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Xu Beihong et le « Rouleau des 87 Immortels»
2007-06-26 17:08:13 cri

Printemps 1937, Xu Beihong organise une exposition de ses peintures à Hongkong. Par l'intermédiaire de l'écrivain chinois Xu Dichan, Xu Beihong se rend chez Mme Martin, une Allemande, pour admirer des peintures et des calligraphies.

De son vivant, le père de Mme Martin qui avait vécu en Chine des dizaines d'années, a acheté de nombreuses peintures, calligraphies et objets d'art chinois. Aujourd'hui, Mme Martin a l'intention de les vendre. Et elle vient donc à Hongkong avec ses caisses de peintures et de calligraphies pour trouver des acheteurs.

Xu Beihong examine avec soin chacune des oeuvres. Et, dans la 3ème caisse, il trouve une peinture jaunie qu'il déroule. A sa vue, il tombe d'admiration et s'écrie : « Je veux ce tableau !»

C'est une oeuvre à l'encre de Chine. Le tableau n'est pas signé. Il date d'une époque très ancienne, comme le prouve l'état du papier. Il représente une légende du taoïsme. Les Dieux taoïstes sont dans l'ordre suivant : le Dieu de l'Origine primaire, le Dieu de Jade sacré et le Dieu de la Vertu. Le troisième personnage, celui qui tient une époussette à la main, est un maître taoïste appelé Tai Shang Lao Jun. C'est lui qui tente de conquérir le Roi des singes dans le roman « Pèlerinage vers l'Ouest ». En vertu des règlements du Taoïsme, des immortels doivent chaque année rendre hommage aux Trois dieux suprêmes. C'est la scène représentée par ce tableau. On y voit le souverain Donghua et celui de Nanji partir en pèlerinage accompagnés par des servants, la garde d'honneur, et un orchestre. Ils sont aussi suivis par des maîtres taoïstes, des immortels, des garçons d'or et des filles de jade ainsi que des généraux divins. On constate que les généraux sont chargés d'ouvrir et de fermer la marche. Au milieu, les souverains. Des hommes et femmes immortels tiennent des bannières, des parasols, des offrandes et des instruments de musique. On peut remarquer qu'au centre du cortège, les souverains et les immortels ont des allures dignes, et que les généraux divins sont imposants. Les fées apparaissent belles et douces. Le peintre illustre en fait un monde d'immortels très entraînant, où flottent les nuages et où souffle le vent. Il y mêle puissance et douceur, rigueur et liberté.

Sous le règne des Tang et des Song, le taoïsme est très populaire, y compris à la cour impériale. L'art taoïste est alors considéré comme un art d'Etat. Un grand nombre d'artistes réputés se consacrent à la peinture taoïste. Wu Daozi fait partie des plus brillants. Les oeuvres qu'ils a léguées sont de véritables trésors.

Mais avec le temps, le taoïsme tombe en désuétude et son art s'éteint. Aujourd'hui, il n'en reste qu'un dessin à la craie de Wu Zongyuan appelé « Les adorateurs taoïstes ». Mais, à l'évidence, l'?uvre de Xu Beihong est bien supérieure, tant sur le plan esthétique que technique. Pourrait-il s'agir d'une oeuvre de Wu Daozi, la figure de proue de la peinture taoïste ?

Ce peintre de la dynastie des Tang occupe une place très importante dans l'histoire de la peinture chinoise. On l'appelle « le Peintre saint des cent familles ». Il a appris la calligraphie auprès de grands maîtres comme Zhang Xue et He Zhizhang et la plupart de ses oeuvres abordent des thèmes religieux. Wu Daozi excelle dans la représentation des personnages. Il les rend vivants et élégants. Et on dit de ses oeuvres « Le vent de l'école Wu ». Il a réalisé quelque 300 peintures pour des temples de Chang'an et de Luoyang, toutes considérées comme des « Modèles Wu ». Mais aujourd'hui, il est très difficile de trouver un original de Wu Daozi. Le grand peintre des Song de l'ouest, Mi Fu, a avoué que de son vivant il n'a pu voir que quatre tableaux de Wu Daozi. Et c'était il y a 900 ans. Si l'?uvre de Xu Beihong était un original de Wu Daozi, il s'agirait alors d'un trésor inestimable !

Xu Beihong est subjugué par la beauté de l'oeuvre. Et ses pensées se bousculent. Il est persuadé qu'il s'agit d'une oeuvre rarissime. Il lui est impossible d'immédiatement identifier la date et l'auteur, mais ce qui est sûr, c'est qu'il a une immense valeur. Il n'hésite donc pas et décide de l'acheter sur le champ.

