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Chen Mei'er, fervente défenseuse de la musique de Nanyin
2008-11-25 10:24:05 cri
« Le Palais de la musique des Han et des Tang » est une troupe artistique taïwanaise, qui vient de se produire à Beijing, à la Cité Interdite. Le spectacle qu'elle donne s'intitulait : « Luo Shen Fu», ou en français, Ode à la Déesse de la Rivière Luo. Un spectacle de danse qui nous faisait découvrir le charme et l'élégance de Nanyin, l'une des plus anciennes musiques chinoises. Chen Mei'er est la directrice artistique de la troupe, elle se consacre à la recherche académique et surtout au renouveau de Nanyin, littéralement « musique du Sud », depuis une vingtaine d'années. Profitant de son séjour à Beijing, notre correspondant a pu lui rendre visite.

Le spectacle "Luo Shen Fu" est à l'origine une oeuvre poétique, écrite par le poète chinois Cao Zhí, au 3ème siècle après J.C. Ce poème est considéré comme symbolisant l'illusion que l'auteur se faisait pour éterniser son amour, car ce poème raconte l'histoire d'un amour entre un être humain et une déesse. N'appartenant pas au même monde, mortel et immortel, ils sont obligés de se séparer malgré eux.

La belle Déesse Luo Shen du poète Cao Zhí est depuis une source d'inspiration pour diverses formes d'art : peinture, calligraphie et opéras locaux... Il n'est donc pas étonnant qu'il serve de prétexte au spectacle de Chen Mei'er, qui a travers ce nouveau « Luo Shen Fu » a su mettre en scène des danseurs vêtus de magnifiques costumes traditionnels. Sur de la musique Nanyin, une musique très mélodieuse, on les voit évoluer dans des mouvements doux et élégants. Pour moi, un spectacle enivrant.

Le Nanyin est maintenant classé au niveau national comme patrimoine culturel immatériel. Ce style musical est surnommé « ancêtre vivant de la musique chinoise ». Il est toujours très populaire dans le sud du pays et encore répandu à Taiwan, Hongkong et Macao. Dès sa première sortie en 2006, « Luo Shen Fu » a suscité l'attention au niveau international, ce qui a permis à la troupe de se lancer dans une série de tournées en Europe, y remportant des succès remarquables. Ce succès est en grande partie dû à la mise en scène de Chen Mei'er qui a tenu a modernisé le style de Nanyin. La version produite à la Cité Interdite a été en partie dépoussiérée d'un style un peu vieillot, et incorporait plus d'éléments contemporains. On écoute Chen Mei'er s'exprimer au micro de RCI :  « En fait, je suis très audacieuse, j'intègre dans mon spectacle des nouveautés, de nouvelles créations, et ce qui m'a permis de rendre le Nanyin plus vivant, plus attrayant. Mais, ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas confiance en la musique de Nanyin. C'est tout à fait le contraire, j'ai beaucoup de confiance en elle. Si l'on remonte à son origine, la musique de Nanyin n'est pas faite pour être produite sur scène. Cette musique fait partie de la culture des gens de la haute société. C'est la raison pour laquelle le Nanyin est en fait une musique très solennelle et très austère. Il est donc difficile de la propager à notre époque. C'est ainsi que j'ai voulu y ajouter de nouveaux éléments, je veux que la musique soit plus vivante, plus entraînante et plus belle. Qu'elle puisse être appréciée par tout un chacun sans différence d'ethnie et d'âge.»

C'est dans les années 1970 que Chen Mei'er a eu son premier contact avec la musique de Nanyin. Elle animait alors une émission de musique et d'opéra local. Un jour, elle reçut une lettre d'un auditeur, lui demandant ce qu'était la musique de Nanyin. Curieuse, Chen Mei'er s'est mise à étudier cette musique. « J'ai grandi dans une famille d'acteurs d'opéra. Toute petite, j'ai donc entendu beaucoup de musiques traditionnelles ou populaires. Mais, je n'avais jamais entendu une musique aussi élégante et sublime. Comme elle n'est conservée qu'au sein de la population, elle est vulnérable et vieillie. A l'époque le Nanyin n'était apprécié que par un certain nombre de personnes âgées. Ce sont des mélomanes du Nanyin, ils l'aiment à tel point, qu'ils appliquent entre eux une sorte de code strict pour conserver fidèlement la musique de Nanyin. C'est quelque chose de vraiment extraordinaire. C'est ainsi que je m'applique à l'étude du Nanyin, et que j'essaie de remonter à ses origines. »

