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La culture tibétaine, un patrimoine précieux à sauvegarder
2007-08-23 11:05:45 cri

Connu pour être le toit du monde, le Tibet se trouve à l'ouest du territoire chinois. Naturellement, ses paysages naturels, ses montagnes enneigées et ses lacs sacrés jouent forcément un grand rôle dans le prestige qui y est attaché. Mais ce serait aussi négliger son très riche patrimoine culturel, fort de plusieurs siècles de civilisation et symbolisé, entre autres, par des sites comme le Palais de Potala ou le monastère de Jokhang. Mais la culture tibétaine s'incarne aussi dans des hommes, qui se transmettent des formes d'art depuis plusieurs générations. C'est le cas du récit des épopées, par exemple, ou de l'opéra traditionnel tibétain. Comment s'articule aujourd'hui la protection de ce patrimoine ?...

Ce que nous entendons à l'instant, c'est une chanson interprétée par des ouvriers tibétains qui travaillent à la restauration du Palais de Potala, à Lhassa. Plus exactement, ils sont en train de battre l'argile. Et font ainsi vivre une technique ancestrale propre au Tibet où, traditionnellement, on recouvre d'argile le toit et le sol des bâtiments. A l'aide d'un outil en bois ou en pierre, on dame cette argile jusqu'à ce qu'elle devienne aussi polie qu'une pièce de marbre. Et c'est justement cette technique qui a fait ses preuves à travers les siècles, que l'on a adopté pour restaurer le Palais de Potala.

Mais ce Palais de Potala - ou du Potala -, qu'est-ce que c'est ?... Ses origines remontent au 7ème siècle, lorsqu'il fut construit par le roi Songtsen Gampo, fondateur de la ville de Lhassa, qui se mariera avec la princesse chinoise Wencheng Gongzhu, une des princesses royales de l'empire des Tang.

Mais revenons au Potala : ce qui n'était à l'origine qu'une place forte va rapidement devenir le lieu de résidence du dalaï-lama jusqu'au 20ème siècle. Avec une double dimension, administrative et religieuse. Il comprend en effet un palais blanc, séculier, et un palais rouge, dédié au bouddhisme tibétain. Il symbolise donc parfaitement l'union du pouvoir temporel et spirituel propre à la pensée traditionnelle tibétaine. Ce qui le classe bien sûr parmi les principaux lieux saints du bouddhisme tibétain, mais en fait plus globalement un symbole fort de la culture tibétaine dans son ensemble, et ce en raison de sa grande valeur artistique, historique et patrimoniale.

Tout cela, Jampa Kelsang en a bien conscience. Aujourd'hui âgé de 65 ans, il dirige le bureau de gestion du Potala. Spécialisé dans la protection des vestiges culturels, il travaille ici depuis une vingtaine d'années. Assez, en tout cas, pour connaître au moins une anecdote liée à telle ou telle pièce du palais, ou pour relier telle ou telle fresque avec les périodes de l'histoire. C'est, selon lui, ce qui fait toute la richesse de ce lieu, une richesse absolument incommensurable, qu'il s'agit de garder dans un parfait état - travail qui incombe aux autorités scientifiques et politiques. Ainsi, depuis les années quatre-vingts, le gouvernement central chinois a déjà affecté 200 millions de yuans à la restauration du Palais de Potala. L'année passée, une deuxième vague de restaurations d'envergure a été lancée. En quoi consiste-t-elle ? Jampa Kelsang nous explique le sens de ces travaux. « Ce n'est pas l'intérieur que l'on restaure, mais plutôt les fondations et les toitures. L'accent de nos travaux est mis sur ces deux volets. Pourquoi ? C'est simple : le Potala est une construction très majestueuse, mais si les fondations ne sont pas solides, le palais ne pourra pas tenir, non ! Restaurer les toitures est un autre élément sur lequel nous pensons qu'il faut insister. Si jamais la pluie pénètre les pièces, elles abîmeront les fresques. Alors, il faut bien damer les toits... C'est primordial pour bien protéger l'ensemble. »

Il faut dire que le palais de Potala est presque victime de son succès, puisque les touristes se pressent pour le visiter. Au point qu'on a commencé à craindre qu'un nombre de visites excessif finisse par avoir des effets négatifs sur les constructions du lieu, a fortiori si tous les visiteurs se pressent en même temps. C'est pourquoi depuis mai 2003, le bureau de gestion du palais a planifié les entrées. Ainsi, depuis l'année dernière, le nombre de visite par jour est limité à 2.300. Les visites en groupe doivent également être bouclées en une heure. Il faut par ailleurs déposer à l'avance une demande de visites en groupe. Des mesures drastiques, certes, dans un pays comme la Chine où les visites touristiques en groupe font presque office de sport national. Mais c'est sans doute le prix à payer pour préserver les vestiges culturels du Tibet. Le gouvernement, à Beijing, a d'ailleurs placé la protection du palais en tête de liste des sites à préserver.

Protéger un site matériel est déjà une tâche ardue si l'on veut le faire dans les règles de l'art. Mais les choses deviennent autrement plus compliquées si l'on veut protéger des éléments du patrimoine « immatériel », comme on dit - c'est-à-dire les traditions orales, les langues menacées, les savoir-faire artisanaux, les arts vivants, etc. Un exemple avec l'épopée du Roi Gesar, une épopée typiquement tibétaine qui vient d'être ressuscitée. Le roi Gesar est un héros tibétain. Personnage à la fois historique, légendaire et spirituel, il incarne pour beaucoup de Tibétains, marqués ou non par le bouddhisme, la « voie sacrée du guerrier qui conduit vers la sagesse et la libération ». Réputé pour son courage et son honnêteté, son histoire se transmet de générations de Tibétains en générations de Tibétains depuis plus d'un millénaire. C'est sans doute l'une des épopées transmises oralement dont la longévité et la diffusion sont les plus impressionnantes au monde. On parle d'ailleurs d'« épopée vivante » pour souligner qu'elle est toujours chantée au sein de la population locale. Du coup, dans les années quatre-vingts, le gouvernement chinois a fondé un groupe d'experts et investi des fonds pour recenser et ordonner l'ensemble des documents relatifs à l'histoire du Roi Gesar. Et aujourd'hui, plusieurs universités et autres centres de recherche ont articulé des thématiques autour de l'histoire du Roi Gesar et sa portée, dans leur programme d'enseignement ou de recherches.

