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La littérature chinoise
2007-08-03 19:50:52 cri

Aperçu général

La bibliothèque chinoise est une inconnue pour vous? Profitez de votre passage à Beijing pour vous rendre chez un antiquaire de Liulichang ou chez un libraire qui se spécialise dans la vente des livres anciens. Vous n'apercevrez là ni volumes brochés ni reliures sombres et éclatantes. De minces fascicules, enveloppés par quatre ou par huit, dans une chemise bleue cartonnée et recouverte de toile, s'empilent en tas réguliers, ne montrant chacun qu'une tranche poussiéreuse où se lit parfois le titre de l'ouvrage. La sévérité de cet étalage vous rebutera peut-être et vous donnera le goût de vous enfuir, mais vous aurez probablement deviné l'effroi qu'ont tous ressenti à ce spectacle les sinologues débutants. Ces morceaux de papier sont à l'image de l'énorme littérature chinoise.

Amateurs de poésie? Vous buterez certainement sur le Corpus de la poésie des Tang (618-907) où s'accumulent 50 000 pièces de 2 300 auteurs. De même, l'historien, quel que soit son champ d'action, est tenu de s'aventurer dans le labyrinthe des " Collection " où se regroupent des textes de tous genres, et des " Encyclopédies " où a été versée et reversée, sous des rubriques diverses, la masse entière du savoir et des belles-lettres. Ces textes qui se sont amoncelés pendant 2 500 ans représentent tous les genres littéraires cultivés en Occident, à une exception près, l'épopée. On pourrait croire que le Chinois " n'a pas la tête épique ". La longueur et la saveur des récits des conteurs populaires nous inclinent à croire que l'épopée a pu exister en Chine, sans parvenir toutefois à se fixer par écrit. Mais pour comprendre ce point et bien d'autres, il faut tenir compte des conditions de la création littéraire en Chine.

Grandeur et faiblesses de la littérature chinoise

La littérature chinoise a partagé longtemps le destin d'une classe, celle des lettrés. De là ses hauts et ses bas. Le mot wen signifie littérature et aussi celui qui désigne le pouvoir civil, par opposition à la force militaire Wu.

En temps de paix, l'organisation de la cité appartenait aux lettrés. Dès l'Antiquité, les philosophes de diverses écoles, tout en se querellant, erraient de cour en cour, à la recherche d'un monarque éclairé, docile à leurs conseils. Le pouvoir des lettrés devait être considérable dès le IIIe siècle av. J.-C., puisque Shihuangdi des Qin (221-206 av. J.-C.) qui unifia l'empire par la force et voulait instaurer le règne de la loi, ordonna partout de brûler les livres. Les lettrés se relevèrent rapidement de ce désastre. La dynastie des Han (206-220 av. J.-C.), dont l'oeuvre inspira 2 000 ans d'histoire chinoise, vit à la fois la victoire des confucianistes sur les autres doctrines et leur accession à la direction des affaires. Pourtant le fondateur de la dynastie des Han, Liu Bang, était un homme du peuple, plein d'aversion pour les lettrés. Selon ses dires, il avait gagné l'empire à dos de cheval et se souciait peu de livres. " Vous l'avez gagné à dos de cheval, lui dit le savant Lu Jia, mais pourrez-vous le gouverner à dos de cheval? " L'empereur, confondu, consentit à écouter les conseils des héritiers de Confucius. Ce jour marqua le début de leur fortune. Le fameux système des examens consolida plus tard leur emprise sur le gouvernement et l'administration. Comme les candidats aux fonctions publiques étaient jugés sur leurs aptitudes littéraires et notamment poétiques, les lettrés étaient aussi des littérateurs. La domination de ces hommes de lettres sur la vie politique ne prit vraiment fin qu'au XXe siècle, avec l'empire lui-même.

