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Groupe de Musique de Tambour de He Jia Ying
2008-12-30 09:52:07 cri

Nous nous rendons maintenant dans les environs de Xi'an, au Shanxi, pour assister à un concert de musique donné par des musiciens agriculteurs. Ce genre de musique est appelé « Xi'an Gu Yue », ou littéralement en français, la musique de tambour de Xi'an. 

On est maintenant à He Jia Ying, un petit village qui se trouve dans les environs de Xi'an. Dans ce village, presque tous les habitants sont capables de jouer la musique de Xi'an Gu Yue. Ils ont d'ailleurs fondé leur propre groupe de musique qu'ils ont nommé en toute simplicité He Jia Ying Gu Yue She, ou en français, Groupe de Musique de Tambour de He Jia Ying.

D'après le chef du village, He Yongkang, la musique qu'ils exécutent est une musique très ancienne, dont l'histoire remonte il y a plus d'un millénaire, sous le règne de la dynastie des Tang. He Yongkang :  « La musique de Gu Yue qu'on exécute chez nous, est héritée des Tang. On dit qu'à l'époque, les troupes du général He Changqi stationnaient chez nous. Ce sont eux qui nous ont apportés la musique de la cour impériale. Dans notre village, on a toujours l'emplacement du jardin de la résidence du général He. C'est lui qui a fait connaître aux villageois cette musique. Et c'est de cette manière que cette musique a pu subsister jusqu'à nos jours. »

On découvre ainsi que cette musique jouée par des musiciens agriculteurs de ce village, le Xi'an Gu Yue, est en fait une musique descendant directement de la cour impériale. C'est une musique que l'on exécute avec des instruments de musique à vent et à percussion.

Donc, à première vue, on a l'impression que cette musique n'a rien d'extraordinaire? Si. En fait, le Xi'an Gu Yué a une petite particularité. Cette musique est composée de « Ban Zi Pu », c'est à dire de demi-tons. Pour ceux qui apprennent à parler le chinois, ils savent très bien qu'il est difficile de prononcer le chinois, qui est composé de quatre tons. Dans le cas du « Ban Zi Pu », on ne prononce que la moitié d'un ton pour chanter une chanson. C'est encore plus difficile.

Effectivement, on peut comprendre. Et en tant que forme d'art populaire, le Xi'an Gu Yue n'est transmis que de bouche à oreille, de maître à l'apprenti. Dans la banlieue de Xi'an vit un nonagénaire, il s'appelle Zhao Gengchen. C'est le doyen de tous ces joueurs de musique de Gu Yue :

La chanson est intitulée « Yue Er Gao», ou la lune haute. C'est un chef d'oeuvre de la musique de Gu Yué. La technique ici employée est celle du Zhuan Diao, technique permettant de passer d'un ton à l'autre. Normalement on chante d'après des notes imposées, mais un chanteur de Gu Yue est libre d'interpréter sa mélodie, à condition qu'il maîtrise à la perfection la technique du Zhuan Diao.  

Zhao Gengchen a appris la musique de Gu Yue à l'âge de 15 ans. Depuis, 76 ans ont passé. Le vieux bonhomme nous confie qu'à l'époque, s'il s'est mis au Gu Yue, c'était juste un moyen de survie: « Si l'on est capable de chanter le Gu Yue, on peut être rémunéré. Cela ne nous permet pas de rouler sur l'or, mais, c'est beaucoup mieux que de faire un travail manuel, ou d'être un coolie. »

Aujourd'hui, le Xi'an Gu Yue n'est plus un moyen de survie pour Zhao Gengchen. C'est devenu quelque chose d'incontournable pour lui: « J'adore cet art. Dès que j'ai envie de chanter, je chante, que ce soit une chanson ou un extrait de pièce d'opéra. C'est ma musique préférée. Même lorsque je dois aller faire un tour au marché, je chante tout en battant la mesure avec ma main. »

Aujourd'hui, de plus en plus de gens sont épris de pop music. Ce qui inquiète le Vieux Zhao, car il a peur que l'art qu'il maîtrise disparaisse un de ces jours. Zhao Gengchen : « Si personne ne veut l'apprendre, il est impossible que le Gu Yue survive ».

Mais l'avenir immédiat est assuré. Actuellement, rien que dans les environs de Xi'an, on compte 4 ou 5 groupes de musique de Gu Yue. Et à He Jia Yin, nos journalistes ont pu rencontrer l'un d'entre eux.

La musique  « Deng Kou » Le groupe de He Jia Ying l'a d'ailleurs incorporée la musique de  « Deng Kou » à son répertoire. Dès que l'occasion se présente, ils exécutent cette musique. Jadis, il n'y avait que les hommes qui pouvaient apprendre à jouer du Gu Yué, et maintenant, on voit un nombre croissant de femmes les rejoindre dans la pratique de cet instrument. La raison ? On écoute He Zhongxin, chef du groupe de He Jia Ying : « Avant, la technique ne pouvait être transmise qu'aux hommes, aux siens. C'est ce que voulait la tradition. Et aujourd'hui, pourquoi a-t-on accepté de l'apprendre aux femmes ? Tout simplement parce que la plupart des hommes sont partis travailler ailleurs. Il ne nous reste plus que des femmes dans le village. A partir de 2002, on s'est donc mis à apprendre aux femmes à jouer cette musique. »

Et en effet, ces dernières années, pas mal de femmes se sont jointes au groupe, qui est passé d'une dizaine de membres à une soixantaine. Leur âge s'étale de 20 à 60 ans. Mais même s'ils peuvent être considérés comme des professionnels, ils ne peuvent pas en vivre. Ils doivent donc travailler la journée, et ce n'est que le soir qu'ils peuvent se réunir et s'entraîner.

