v  Département françaisv Radio Chine Internationale

 
Culture

 
Tourisme

 
Panorama

 
Economie

JO de Beijing
Accueil | Actualité | Dossiers spéciaux | Apprenons le chinois | Radio en ligne | Services | Chine ABC
Da Fen, premier village chinois producteur de peintures à l'huile
2009-01-06 10:34:48 cri
Le village de Da Fen se trouve à Shenzhen. Shenzhen n'est pas une ville immense pour la Chine, mais elle est aujourd'hui connue dans le monde entier, parce que c'était la première à être ouverte vers l'extérieur, depuis l'application en Chine de la politique de réforme et d'ouverture en 1978.

L'économie a décollé à Shenzhen, mais est-ce que la ville peut remporter autant de succès sur le plan culturel ? Eh bien, la réponse est oui. Le village de Da Fen en est un exemple très convaincant. Tout de suite, un reportage réalisé par notre correspondant Xu Liu Liu, dans ce village grand producteur de peintures à l'huile.

Dès qu'on entre dans le village de Da Fen, on aperçoit une succession de galeries de tableaux. On croit que ce sont des ateliers artistiques, car on y voit travailler des peintres ouvriers. Quant aux patrons de ces galeries, dans la plupart des cas, ils sont assis à une table, boivent du thé, et discutent avec d'éventuels acheteurs, des hommes d'affaires qui proviennent de tous les coins du monde.

Sans la peinture à l'huile, Da Fen ne serait qu'un village reculé du bourg de Bu Jie, de Shenzhen. Et par rapport aux villages de l'intérieur du pays, il est petit, avec une superficie de 0,4 km² et seulement quelque 300 habitants. Avant l'application de la politique de réforme et d'ouverture en Chine, les habitants ne vivaient que de l'agriculture, et le revenu annuel par personne n'était que de 200 yuans.

C'est grâce à la peinture à l'huile que le village de Da Fen a pu se faire connaître. Cet art, bien que très classique, a réussi à y réunir pas moins de 8 000 peintres ou peintres ouvriers. Ecoutons Liang Jian, directeur artistique du bureau de gestion de Da Fen, au micro de RCI : « Chez nous, au village Da Fen, on compte 836 galeries, un chiffre suffisamment important pour avoir réussi à faire naître un secteur de production dans les environs : cadre, peinture, papier ou toile... on a tout ce qu'il faut en termes de peinture à l'huile. Cela nous permet de développer l'économie locale. Pour preuve : en 2006, la valeur de la production a atteint 340 millions de yuans. »

Lily Sheridan est une femme d'affaires australienne, elle a un faible pour les oeuvres produites à Da Fen. Elle y vient pour décorer sa maison à Hongkong. Lily Sheridan : « Ici, on peut trouver toutes sortes de peintures, et beaucoup sont très belles. J'aimerais en acheter deux. J'aime bien trouver des tableaux aux couleurs franches, dans les verts. L'année prochaine, si je passe l'été à Hongkong, je serai plus au frais en les regardant. »

Surnommé « Premier village chinois producteur de peintures à l'huile», Da Fen est aujourd'hui une passerelle entre le marché d'art chinois à celui de l'étranger.

Huang Jiang, un homme d'affaires hongkongais, nous évoque ce qu'il a vécu il y a 19 ans à Da Fen: « C'était un village très reculé, très pauvre. Et personne ne voulait venir investir. La terre n'était pas très productive. Mais, moi, je venais ici avec des commandes. J'ai commencé par organiser des stages. J'ai ensuite fait travailler les stagiaires, je leur ai demandé de peindre en fonction de mes commandes. Et puis, j'ai vendu mes produits à Hongkong. Et maintenant, c'est devenu un grand centre de production de peinture à l'huile. 50 à 60 % des peintures à l'huile du marché américain sont fournies par Da Fen. »

En 1989, à la tête de 26 personnes, Huang Jiang s'implante dans le village de Da Fen, car là-bas, le coût de la vie y était bien plus faible qu'ailleurs. C'est en quelque sorte grâce à lui que Da Fen est devenu une zone de production, de vente et d'exportation de peinture à l'huile. A l'époque, tout ce qu'on faisait à Da Fen était de reproduire les grands classiques du monde, et ce genre de reproductions était très bien accueilli dans les pays européens et américains.

Grâce aux liens qu'il a établis à Hongkong et à l'intérieur du pays, Huang Jiang a toujours eu des commandes. Quant à son personnel, ce sont plutôt des peintres ouvriers et ils sont libres de faire ce qui leur plaît. C'est grâce aux commandes de Huang Jiang qu'ils ont pu gagner plus d'argent. Auparavant, les peintres ouvriers ne parvenaient même pas à gagner leur pain, et encore moins à nourrir leur famille.

