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La protection des vestiges culturels immatériels dans la ville de Zibo
2007-07-26 10:53:49 cri

Zibo, c'est une petite ville de la province du Shandong, en Chine de l'Est. Mais si Zibo est une ville relativement petite par la taille, elle ne l'est pas par son histoire, longue de plus de deux millénaires. Ni, naturellement, par le patrimoine culturel qui s'y est accumulé au fil des siècles, lequel se caractérise par une très grande diversité. Les arts traditionnels y perdurent avec une vivacité déconcertante? A l'instar, par exemple, du Wuyingxi, une forme d'opéra à 5 voix, des chansons populaires comme le Liaozhailiqu, mais aussi de la légende de Mengjiangnü la Pleureuse, ou même du Cuju, une sorte de football antique. Autant de pratiques culturelles héritées du passé qui sont aujourd'hui placées sous la protection de l'Etat, lequel se porte garant de la sauvegarde de ce patrimoine culturel immatériel. Comment se passe cette protection ? Quelles recettes a-t-on appliqué à Zibo ?... C'est ce que nous allons voir dans l'émission d'aujourd'hui, en nous penchant de plus près sur ces vestiges culturels que l'on vient d'évoquer, à commencer par le Wuyingxi.

Ce que l'on vient d'entendre, c'est un extrait d'une pièce de Wuyingxi, intitulée « La fée-renarde », ou plutôt « Yun Cui Xian » en chinois. Le Wuyingxi, c'est une forme d'opéra chinois très particulière, née il y a plus de trois siècles à Zibo même ? on l'identifie d'ailleurs avec cette ville. Pour les connaisseurs des arts de la scène chinoise, disons que le Wuyinxi est issu du Yangge et du Huanguxi, deux formes dramatiques caractéristiques de la province du Shandong, située au sud-est de Beijing. Il tire son nom, « Wuyingxi », du fait qu'il s'agit d'un opéra interprété à cinq voix - « wu » comme cinq, « ying » comme voix et « xi » comme opéra. Sa dramaturgie particulière, distribuée par cinq acteurs, le place un peu à part dans les arts de la scène chinoise. C'est sans doute ce qui a fait son succès par le passé. Mais au début du 20ème siècle, le Wuyingxi a connu un sort similaire à ceux des autres traditions locales d'opéra chinois : délaissé par le public et les élites, il a rencontré beaucoup de difficultés pour perdurer et se développer. C'est notamment face à ce constat que la troupe de Wuyinxi de Zibo s'est fixée l'objectif « de généraliser la diffusion de cette forme d'opéra dans les zones rurales et d'en assurer le développement dans les zones urbaines ». Voilà pour les déclarations de principe. Mais concrètement, comment ça se passe ?... C'est ce que nous avons demandé à Sun Qiang, le chef de la troupe :  « Nous tenons à donner des représentations chaque année, au moment du Nouvel an chinois. A cette époque, les agriculteurs sont en vacances... C'est une belle occasion pour nous de les faire s'asseoir et regarder un spectacle. Rien que pendant cette période de la Fête du printemps, une centaine de représentations a été donnée. Pourquoi un tel rythme ? Parce que nous voulons faire connaître les charmes de cet art à un maximum de ruraux. Mais nous n'oublions pas pour autant les publics plus jeunes, et plus urbains - nous devons aussi nous joindre à la vie citadine et au développement de la société moderne. Nous voulons offrir aux jeunes urbains une forme d'opéra qui corresponde aussi à leurs orientations esthétiques. C'est le seul moyen pour que cet art parvienne un jour à s'imposer dans les villes. »

En 2006, le Wuyinxi a été finalement placé sur la liste nationale chinoise du patrimoine culturel immatériel... Ce qui, mine de rien, a donné un coup de fouet à la protection de cette forme d'art. Et qui pave la voie à une renaissance progressive du Wuyingxi, comme le confirme Sun Qiang :  « En ce qui concerne la promotion du Wuyinxi, nous devons d'abord commencer par sensibiliser les enfants. Ce qui veut notamment dire que l'étude du Wuyinxi doit être intégrée dans les manuels scolaires. C'est seulement comme ça que notre art pourra être transmis de génération en génération. Nous envisageons aussi de nous produire dans des campus universitaires, et de prendre part à des festivals dans tout le pays...En décembre prochain, nous allons ainsi participer au Festival d'art dramatique de Chine, pour faire connaître le Wuyingxi à l'échelle nationale. »