Et il dit à Mme Martin : « Madame, je n'ai pas besoin de voir le reste de vos oeuvres. Aucune autre ne pourrait plus me combler. Je vous prie de me vendre ce tableau». Ce faisant, il sort de sa poche un chèque d'une valeur inférieure à 10.000 taëls, promettant de verser le supplément le lendemain. Mais Mme Martin secoue la tête, et affirme que ce tableau vaut plus ça.

Xu Beihong lui propose alors un autre marché. En plus de l'argent, il est prêt à donner les sept meilleures toiles de son exposition.

Mme Martin n'est pas très au courant des prix du marché. Et elle demande à Xu Dichan à combien on peut estimer les sept tableaux de Xu Beihong. L'écrivain répond avec gentillesse que Beihong s'est donné beaucoup de peine pour exécuter ces tableaux, qu'ils vont entrer dans l'histoire de la peinture, et que pour le moment, ils peuvent se vendre très cher.

Mme Martin est convaincue.

Avant que quiconque change d'avis, Xu Beihong remet à Mme Martin ses sept tableaux. L'affaire est ainsi conclue.

Après avoir acheté cette oeuvre, Xu Beihong délaisse sa propre exposition à Hongkong et s'enferme chez lui. Pendant jours d'affilée, il déroule le tableau et l'observe attentivement. Il tente ainsi de déterminer l'âge et l'origine de l'oeuvre.

Elle mesure 292 cm de long, et 30 cm de large. Faite de traits clairs et vivants, cette ?uvre dépeint la scène d'un immense et majestueux cortège de 87 immortels en pèlerinage. On peut y voir trois dieux taoïstes, six généraux, dix maîtres taoïstes et 68 fées. L'auteur du tableau a animé ses personnages de manière surprenante. On y voit aussi un certain nombre de pavillons, des ponts, de l'eau et des nuages, ainsi que des instruments de musique. L'ensemble rayonne de beauté, comme un monde féerique. Et on entendrait presque une musique céleste en le regardant. L'artiste a réussi à mettre en relief sa vision d'un monde magnifique et majestueux. Tout y est très vivant.

Xu Beihong est fortement intéressé par la technique de l'encre de Chine, un style particulièrement dépouillé. Il a déjà vu énormément d'?uvres de ce genre, mais celle-ci touche à la perfection. Et c'est après l'avoir observée, encore et encore qu'il l'intitule le « Rouleau des 87 Immortels ».

Xu Beihong est littéralement obsédé par cette oeuvre. Elle lui rappelle le style et la technique de Wu Daozi, le grand peintre de la dynastie des Tang. Et plus il l'observe, plus il est touché. Et il conclut bientôt qu'il s'agit bien d'une oeuvre de valeur d'un grand peintre de la dynastie des Tang.

Cette encre le marque tellement qu'il la qualifie d'« événement le plus heureux de sa vie ». Il fait graver un sceau portant l'inscription « Vie de Beihong », qu'il appose solennellement sur le tableau.

Et pour encore mieux exprimer ses sentiments, il écrit un long et réfléchi éloge qui dit: « Il me semble entendre la plus belle musique dans les nuages, c'est la musique des immortels. Que mon c?ur et mon âme se réduisent en poussière et s'envolent vers le ciel. Je veux tout oublier et vivre à jamais dans un monde de beauté éternelle. C'est grâce à ces sentiments que je monte au ciel pour écouter une musique féerique. Ce n'est que dans ce monde qu'on peut voir une inépuisable beauté. Je suis un commun des mortels. C'est grâce au Ciel que j'ai pu obtenir ce trésor et le protéger. J'en suis très honoré et je prie pour que le « Rouleau des 87 Immortels » m'apporte paix et bonheur. Je serai alors heureux, sans plus aucun regret. »

De retour au pays, Xu Beihong se consacre entièrement à expertiser le tableau. Il fait appel à des spécialistes pour l'encadrer. Il l'étudie en détail lui même et le montre aussi à de grands maîtres des beaux-arts et à des experts pour recueillir leur opinion.

Parmi eux, Zhang Daqian et Xie Zhiliu, deux grands peintres et calligraphes. Ils ont étudié les fameuses ?uvres picturales des grottes de Dunhuang. Ce sont de grands connaisseurs de la peinture chinoise, notamment de la dynastie des Tang. Leurs avis sont incontournables pour apprécier la véritable valeur du « Rouleau des 87 Immortels ».