Wu Ruiqiu, aujourd'hui figure de proue du village de Da Fen, était l'un de ces peintres ouvriers. En moins d'un an, ses revenus mensuels ont doublé. Ils sont passés de 1 000 à 2 000 yuans. Il n'a jamais pensé que la peinture lui permettrait de vivre correctement. Wu Ruiqiu : « Quand je me suis mis à la peinture, je n'ai pas pensé que cela me permettrait de gagner de l'argent. Maintenant, quand je dis à ma mère qu'une poule peinte me permet d'obtenir deux vraies poules, elle rit, et elle en est très contente. »

Dans les années qui ont suivi, un nombre croissant de professionnels sont venus s'implanter à Da Fen. A l'époque, un peintre ouvrier devait réaliser tout seul sa peinture. La productivité était donc faible et le style des reproductions était différent. Cela ne plaisait pas aux clients. En 1997, une énorme commande du grand distributeur américain Wal-Mart a poussé Wu Ruiqiu à innover. Il nous en a parlé : « J'avais eu de Wal-Mart une commande de 40 000 peintures, que je devais livrer en 40 jours. J'ai réuni 200 personnes pour relever ce défi. Le premier jour, nous avons fait un essai. Le lendemain, nous nous sommes rendu compte que les 200 reproductions étaient toutes différentes les unes des autres, comme si l'on avait créé 200 tableaux. C'est l'effet du style : chacun a sa façon de peindre, de colorer. J'étais obligé de demander qu'ils interrompent leur travail. J'ai alors pensé aux chaînes de production dans les usines. Chacun des ouvriers n'a ensuite été chargé d'accomplir qu'une partie du travail. Nous avons adopté une méthode de production unique. »

C'est ainsi qu'ils ont pu améliorer la rentabilité et la qualité du travail. Un grand classique est reproduit par plusieurs personnes, et chacune est chargée de reproduire une partie bien précise de l'oeuvre. Le résultat est idéal : les reproductions sont plus fidèles, et elles sont réalisées plus vite.

La reproduction permet aux peintres ouvriers de générer des profits, mais cette reproduction est soumise à la question des droits d'auteurs. Au fil du temps, on a vu se multiplier, dans le village Da Fen, le nombre de peintres, de peintres ouvriers et d'hommes d'affaires, qui, outre le problème de droits d'auteur, doivent aussi régler les problèmes de logement et de planification.

Les autorités locales se sont senties concernées par la question. A partir de 1998, elles n'ont eu de cesse d'accorder leur soutien à Da Fen. Elles sont allées jusqu'à créer en 2004 un Bureau de gestion au village, qui a pour mission de régler les différends liés à la propriété intellectuelle, de veiller à ce que les commerçants respectent les lois et règlements relatifs à l'exploitation des oeuvres, de les encourager à s'orienter vers la création, l'industrialisation, et à accélérer leur développement. Tout de suite, le témoignage de Liang Jian, un responsable du Bureau : « Pourquoi faire venir les nouveautés, les créations ? Parce que Da Fen fait trop penser aux reproductions. Si l'on ne parle que de la technique, l'introduction de nouvelles créations nous permet de réactualiser notre méthode de travail dans la précision, la couleur, la structure, voire la façon d'apprécier l'art. Ce qui nous permet finalement de renforcer notre capacité de création. Cela ressemble à une sorte de pyramide en or. Une pyramide qui est basée sur une industrie solide et un marché stable, ce qui nous permet de nous occuper du sommet de la pyramide, la création. »

Au fur et à mesure du développement de la production à Da Fen, on ne s'est plus contenté de la reproduction. On s'attache maintenant beaucoup plus à la création. Les informations qui proviennent du marché sont aussi très encourageantes : les créations sont très prisées des consommateurs. Et elles sont encore plus appréciées à l'étranger. Le Bureau de gestion s'efforce donc de créer un environnement favorable à la création. Alors que faire pour passer de la reproduction à la création ? Ecoutons la réponse de Han Huimin, un retraité de l'Association des Beaux-Arts de Chine : « Je crois que là, dans le village, il y a beaucoup de jeunes amateurs d'art. Peu de temps après mon arrivée, j'ai proposé aux autorités locales et aux institutions artistiques d'organiser des stages de formation pour eux. La reproduction n'est qu'un moyen d'apprendre à peindre. Il y a sûrement des jeunes gens qui vont bientôt révéler leurs talents de créateurs. »

(Yannine)

Commentaire

  • Interviews
  • Information
  • Contactez nous |