La classe des lettrés devait d'abord son pouvoir à la maîtrise d'une technique, l'écriture. On connaît la difficulté de l'écriture chinoise et l'effort de mémoire qu'elle impose. On sait moins que jusqu'au XXe siècle, loin de se contenter de transcrire le langage parlé, elle était elle-même un langage. Ses règles, ses conventions n'étaient pas les mêmes que celles de la langue parlée. Si elle évoluait, c'était beaucoup plus lentement que celle-ci et selon ses propres voies. L'écrivain ne travaillait pas sur des mots mais sur des " caractères ". Cultivé jusqu'à la limite de ses possibilités par une classe dont il assurait la suprématie, l'art d'écrire a produit d'admirables chefs-d'oeuvre et aussi, il faut le reconnaître, quantité d'oeuvres techniquement parfaites mais dépourvues d'inspiration. Au service de cet art dont la splendeur illustrait sa réussite, la classe des lettrés avait mis très tôt les techniques les plus perfectionnées. Les artisans rivalisaient d'ingéniosité dans la fabrication, et les calligraphes dans l'utilisation, du papier, du pinceau et de l'encre. La Chine inventa l'imprimerie plusieurs siècles avant Gutenberg. Pour assurer la conservation des classiques, ou d'une manière générale de toutes sortes de textes, les graveurs sur pierre égalaient les artisans du livre, et leur art couvrait le pays d'une profusion de stèles. Les respect de la tradition, l'étude passionnée de l'Antiquité firent naître et croître la philologie, la lexicographie et la bibliographie. Profitant de tant de soins, la littérature s'est tout naturellement épanouie et l'héritage des anciens maîtres s'est transmis régulièrement et proposé en modèle de génération en génération.

L'influence des grands auteurs et du génie populaire

Toutefois, les lettrés avaient des points communs: l'orgueil de leur savoir et l'amour ou du moins le respect de l'art d'écrire. Ils sont accusés, depuis la révolution littéraire du XXe siècle, d'avoir méconnu et exclu de la littérature le théâtre et le roman en langue vulgaire, les deux seuls genres, d'origine populaire, où se soient vraiment illustrées les dernières dynasties impériales, les Yuan (1206-1368), les Ming (1368-1644) et les Qing (1644-1911). Si ces deux genres n'ont pris leur essor que tard en Chine, c'est la classe des lettrés qui en porte la responsabilité. Toutefois, ces lettrés n'ont pas manqué de découvrir dans la littérature orale des formes nouvelles, riches de promesses, mais qui sans eux auraient disparu sans laisser de traces. Que le peuple chinois soit doué du génie de la poésie, de la danse et du théâtre, nul n'en peut douter. Les pièces ou les films contemporains mettent souvent en scène des chanteurs populaires ou des choeurs alternés de garçons et de filles qui plaisantent, se taquinent ou se posent des devinettes, tout comme, aux origines mêmes de la civilisation chinoise, ces paysans dont les joutes poétiques se reflètent dans le Canon des poèmes Shi jing, la plus ancienne anthologie poétique et l'un des livres " classiques " les plus aimés. La littérature chinoise doit en réalité ses chefs-d'oeuvre à une sorte de collaboration, assez exceptionnelle, entre le peuple et l'élite cultivée. Les grands auteurs sont toujours restés proches du génie populaire. Leur perfection est un équilibre entre la tradition et le naturel.

Le rôle littéraire des philosophes

Plus encore que les noms de Platon ou de Descartes, l'histoire des littératures se doit de citer ceux des philosophes de l'antiquité chinoise. Pendant les derniers siècles de l'antiquité, avant l'avènement de l'empire, les écoles qui s'affrontent dans un bouillonnement de doctrines rivales ont grandement contribué à la formation de la langue et de la littérature. Confucius, tout comme Socrate, n'a laissé aucun ouvrage de sa main, sinon des compilations auxquelles on peut douter qu'il ait vraiment collaboré. Mais ses disciples ont brillamment défendu et illustré la doctrine du maître. Mencius, notamment, dans l'ouvrage qui porte son nom (Mengzi), a su donner à la prose chinoise une vivacité dans la discussion, une animation dans le dialogue, une souplesse dans l'exposé qui lui ont valu pendant des siècles l'admiration des lettrés. Hors de l'école confucéenne aussi se sont révélés de brillants polémistes. Si l'oeuvre de Mozi est verbeuse et pesante, celle de Han Feizi, le légaliste, est un modèle de netteté, celle des sophistes et des dialecticiens a attiré l'attention sur les problèmes du langage. Mais c'est parmi les taoïstes que se rencontrent les écrivains les plus séduisants. Le Livre de la Voie et de la Vertu (Dao de Jing) de Laozi fascine depuis longtemps les orientalistes : c'est sans doute le texte chinois le plus souvent traduit en Occident, encore que l'attrait qu'exercent son style hermétique, ses paradoxes, ses images fulgurantes ne soit pas toujours du meilleur aloi. Zhuang Zhou, l'auteur du Zhuangzi, est reconnu comme le plus grand écrivain de l'antiquité chinoise. Mieux encore qu'un polémiste mordant, c'est un poète visionnaire. Si les interprétations du Dao de Jing abondent, nul traducteur n'est encore honnêtement venu à bout du Zhuangzi.