Après avoir longuement examiné le tableau, Zhang Daqian pose une question en souriant à Beihong: « D'après vous, ce rouleau date de quelle dynastie ? Et qui est son auteur ? »

Xu Beihong va alors chercher un tableau de Wu Zongyuan, un peintre de la dynastie des Song du Nord. Il s'appelle « Les adorateurs taoïstes ». Il le déploie à côté du « Rouleau des 87 Immortels ». En comparant les deux oeuvres, Xu Beihong émet une hypothèse originale et surprenante.

Il explique que sous le règne des Tang et des Song, le Taoïsme était très respecté et qu'il avait engendré un grand nombre de grands peintres. Parmi eux, Wu Daozi, le plus célèbre peintre de la dynastie des Tang, jouissant d'une très grande réputation dans l'histoire de la peinture chinoise. Sous la dynastie des Song du Nord, Wu Zongyuan a lui aussi été considéré comme un artiste de premier plan. Son oeuvre « Les adorateurs taoïstes» dépeint aussi 87 Immortels. Mais elle est visiblement de moins bonne facture que l'oeuvre acquise par Xu Beihong qui se distingue par sa grande cohérence et sa gestion de l'espace. Elle est à l'évidence mieux exécutée que celle de Wu Zongyuan. Alors, pourrait-il s'agir d'un croquis de Wu Daozi et « Les adorateurs taoïstes de Wu Zongyuan »ne serait-il qu'une copie ?

Zhang Daqian, grand spécialiste des fresques de Dunhuang fait alors sa propre analyse: il explique que sous le règne des Song, les peintres travaillant pour des temples et des monastères avaient l'habitude de conserver les esquisses et les croquis après avoir terminé leurs fresques. Ainsi, en cas de besoin, on pouvait retoucher ou restaurer les oeuvres. Mais bien que ces deux tableaux soient des croquis, le « Rouleau des 87 immortels » dégage une atmosphère différente, faite de majesté, de vitalité et de force. Quelque chose de simple, d'inflexible, d'élégant et de solennel. Par contre, l'?uvre de Wu Zongyuan manque de puissance. Et il est d'ailleurs possible qu'il s'agisse d'une oeuvre de jeunesse. Ou encore d'un croquis copié sur Wu Daozi. Dans ce cas, le « Rouleau des 87 immortels » doit être le croquis initial de Wu Daozi.

C'est au tour de Xie Zhiliu de donner son avis : il compare les deux ?uvres du point de vue technique. Selon lui, le rouleau a une technique caractéristique des fresques des dynasties Sui et Tang. Il affirme qu'il se rapproche même davantage du style des Tang que « Les adorateurs taoïstes». En regardant de plus près les barbes et les tempes des personnages, on peut confirmer l'utilisation d'une technique personnelle de Wu Daozi et de personne d'autre. Et Xie Zhiliu s'exclame: « Posséder un tel trésor constitue une joie immense dans une vie. Cela mérite louanges et admiration ! »

En 1938, Xu Beihong retourne à Hongkong pour confier le « Rouleau des 87 Immortels », désormais encadré et dédicacé, à la Maison d'édition ZhongHuaShuJu pour en faire des copies imprimées. Extrêmement prudent, il le place dans un coffre de la Banque de Hongkong. Mais malgré tout, il n'a pas confiance et reprend le tableau pour le conserver avec lui.

En 1940, à l'invitation du poète indien Tagore, Xu Beihong va en Inde pour une série de conférences. Le tableau est bien entendu avec lui. Après l'Inde, Xu Beihong part à Singapour pour exposer une partie de sa collection de chefs d'oeuvres de la calligraphie et de la peinture... dont le « Rouleau des 87 Immortels ».

En décembre 1941, la Guerre du Pacifique éclate. Des avions japonais attaquent Singapour. Xu Beihong s'y trouve. Et il a très peur pour la sécurité de ses ?uvres. Et en accord avec les organisateurs de l'exposition, on fait transférer en cachette des peintures, des livres, des cachets et des poteries ainsi qu'une quarantaine de peintures à l'huile. Le tout est placé dans des jarres ensuite enterrées dans un puits sec. Cela permettrait à Xu Beihong de pouvoir quitter Singapour sans trop de bagages. Mais, après mûres réflexions, il refuse de se séparer ainsi de sa collection. Et il décide de rester à Singapour.

Peu à peu, la situation s'aggrave. Et il doit se résoudre à laisser beaucoup de ses ?uvres à Singapour après plusieurs sélections. Et il rentre au pays par le dernier bateau, n'emportant avec lui que le « Rouleau des 87 Immortels ». L'?uvre est ainsi sauvée, mais malheureusement pas la quarantaine de peintures à l'huile perdues pour toujours. Mais pour Xu Beihong, son plus grand trésor est sauf et cela le rassure.