Ce que nous entendons là, c'est l'extrait d'une pièce de chant populaire interprétée par Lü Piqi, un octogénaire qui habite le village de Pujiazhuang, pas très loin de Zibo. Cet air populaire est une forme de Liao Zhai Li Qu - le Liao Zhai Li Qu est un vieux type de chant créé il y a presque 4 siècles par Pu Songling, un grand homme de lettre de la dynastie des Qing. La plupart des Liao Zhai Li Qu décrivent en fait la vie quotidienne des petites gens, leurs activités, leur travail... C'est sans doute ce qui lui a toujours assuré un très bon accueil dans les couches populaires - avec, bien sûr, le fait que ces préoccupations thématiques vont avec une forme de chant très mélodieuse...

Sauf que, ces vingt dernières années, Zibo n'a pas échappé à la modernisation frénétique de la société chinoise, qui se tourne de plus en plus vers de nouvelles formes de loisirs. Du coup, les gens tendent à se désintéresser du Liao Zhai Li Qu, et de moins en moins de gens savent le chanter. C'est ce qui inquiète quelqu'un comme Pu Changchun, le chef du village natal de Pu Songling, le créateur du Liao Zhai Li Qu. On l'écoute :  «On est très préoccupé par la survie du Liao Zhai Li Qu. Car aujourd'hui, plus personne ne sait vraiment chanter ces airs, pas même moi. J'en ai entendu parler, bien sûr, mais je suis incapable de le chanter dans les règles. »

Alors justement, pour remédier à cette incapacité généralisée à interpréter les airs du Liao Zhai Li Qu, les autorités locales encouragent leur apprentissage par les villageois comme un loisir. C'est en tout cas la politique que Pu Changchun a mis en place dans son village :  « Nous demandons à chacun des villageois d'apprendre à chanter un ou plusieurs airs de Liao Zhai Li Qu. Puis nous organisons un grand concours de chants Liao Zhai Li Qu. C'est comme cela que nous pouvons nous re-familiariser peu à peu avec cet art. Et nous avons aussi pu fonder une troupe de Liao Zhai Li Qu. Tout ça nous permet de connaître davantage cet art. »

Dans le village de Pujiazhuang, le Liao Zhai Li Qu est en effet devenu une véritable institution, un élément incontournable de l'identité locale. Il est en même temps devenu un objet d'études parfois très poussées, qui en disent long sur l'évolution des pratiques culturelles et des mentalités dans ce petit bout de Chine. C'est notamment ce à quoi s'intéresse Pu Xinye, un villageois qui a entamé des recherches très poussées sur cette forme de chant : « Le Liao Zhai Li Qu se chante en patois, ce qui lui donne une forte identité locale. D'autant que les paroles reprennent la volonté du petit peuple d'ici. Dans les temps anciens, c'était en quelque sorte la ''pop music de l'époque'', si on en juge la popularité dont il jouissait. »

Les recherches de Pu Xingye l'ont conduit à identifier le Liao Zhai Li Qu à une forme d'art où alternent le dialogue, le monologue et le chant. Il peut être accompagné de divers instruments de musique traditionnelle chinoise, tels que le Xiao, une sorte de flûte, le Yangqing, qui rappelle le xylophone, ou encore le Huqin, un type de violon d'origine mongole. On peut aussi le chanter a cappella, à son gré. Mais la tendance actuelle, c'est de considérer le Li qu seulement comme un chant populaire, dans lequel on n'insère ni dialogue ni monologue. Pu Xinye, pour sa part, se dit volontiers soucieux de faire revivre le Liao Zhai Li Qu dans toutes ses dimensions.

