres des êtres humains.

Les études de textes suggèrent que Fuxi était autrefois un des chefs de la région des Plaines centrales. Il avait établi sa capitale à l'endroit qui est aujourd'hui la ville de Huaiyang (province du Henan) et a gouverné son territoire avec Nüwa. Il a été enterré dans le mausolée Taihao qui se dresse toujours dans cette ville.

Depuis des millénaires, le mausolée Taihao est La Mecque des Chinois qui vénèrent leurs ancêtres. Cette tradition est toujours vivante et s'est transformée en une « foire du temple », l'une des plus anciennes de Chine; cette foire comprend des activités commerciales et des divertissements qui se déroulent en parallèle avec des pratiques rituelles de respect et d'hommage aux ancêtres.

Le « chien en argile » est l'un des objets d'art populaire qu'il est possible de trouver dans toutes les foires du temple de la province du Henan. Fort probablement inspirés par le mythe de Nüwa, depuis les temps anciens, les habitants de cet endroit façonnent l'argile et lèguent le secret de leur art à des membres de leur clan. Selon les plus vieux artisans, tous les styles et formes sont identiques à ceux que façonnaient leurs ancêtres, puisque cet artisanat ancien exige que tous ses artisans se conforment strictement à ses règles et à ses méthodes. Ainsi, ce que nous voyons aujourd'hui est, en fait, une forme d'art primitif incorporant des formes particulières, des couleurs simples, des motifs mystérieux et des symboles inintelligibles.

« Chien en argile » est le nom que l'on donne à l'ensemble des figurines d'argile de Huaiyang. Il y en a des centaines de modèles, et le chien n'est que l'un d'entre eux. Les contes folkloriques décrivent les chiens comme des dieux gardiens protégeant les êtres humains; de fait, de nombreuses tribus anciennes vénéraient des totems de chien.

Les nombreuses variétés de « chien en argile » ont une caractéristique commune : un fond noir sur lequel sont peints différents motifs rouges, jaunes, bleus, blancs, verts et roses. Toutes les figurines - singe à visage humain, êtres reliés par le visage, hirondelle à tête de singe et singe-tigre -sont décorées de motifs d'organes génitaux féminins qui reflètent bien le fait que la société matriarcale pratiquait le culte du totem au pouvoir reproducteur. La preuve de ce culte se retrouve aussi dans la salle principale du mausolée Taihao où, dans un coin, une dalle de pierre enchassée est percée d'un trou appelé la « grotte de la progéniture ». Selon la légende, quiconque touche à cette pierre aura des fils. Les mains de nombreuses générations ont touché cette pierre et l'ont usée, de sorte qu'on a dû la remplacer à maintes reprises au cours des siècles. À Huaiyang, des danses folkloriques et divers spectacles ont été conçus comme des prières rituelles pour implorer la naissance d'un fils.

Situé à 300 km de Huaiyang, le district de Xunxian (Henan) est un autre lieu célèbre pour sa fabrication de figurines d'argile. Si l'on dit que le style Huaiyang peut être considéré comme abstrait, celui de Xunxian peut alors être qualifié de réaliste, car il repose sur la vie quotidienne des gens de l'endroit.

On dit que cet artisanat tire son origine d'une période prolongée de guerres, il y a environ 1 300 ans, à la période charnière de la fin de la dynastie des Sui (581-618) et du début des Tang (618-907). Xunxian était alors un champ de bataille stratégique, et des forces rebelles étaient stationnées dans l'un de ses villages. On raconte que certains soldats auraient été autrefois des artisans qui façonnaient l'argile. De cette matière, ils auraient fabriqué des chevaux et des figurines à la mémoire de leurs camarades et de leur monture qui avaient péri sur le champ de bataille. Après la guerre, certains d'entre eux seraient restés sur place et auraient transmis leur savoir-faire à d'autres villageois.

Les figurines de Xunxian sont petites, leur taille allant de quelques centimètres jusqu'à vingt centimètres. Elles ont deux trous par lesquels on peut souffler pour émettre un roucoulement, d'où leur surnom de « "roucouleurs'' en argile ». Il en existe plus de 100 types différents qu'on peut classer en trois catégories : êtres humains, animaux et oiseaux.

Clowns de l'opéra de Pékin. Leur tête oscille, car elle est fixée au corps par un ressort.