Mai 1942. Xu Beihong va dans le Yunnan. Il arrive à Kunming, où l'armée japonaise multiplies les bombardements. Ce voyage a pour but de collecter des fonds pour les familles des généraux et des soldats qui combattent contre les Japonais ou morts sur le champ de bataille. Il organise ainsi une exposition dans une salle de la rue de Wuchen, en l'honneur de l'armée chinoise. Dès l'ouverture, les sirènes antiaériennes retentissent. Mais malgré tout, le public se rue vers l'exposition. En une seule journée, les recettes de la vente des tickets atteignent les 100.000 yuans. Pour satisfaire les visiteurs, on décide donc de prolonger la durée de cette exposition. Xu Beihong fait don de toutes les recettes aux autorités de la province du Yunnan. Mais alors qu'il se réjouit de cette réussite, un coup fatal, puissant comme un ouragan, va s'abattre sur lui.

Le 10 mai 1942, Xu Beihong est train de ranger ses oeuvres dans son bureau, au 1er étage d'un bâtiment de l'université du Yunnan. Tout à coup, la sirène retentit. Xu Beihong se réfugie en toute hâte dans un abri antiaérien. Quand l'alarme est levée, il retourne dans son bureau et s'aperçoit tout de suite que la porte et son coffre ont été forcés. Le « Rouleau des 87 Immortels » et une trentaine d'autres peintures ont disparu. Xu Beihong est comme frappé par le tonnerre. Il pâlit et se sent très mal.

La disparition d'un grand classique de la peinture lors d'une exposition de charité est un événement qui bouleverse le gouvernement de la province du Yunnan. Des enquêteurs sont immédiatement envoyés sur place, et on fixe un délai pour élucider l'affaire. Mais on reste sans nouvelle du tableau. Xu Beihong est dévoré d'anxiété. Il tombe malade. Après plusieurs nuits blanches, il prend sa plume et écrit un poème pour exprimer sa colère. Il y dit sa honte et son remords de ne pas avoir pu protéger le « Rouleau des 87 Immortels », à l'image de Lin Xiangru, le ministre du royaume des Zhao qui protégeait Heshibi, un jade de grande valeur.

Deux années passent. Toujours pas de trace de son tableau préféré. Et alors qu'il va sombrer dans le désespoir, Xu Beihong entrevoit une lueur d'espoir.

C'était durant l'été 1944. Xu Beihong enseignait à l'université d'art de Chongqing. Une de ses anciennes élèves, Lu Yinghuan, lui a écrit de Chengdu pour lui dire qu'elle a vu chez un ami un tableau qui est exactement celui que Xu Beihong a perdu en 1942.

Xu Beihong est très ému...

Mais comment se fait-il que Lu Yinghuan ait ainsi pu identifier le « Rouleau des 87 Immortels » ? En fait, quelques années plus tôt, alors Xu Beihong était professeur d'art à l'Université centrale et il avait fait photographier le « Rouleau des 87 Immortels » pour le montrer à ses élèves et le leur faire copier. Ce qui avait profondément marqué l'étudiante Lu Yinghuan.

Et c'est deux ans plus tard, que Lu Yinghuan, son mari et un ami se rendent chez quelqu'un qu'ils ne connaissent pas avec d'autres invités. Et cette personne leur dévoile une ?uvre à l'encre de Chine représentant des personnages antiques. Après l'avoir attentivement observée, Lu Yinghuan sursaute. D'après ses souvenirs, il s'agit du « Rouleau des 87 Immortels » que Xu Beihong s'est fait voler à Kunming.

En lisant la lettre de l'étudiante, les Xu sont très émus. Ils brûlent d'impatience de partir pour Chengdu. Mais à tête reposée, Xu Beihong et son épouse s'interrogent : Et si le détenteur du tableau était lui même le voleur ? Que se passerait-il si, surpris par l'arrivée inattendue de Xu Beihong à Chengdu, il emportait le tableau ailleurs ? Et comment écarter le fait que le voleur prenne une décision radicale et détruise le rouleau ? Après de multiples consultations, le couple décide de rester à l'écart et il demande à un ami d'aller à Chengdu. Xu Beihong lui conseille de d'abord vérifier l'authenticité du tableau et d'ensuite tenter de se lier d'amitié avec son détenteur, pour, enfin essayer de racheter le tableau.