Et ça ne s'arrête pas là. En vue d'élargir le rayonnement du Li Qu, les villageois ont mis au point un spectacle dans lequel ils mélangent arts traditionnels et mis en scène moderne. Ils présentent cette pièce aux quelques touristes qui viennent dans le village visiter l'ancienne résidence de Pu Songling. Du coup, la pratique du Liao Zhai Li Qu est aujourd'hui plus dynamique que jamais. Il a gagné une grande reconnaissance, et ce d'abord grâce à des amateurs de cet art ancien. « Amateurs » dans les deux sens du terme, comme l'explique le chef du village, Pu Changchun  : « Au début, seule une poignée d'anciens, dans le village, connaissaient les airs du Liao Zhai Li Qu. Or, aujourd'hui, presque tous les villageois - soient plusieurs milliers de personnes - sont capables de le chanter. Les plus aguerris peuvent même chanter une dizaine de morceaux différents... »

Une dizaine de morceaux qui assurent déjà une reconnaissance nationale au Liao Zhai Li Qu. Et permettent de garantir la postérité de l'?uvre de Pu Songling, dont les habitants de ce village de Pujiazhuang, et même de la ville de Zibo, sont en quelque sorte les descendants. Nous allons d'ailleurs maintenant changer de village...

Cette chanson est interprétée par des villageois de Zhengjiazhuang, à côté de Zibo. Elle relate la légende de Meng Jiangnü, la Pleureuse, une vieille histoire encore très vivace dans ce coin. Alors cette légende, que raconte-t-elle ?... Elle parle des noces de Meng Jiangnü et de son futur époux, Wan Xiliang... Ou plutôt de la nuit qui précède ce mariage : cette nuit-là, le futur mari est forcé de partir pour participer aux travaux de construction de la Grande Muraille. Esseulée, Meng Jiangnü part ensuite à la recherche de son mari, ce qui la mène jusqu'au pied de la Grande Muraille. Là, on lui annonce que son mari est mort, et enterré sous la Grande Muraille. Abattue par la douleur, Meng Jiangü se met à pleurer des flots ininterrompus de larmes. Au point que ses pleurs finissent par submerger la Grande Muraille, qui s'écroule et laisse apparaître les restes du mari défunt.

De cette vieille histoire populaire ont été tirées plusieurs dizaines de chansons qui déclinent toutes, selon diverses formes, la légende de Meng Jiangnü la Pleureuse. Il faut dire que ce genre de mythe est très ancré au sein de la population de Zibo. C'est ce que nous explique Han Naishun, le président de l'Association des musiciens de la ville :  « Ces chansons traditionnelles sont très populaires dans le coin. On les chante de génération en génération. De ce fait, la qualité des chansons s'améliore sans cesse, la musique s'adapte à l'oreille des contemporains et le récit de cette histoire est régulièrement rendu plus accessible. Ces chansons populaires sont teintées d'une forte couleur locale, de sorte que n'importe qui ne saurait réussir à reproduire les rythmes de langage ou les intrigues narratives. »

C'est ce qui fait toute la valeur de ce patrimoine... Et la municipalité de Zibo a compris l'intérêt qu'il y a à protéger ces vestiges immatériels, au même titre que les vestiges qu'on peut toucher... Ainsi, on investit autant dans la sauvegarde des ruines de la Grande Muraille qui se trouvent à l'intérieur de la cité de Zibo, que dans le recueil et la diffusion des légendes et des contes populaires qui y sont liés. Il faut dire que les deux aspects sont complémentaires : le mythe de Meng Jiangnü la Pleureuse en dit par exemple beaucoup sur les souffrances qu'ont subi tous ceux qui ont participé à la construction de ce gigantesque édifice humain qu'est la Grande Muraille. C'est d'ailleurs un principe qui suivent les autorités culturelles centrales, comme nous l'expliquait récemment le vice-ministre chinois de la culture, Zhou Heping. Pour lui, l'action de son ministère ne vaut rien si elle ne trouve pas de relais sur le terrain : « Les autorités locales déploient de gros efforts pour protéger les vestiges culturels. La plupart des provinces du pays ont établi leur propre liste d'éléments à protéger. Certains districts ont également agit de la sorte. Ce sont des mesures très importantes pour la protection du patrimoine culturel. Avec le processus d'urbanisation intense que nous connaissons, des vestiges culturels d'une grande valeur ont, dans certaines endroits, subi de graves dégradations. Ce qui a poussé les autorités compétentes à se pencher de plus près sur ces problèmes. Nous sommes convaincus que le progrès social permettra une prise de conscience plus profonde de la nécessité de mieux protéger le patrimoine culturel, et que ces problèmes pourront être résolus petit à petit. »

(Yannine)

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