La plupart des figurines illustrant des êtres humains sont inspirées des romans classiques, des histoires et des opéras populaires. Elles sont réalistes et donnent l'impression d'être vivantes. Par ailleurs, parmi les figurines représentant des animaux, celles des chevaux sont les meilleures. Leur attitude et leur physique évoquent d'héroïques chevaux de guerre. Habituellement, leur fabrication ne respecte pas les proportions, avec leur tête levée, comme s'ils voulaient provoquer, et leur cou musclé donnant l'impression que leur corps et leurs pattes arrière sont tout petits. Leur couleur est toujours vivante et brillante. Dans le cas des figurines de cheval avec cavalier, l'accent passe du cheval vers le cavalier pour ce qui est de la proportion physique ou des motifs qui y sont peints. Règle générale, l'exagération est une caractéristique de base des figurines de Xunxian.

À part les chevaux, il y a beaucoup d'animaux sauvages, mythologiques et domestiques. Les animaux domestiques sont présentés au naturel. Par exemple, les coqs se tiennent toujours sur leurs pattes, alors que les poules se reposent au sol. Leur corps est toujours peint avec des motifs d'herbe et de fleurs, suggérant ainsi la simplicité et la sérénité de la campagne.

L'art populaire est teinté d'une forte couleur régionale, et certains artisans de Beijing sont également maîtres dans le domaine des figurines d'argile. Cependant, l'art populaire de Beijing est très différent de celui de Huaiyang et de Xunxian pour ce qui est des thèmes, du style artistique et de l'exécution. Contrairement à leurs homologues provinciales, les figurines d'argile de Beijing reflètent le mode de vie contemporain de la ville.

Beijing a été la capitale nationale durant de nombreuses dynasties féodales et elle a été le lieu de naissance de l'opéra de Pékin. Les adeptes locaux d'opéra aimaient non seulement le théâtre, mais également les arts et l'artisanat qui y étaient liés. Selon un vieil artisan des figurines d'argile, à la fin du XIXe siècle, on pouvait voir des figurines de l'opéra de Pékin sur les étals des vendeurs lors des foires dans les temples. À ce moment-là, un Mandchou portant le nom de famille « Gui » vivait dans la capitale. Il aimait la poésie, la peinture et l'opéra de Pékin et était particulièrement fasciné par les visages peints des acteurs de l'opéra de Pékin.

Puisque la dynastie des Qing (1644-1911) avait été établie par les Mandchous, les membres de cette ethnie menaient une vie privilégiée et occupaient les postes officiels, que ce soit ceux de rang élevé ou de bas niveau. Très souvent, ces postes n'étaient qu'honorifiques, et leurs titulaires recevaient un salaire sans faire quoi que ce soit. M. Gui était l'un d'eux. C'est ainsi qu'il passait son temps à sculpter et peindre des masques de l'opéra de Pékin. Au fil du temps et de l'amélioration de son expertise, ses ?uvres sont devenues populaires auprès de ses parents et amis. Beaucoup de gens venaient lui demander des figurines, et il acceptait toujours volontiers d'en fabriquer gratuitement.

Après la révolution de 1911 qui a renversé le gouvernement des Qing, cette classe de Mandchous privilégiés a perdu la source de ses revenus. C'est à ce moment que M. Gui a commencé à vendre ses figurines d'argile, et ses affaires ont prospéré. Puisque l'offre n'arrivait pas à satisfaire la demande, beaucoup d'autres comme lui ont commencé à apprendre cette forme d'artisanat. C'est ainsi que beaucoup de nouveaux artisans de figurines d'argile sont apparus, et par conséquent, un plus grand nombre de figurines a été fabriqué.

En plus des masques et figurines de l'opéra de Pékin, le lapin est un thème important des figurines d'argile de Beijing. Une légende raconte comment un lapin divin aurait sauvé les habitants de Beijing de la peste, et comment, depuis lors, les habitants locaux chérissent les lapins d'argile et les considèrent comme des signes de bon augure. Les figurines d'argile de Beijing illustrent souvent les habitudes et les modes de vie des gens du vieux Beijing. Un ensemble de figurines décrit aussi une Foire du temple lors de la fête du Printemps et illustre des scènes telles que la marche sur des échasses, les cortèges et les acrobates.

Le rat marie sa fille est un conte chinois ancien qui constitue un thème populaire parmi les artisans de figurines d'argile. Ce conte existe en différentes versions, selon les endroits; certaines disent que le marié était un chat, et d'autres, un rat.

Selon un vieil artisan, les figurines d'argile du vieux Beijing sont classées en trois catégories selon leur qualité. Celles de la troisième catégorie avaient une qualité de fabrication inférieure et n'étaient vendues que dans les hutong (ruelles), par des vendeurs ambulants. Celles de la deuxième catégorie avaient une qualité médiocre et étaient vendues dans les foires du temple et les étals de rues. Les plus raffinées, fabriquées par des maîtres, étaient vendues comme ?uvres d'art aux fonctionnaires, aux aristocrates et aux lettrés.

(HUO JIANYING, la Chine au présent)

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