Peu de temps après son arrivée à Chengdu, l'ami de Xu Beihong confirme que le tableau est bien celui volé en 1942. Son actuel détendeur est disposé à le vendre à Xu Beihong, mais à un prix d'or. Il veut 200.000 pièces d'argent et plus de 20 tableaux de Xu Beihong. Xu Beihong accepte. Et malgré sa mauvaise santé, il travaille jour et nuit aux tableaux demandés. Quant son épouse, Liao Jingwen, elle l'aide en empruntant de l'argent auprès de leurs amis. Ils parviennent ainsi à réunir 200.000 pièces d'argent qui sont envoyées à Chengdu. Suivies, quelques jours plus tard, de la vingtaine de peintures de Xu Beihong. Et c'est ainsi que le « Rouleau des 87 Immortels » revient entre les mains de Xu Beihong.

Il constate que le cachet et les appréciations qu'il avait lui-même inscrits ont été enlevés. Mais il est rassuré car l'essentiel de l'oeuvre est intact. Et sous le coup de l'émotion, il improvise un poème :« Qu'il est difficile de revoir les Immortels, pourtant aujourd'hui, avec les amis, on les admire à volonté, la vie est un mélange d'amertume et de joie, un homme aussi ordinaire que moi est heureux de récupérer le tableau. »

En 1948, Xu Beihong fait à nouveau encadrer le « Rouleau des 87 Immortels ». Ses amis Zhang Daqian et Xie Zhiliu viennent le féliciter. Tout le monde est soulagé. Zhang Daqian écrit une longue appréciation sur le tableau. Il y évoque toute l'aventure de Xu Beihong et du « Rouleau des 87 immortels ». Et il confirme encore une fois qu'il s'agit bien de l'oeuvre originale des Tang.

Xie Zhiliu aussi écrit un long éloge. Il y relate la perte et la récupération du tableau pendant la guerre et salue la grande qualité du tableau. Il exprime son admiration pour tous les efforts déployés par Xu Beihong pour sauvegarder le « Rouleau des 87 Immortels ». Et Xie Zhiliu conclut en disant que posséder un tableau d'une telle valeur fait la fierté de son propriétaire.

Qi Baishi, le célèbre peintre chinois également grand ami de Xu Beihong, a dédicacé le « Rouleau des 87 Immortels ». Et c'est ainsi que ce chef d'oeuvre de la dynastie des Tang, ni signé, ni dédicacé, sans titre, et jadis emporté à l'étranger revient dans le palais des trésors classés.

A ce jour, le « Rouleau des 87 Immortels » fait partie des trésors artistiques majeurs de la Chine antique. Il représente le niveau le plus abouti de la technique chinoise du « dessin aux traits » sous la dynastie des Tang. Cette ?uvre de 2,92 m sur 30 cm exécutée sur soie, illustre un thème taoïste. Grâce à la pureté de ses traits, il représente de manière très spectaculaire le pèlerinage des 87 immortels. La forme et l'esprit sont remarquables. Le dessin est aussi puissant que libre. Très rythmé, il glisse et coule comme des nuages et de l'eau. On y voit les Immortels avancent au bord des nuages de bon augure et du vent impérial, sous une musique féerique. Quiconque l'admire en ressent l'effet au plus profond du coeur.

En 1953, alors qu'il est recteur de l'Institut central des Beaux-arts de Chine, et président de l'Association des artistes des Beaux-arts de Chine, Xu Beihong décède suite à une hémorragie cérébrale, et malgré les soins urgents.

Le jour de son décès, son épouse Liao Jingwen publie ses dernières volontés. Xu Beihong fait don de toutes ses collections à l'Etat : elles comprennent environ un millier de ses ?uvres, un millier de peintures et calligraphies de grandes figures historiques, et une dizaine de milliers de documents, dont le « Rouleau des 87 Immortels ». Ce rouleau pour lequel il avait donné tout ce qu'il possédait, à deux reprises. Le trésor est aujourd'hui classé. C'est un grand soulagement.

Peu de temps après le décès du peintre, son ancienne résidence est transformée en un musée. Son épouse Liao Jinwen en est la première directrice. C'est là que Le « Rouleau des 87 Immortels » et toutes les autres collections de Xu Beihong sont conservés.

Et pour mieux conserver ce chef d'oeuvre millénaire et permettre à davantage de gens de l'apprécier, des professionnels ont reproduit le « Rouleau des 87 Immortels » au terme d'une centaine d'essais et des années d'efforts. Cette copie est réalisée sur soie, et mesure 1268 cm sur 34 cm. Jusqu'au moindre détail, l'aspect original du tableau est fidèlement reproduit.

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