C'est à l'aube de la littérature chinoise qu'apparaissent tous ces grands noms. Ils vont être pendant plus de 2000 ans les guides dont le génie inspirera maints imitateurs. Par exemple, le Canon confucéen n'a pas seulement assuré les bases de la société ; tout lettré, donc tout écrivain, en apprenait les livres par coeur dès son enfance. Rares ont été les poètes et plus encore les prosateurs à ne pas avoir utilisé, ne serait-ce que par allusion, ce patrimoine commun. C'est un recueil hétéroclite où figurent : un antique manuel de divination, le Yin Jing, dont Confucius faisait grand cas mais que l'érudition moderne désespère de percer à jour ; une série de trois rituels, dont l'un, le Zhouli, est un tableau systématique de l'administration du royaume idéal des Zhou ; les quatre premiers textes historiques chinois, soit le Canon des Documents (Shujing), trois fois répétées avec trois commentaires différents, dont le Zuo Zhuan ; un recueil d'Entretiens (Lunyu) de Confucius et de ses disciples, témoignage sans doute assez fidèle sur la pensée du maître ; l'ouvrage sur la piété filiale, le Xiaojing ; un lexique, le Er ya ; enfin, le Canon des Poèmes (Shijing), la première anthologie poétique de Chine, source où ont puisé les écrivains de tous les temps.

L'art d'écrire s'est exercé longtemps dans un monde clos. Il était plus facile de broder sur un thème ancien que d'appréhender le réel. Une description de la réalité eût paru plate ou incongrue. Elle n'était possible qu'à travers les catégories qui avaient servi de cadre à la vision des Anciens. C'est pourquoi tant d'auteurs ne parlent d'eux-mêmes, fût-ce des pensées ou des situations les plus originales, que par citations ou par allusions au faits et gestes des Anciens. On devine donc le poids de la tradition sur la littérature chinoise classique.