Tout de suite le témoignage de Wu Menghua, villageoise de He Jia Ying : « Tous les soirs, de 7 heures et demi à 9 heures et demi ou jusqu'à 10 heures, dès qu'on a du temps libre, on s'entraîne. Ça nous fait plaisir, on le fait dans la bonne humeur. On est tous contents de faire ça. »

C'est ainsi qu'ils s'entraînent à la maitrise de leur technique tous les soirs, malgré des conditions difficiles. Dans le nord du Shanxi, en hiver, la température va bien en-dessous de zéro. Et en plus, la salle d'entraînement est très rudimentaire, elle n'est pas chauffée. Mais cela n'empêche par les membres du groupe de s'entraîner avec ardeur. On écoute s'exprimer au micro de RCI, Qu Jin'er, une musicienne du groupe : « Ce n'est pas facile du tout. Ça fait trois ans que j'apprends le Gu Yue. En hiver, il fait très froid dans cette salle. On voudrait bien allumer un poêle à charbon, mais, on a peur d'être intoxiqués pas les gaz. Sinon, on doit laisser ouverte la porte, mais alors là, il fera encore plus froid. Dès qu'on commence à jouer, on se sent beaucoup mieux.»

He Sukui est un homme d'une quarantaine d'années. Chauffeur de taxi, et membre à part entière du groupe de Gu Yue. Dans la journée il est au volant, et le soir, il prendre part aux répétitions. He Sukui : « Dès que le groupe a quelque chose à faire, je m'arrête de travailler, même si cela me fait perdre de l'argent. L'important est de faire pérenniser cet art. L'année dernière, on est allé se produire à Beijing. Après avoir assisté à notre spectacle, le ministre de la culture nous a dit qu'il ne fallait jamais laisser mourir un trésor classé. Cette phrase m'a profondément impressionné. Maintenant, même si je dois perdre de l'argent, je prends part aux activités organisées par le groupe. » La représentation que le groupe a faite à Beijing et dont He Sukui vient de nous parler est un évènement dont les villageois de He Jia Ying sont très fiers. Mais, ce n'est pas tout. Ils ont aussi pu se rendre en Jordanie et en Malaisie:  « Lorsqu'on s'est rendu en Jordanie, pas mal de chefs d'Etat et de gouvernement des pays avoisinants sont venus assister à la cérémonie d'ouverture qu'on a donnée. C'était très spectaculaire. Ils ont été très touchés par notre musique. D'autant plus qu'elle leur permettait d'en savoir un peu plus sur la culture chinoise ancienne. Ils nous ont écoutés avec attention et à la fin du spectacle, les applaudissements ont duré 6 à 7 minutes. »

La musique de Xi'an Gu Yue attire également l'attention des musiciens étrangers, notamment de l'Italie, de l'Allemagne et de l'Autriche. Dans les années 1980, Raffaella, une musicienne italienne réputée, s'est rendue spécialement à He Jia Ying pour étudier le Xi'an Gu Yue. Au terme de sa visite, elle a sorti un livre intitulé : « La musique traditionnelle chinoise », dans lequel elle a consacré un chapitre entier à « La musique de Gu Yue de He Jia Ying ». Tout de suite le témoignage de Zhang Zhao, directeur de l'école primaire de He Jia Ying : « Elle s'est rendue spécialement à He Jia Ying, chez nous. Elle a beaucoup apprécié notre musique. Selon elle, cette musique est la plus ancienne symphonie du monde. Grâce à elle, les Occidentaux parviennent à connaître notre musique. »

Le chapitre écrit par Raffaella est aujourd'hui photocopié, encadré et accroché sur le mur du siège du groupe de He Jia Ying: « Chaque séquence de musique débute sous la forme d'un battement de tambour et le rythme s'accélère au fur et à mesure. »

Les écoliers de He Jia Ying ont aussi l'occasion de jouer cette musique. Le village leur fournit gratuitement les instruments de musique nécessaires. Et le chef du groupe, He Zhongxin se rend lui-même à l'écoule pour former les enfants. On réécoute M. Zhang Zhao, directeur de l'école de He Jia Ying : « Dès mon arrivée dans cette école, j'ai remarqué que ceux qui pratiquaient le Gu Yue étaient des personnes d'âge moyen ou des personnes âgées. Pour moi, la pérennisation d'une culture doit se faire par les enfants. Donc, à partir de 2004, en accord avec le village, on a commencé à enseigner cet art aux enfants. »

He Yan est élève de l'école primaire de He Jia Ying. Il est né dans une famille de Gu Yue, donc, dans un contexte familial très favorable pour qu'il apprenne à maîtriser cet art. A présent, il fait preuve de beaucoup de talent en la matière: « Tous les membres de ma famille sont des joueurs de Gu Yue, mon grand-père, mon père et ma tante etc. Lorsque j'étais petit enfant, j'aimais cette musique. En fait, je pouvais l'entendre jouer toute l'année. Il m'était plus facile de maîtriser cette technique. On l'apprend à l'école, mais mon père m'a aussi beaucoup aidé ; il m'apprend à maîtriser le rythme. »

Il n'y a pas que les musiciens qui s'intéressent au Gu Yue. Zhi Yong ne sait pas jouer, mais sa vie est étroitement liée à la musique Gu Yue: « Je suis friand du Xi'an Gu Yué. Je les suis depuis deux ans. Je fais des enquêtes et je filme leurs spectacles et leurs vies de tous les jours. A notre époque, les agriculteurs sont capables de travailler la terre, de gagner de l'argent et de jouer de la musique classique, une musique purement chinoise, qui fait partie de notre culture, de notre civilisation. On a de quoi à être fier, non ?»

(Yannine)

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