Illustration avec Tsering Phuntsog, chercheur à l'Académie des sciences sociales du Tibet. Avec d'autres universitaires, il a porté à bout de bras un projet pour le moins ambitieux : mettre au point une représentation reprenant toute l'épopée du Roi Gesar, chantée par un seul conteur. Tsering Phuntsog nous explique la portée d'un tel projet : « Jusqu'à présent, plus d'une centaine de « Roi Gesar » ont déjà été publiées, dans différentes versions. Différentes versions tirées des interprétations de divers artistes. Malheureusement, aucune des ces versions ne saurait nous livre une histoire intégrale de la vie du Roi Gesar. Alors, pour remédier à cette situation, on a demandé à un seul artiste de chanter toute l'épopée de Gesar. Et d'après l'enregistrement de son épopée, on pourra sortir une histoire intégrale du Roi Gesar. »

Le conteur qui sera chargé de cette lourde tache n'est pas n'importe qui : il s'agit d'un octogénaire tibétain qui, lorsqu'il avait 11 ans, apprenait déjà à chanter l'épopée du Roi Gesar. Aujourd'hui, un véritable engouement pour cette histoire anime le Tibet. Ainsi, chaque année est organisé le festival Shoton, au mois d'août. Quelques jours de festivités durant lesquels la population tibétaine est invitée à prendre part à une série de représentations, dans le seul but d'élargir la diffusion des arts traditionnels. Résultat, aujourd'hui, un nombre croissant d'artistes, jeunes ou moins jeunes, sont capables de chanter des extraits de l'épopée du Roi Gesar.

Ce que nous entendons maintenant, c'est l'extrait d'une pièce d'opéra tibétain, enregistré dans une salle en plaine air de Lhassa.

L'opéra tibétain, « zangxi » en chinois, ou « lhamo » en tibétain, est un art éminemment synthétique. Il alterne chant, danse et monologue, mais il est aussi teinté de musique instrumentale, d'arts martiaux ou de théâtre de masques et de costumes... Autant d'éléments qu'il s'agit de mettre au service de la narration... L'une des formes les plus élaborées du lhamo, c'est l'opéra de Juemulong, vieux de 300 ans. Juemulong est le nom d'une contrée qui se trouve à proximité de Lhasa. L'année dernière, la Chine a placé cet opéra spécifique de Juemulong sur sa liste nationale du patrimoine immatériel à sauvegarder.

Aujourd'hui encore, lors des grandes fêtes qui jalonnent le calendrier tibétain, des représentations d'opéra tibétain sont toujours données, comme dans les anciens temps où la population était invitée à se rassembler dans la cour du palais du Potala, justement, pour y suivre une pièce d'opéra. Et avec le développement du tourisme, les curiosités du lhamo attirent de plus en plus de curieux venus de l'extérieur.

Chung Da est une actrice tibétaine. Chaleureuse et spontanée, elle a développé une passion sincère pour le lhamo... Au point de fonder une troupe d'art dramatique spécialisée dans l'interprétation des pièces d'opéras tibétains ou de danses traditionnelles. Selon Chung Da, c'est devenu aujourd'hui une vraie tendance dans la capitale tibétaine : « Dans notre troupe, l'acteur le plus âgé est octogénaire, et le plus jeune n'a que 14 ans. On se produit en été et, l'hiver, on rentre à la maison. A l'occasion du Nouvel An tibétain, on donne une ou deux grandes représentations. Et chaque année, le 1er avril marque le lancement de la saison touristique, alors nous allons donner des spectacles à Lhassa. On gagne bien notre vie, c'est satisfaisant. »

La troupe fondée par Chung Da est composée d'une vingtaine d'acteurs - tous sont également agriculteurs dans les villages de la grande banlieue de Lhassa. Depuis l'arrivée du chemin de fer Qinghai-Tibet, une agence de tourisme a signé un contrat avec eux, pour qu'ils proposent des spectacles aux visiteurs descendus à Lhassa. Ce qui n'est sans doute pas négligeable pour arrondir les fins de mois.

Quoi qu'il en soit, ces trois exemples permettent de mesurer l'ampleur des investissements des autorités centrales et locales pour protéger le patrimoine culturel tibétain. Fonds, matériel, ressources humaines... Tout est bon pour conserver l'aspect le plus originel possible de la culture tibétaine et lui donner une nouvelle impulsion. C'est du moins l'avis de Deng Xiaogang, le vice-président de la Région autonome du Tibet : « Tout ce que nous avons fait vise à protéger et développer la culture tibétaine. Nous devons en faire connaître tous les charmes. En profitant de l'arrivée de la ligne ferroviaire Qinghai ? Tibet, nous avons adopté une série de mesures pour diffuser la culture tibétaine. »

L'arrivée du train à Lhassa est en effet perçue par beaucoup comme une voie d'accès vers le monde extérieur pour un Tibet relativement enclavé. Et, partant, comme un excellent moyen de propager la culture tibétaine. De quoi donner un véritable coup de fouet à la protection et à la transmission de la culture locale.

(Yannine)

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