Le père et une tante de Chen Mei'er sont deux grandes figures d'un opéra local de Taiwan. Elle a donc un faible pour cet art traditionnel. Et lorsqu'elle voit disparaître cet art dans la société moderne, elle se sent concernée. On écoute Chen Mei'er s'exprimer au micro de RCI : « J'ai grandi, et la société a évolué, elle aussi. On peut même dire que les arts traditionnels sont en voie d'extinction. J'ai une prédilection pour ces arts. Cela est du peut-être à mon contexte familial. Alors, dès que je me suis mis à travailler sur le Nanyin, j'ai essayé de la faire avec rigueur. »

En 1975, Chen Mei'er s'est mis à étudier la musique Nanyin, sa manière de l'exécuter et de la chanter. Elle a rendu visite à presque tous les grands du Nanyin, qui résident soit à Taiwan, sur le continent ou en Asie du Sud-est. En 1982, elle a réussi à organiser la première tournée de Nanyin en Europe. A Paris, elle organise un concert long de 7 heures. La représentation suscita alors de vives réactions. Des experts en musiques nationales d'une trentaine de pays entamèrent alors des discussions sur cette musique et tentèrent de remonter aux origines de cet art très ancien.

A l'époque, un sinologue occidental déclara arbitrairement que la musique Nanyin était née sous le règne des Ming, entre le 14ème et le 17ème siècle. Mais, Chen Mei'er pense autrement. Selon elle, la musique de Nanyin est née beaucoup plutôt.

Au terme d'années de recherches, Chen Mei'er pense que la musique de Nanyin est née il y a plus de deux millénaires, à une époque où était en vogue la culture de Li et de Yue, composée de rites et de musiques, voire encore plutôt. Elle pense en plus que la musique de Nanyin est née dans la cour impériale et a été très florissante sous les Han, qui ont régné de 206 avant J.C et 220 après J.C, et des Tang (618 -907 après J.C.). C'est ainsi qu'elle a fondé en 1983 sa propre institution, avec sa propre troupe, qu'elle a baptisé, le Palais de la musique des Han et des Tang.

Chen Mei'er: « J'ai alors créé Le Palais de la musique des Han et des Tang. Le but était de redonner vie à la musique Nanyin. Je veux la pérenniser et la faire rayonner. Elle doit retrouver la gloire qu'elle connaissait sous le règne des Han et des Tang. Ce n'est pas une musique locale, ni même nationale, elle doit être universelle. Du fait qu'elle a une histoire très longue et très ancienne. Elle est très bien placée pour représenter les 5 millénaires de la musique chinoise. »

Le Palais de la musique des Han et des Tang que dirige Chen Mei'er s'applique aux recherches académiques, à la formation des musiciens, des chanteurs et des autres hommes de talent, bien sûr en matière de musique de Nanyin. A la tête de sa délégation, Chen Mei'er se rend souvent aux Etats-Unis, en Europe, en Australie, au Japon, en Corée du Sud, en Asie du Sud-est et à travers la Chine, tant pour se produire que pour entamer des échanges académiques. Elle a réussi à introduire une série de nouveautés qui sont aujourd'hui très appréciées de ce milieu artistique.

Chen Mei'er: « A l'époque, mon frère aîné m'a beaucoup soutenu, il m'a encouragé à fonder le Palais de la musique des Han et des Tang. Il m'a dit : la musique que tu veux faire est oubliée de tous, tu auras du mal à la faire accepter par les gens modernes. Qu'est ce que tu pourras en faire ? Je lui ai répondu : si toi, tu m'accordes ton soutien pour la fondation du Palais de la musique, je te promets d'introduire la musique Nanying dans les plus grands établissements d'enseignement supérieur du monde et de les exécuter dans les plus beaux lieux de représentation du monde. Et j'irai faire jouer le Nanyin à la Cité Interdite, et je veux que tout le monde sache que la musique chinoise qui a erré depuis des millénaires est aujourd'hui retournée chez elle, à la cour impériale. C'est tout ce que j'ai promis à mon frère. Et j'ai bien tenu mes promesses. »

Hélas, le frère aîné qui a beaucoup soutenu la carrière de Chen Mei'er est décédé depuis des années. Chen Mei'er nous a confié qu'en vue de remercier le soutien que son frère et toute la société lui ont accordé, elle envisage de fonder un institut de culture de Nanyin, de sorte que le Nanyin puisse être intégré dans le système d'éducation à part entière. Le meilleur moyen pour l'éterniser.

(Yannine)

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