L'histoire

Par les liens étroits qui l'unissent d'une part à la philosophie et d'autre part à la littérature d'imagination, l'histoire occupe une position centrale dans la prose chinoise. C'est dans l'oeuvre des historiens que s'épanouit l'art du récit, cultivé par tous les prosateurs. Les plus anciens spécimens connus de l'écriture chinoise étant des textes divinatoires, gravés sur os ou sur écailles, on peut supposer que la classe des lettrés a commencé à se former dans l'entourage des devins. Mais elle a dû apprendre aussi très tôt des secrétaires, occupés dans les cours princières à la rédaction d'actes officiels ou à l'enregistrement de certains événements, traités, calamités naturelles, éclipses. D'anciennes compilations chronologiques, telles que les Annales des Printemps et Automnes, qui couvrent l'histoire du royaume de Lu de 722 à 481 av. J.-C., se bornent à recueillir sèchement de tels documents.. Plus fignolées sont les chroniques d'un autre ouvrage classique, le Canon des Documents, dont les chapitres authentiques témoignent d'un effort pour rationaliser les mythes, pour intégrer à l'histoire les figures légendaires des premiers souverains de la Chine. Dans un genre pseudo-historique qui tient à la fois de l'instruction philosophique et de la fiction, la prose antique a donné des chefs-d'oeuvre qui auront une longue influence. Ce sont des recueils d'anecdotes moralisantes, de conversations sur la politique, dont les thèmes et les héros peuvent être imaginaires. L'un de ces ouvrages, le Zuo Zhuan, est célèbre pour la précision de sa documentation et la vigueur de son style, et il fait partie de la série des classiques confucéens. Il se présente comme un simple commentaire des Annales des Printemps et Automnes mais en déborde. Quoiqu'il en soit, il manque au Zuo Zhuan, sous sa forme naturelle, une conception d'ensemble et une méthode pour mériter d'être considéré comme la première histoire de Chine. Ce titre revient à une oeuvre de l'époque des Han, les Mémoires historiques (Shi ji) de Sima Qian. L'auteur, l'un des plus grands de la Chine, fut historiographe à la cour de l'empereur Wu. La puissance et la prospérité de la Chine à cette époque, sa politique d'expansion, la splendeur de la cour, le développement des arts et des lettres ont donné un éclat exceptionnel au règne de ce souverain. Sima Qian, à l'aide des archives et des bibliothèques impériales, conçut et mena à bonne fin une histoire générale de la Chine depuis les origines jusqu'à son époque. Pour les âges les plus anciens, il suivit faute de mieux les chroniques ; il arrive que le merveilleux et la théorie politique dissimulent irrémédiablement la vérité historique. Mais plus il approche de son temps, plus sa documentation s'enrichit. Il verse dans son oeuvre des pièces d'archives ; il y cite des ouvrages de toute nature, parfois longs, en prose ou en vers, qui auraient disparu sans lui. Compilation de documents originaux scrupuleusement enregistrés, l'histoire de Sima Qian justifie des interprétations diverses et tendancieuses du passé. Elle reste en elle-même une source irremplaçable. Mais elle a d'autres mérites, d'abord son ordonnance. Elle se compose de cinq parties : 1. Des " annales impériales " où sont présentés les grands événements de chaque règne. 2. Des tables chronologiques et généalogiques. 3. Huit traités spécialisés portant sur des sujets fondamentaux, tels que l'histoire des rites, de la musique, de l'astronomie, des canaux, du commerce, etc. 4. Trente monographies consacrées surtout à l'histoire des grandes familles féodales. 5. Soixante-dix monographies consacrées surtout à des personnages importants et à leurs familles. Ces diverses séries de compositions ont un trait commun : ce sont des narrations linéaires qui suivent avec précision le déroulement systématique. Entre les annales, les traités et les monographies, les répétions sont nombreuses. C'est grâce à la superposition de multiples récits que les faits, éclairés sous plusieurs angles différents, apparaissent peu à peu au lecteur avec leur relief. Si l'auteur raconte plutôt qu'il n'interprète, il est évident toutefois que le choix des épisodes n'a pas été laissé au hasard. Non content de concéder leur juste place aux actes du pouvoir impérial et aux décisions de l'administration, l'auteur s'arrête longuement sur les intrigues de cour ou les péripéties des grandes carrières politiques. Toutefois, il ne s'intéresse guère aux conditions de vie de la masse des paysans ou des citadins. Par ailleurs, la vie des grands eux-mêmes n'apparaît que sous ses aspects exemplaires, en bien ou en mal. L'histoire est une leçon pour la postérité, une compilation d'anecdotes édifiantes qui illustrent les principes de la morale officielle. Cette fonction même de l'histoire justifie ses préoccupations littéraires. Sima Qian est l'égal des anciens chroniqueurs, ses modèles, pour la force et la densité du style, il les surpasse pour la vie et la couleur du récit.

Il y a peu d'écrivains dans l'histoire des littératures qui aient exercé une aussi longue influence que Sima Qian. Pendant près de vingt siècles, les historiens vont se régler sur son oeuvre, quoique incapables de l'égaler. L'Histoire des Han antérieurs de Ban Gu prend les Mémoires historiques pour modèle et leur emprunte textuellement de longs passages. C'est le premier d'une série d'ouvrages officiels, intitulés les Vingt-quatre Histoires, qui constituent une peinture ininterrompue de la Chine depuis les Han jusqu'à la fin des Ming. Chacun des livres de cette collection, extraordinaire pour sa continuité et son uniformité, a été préparé par les archivistes de la dynastie qu'il concerne et rédigé par les historiographes de la suivante. Les règles du genre, posées par Sima Qian, n'ont guère varié, même si le plan d'ensemble a été parfois retouché. Bref, l'historiographie chinoise et ses ramures indéfiniment multipliées s'épanouissent au-dessus d'une souche unique, les Mémoires de Sima Qian.

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