Gordon Brown annonce le retrait de 1.000 soldats britanniques d'Irak sans infléchir la politique de Londres
2007-10-03 18:07:37 cri

Gordon Brown a effectué le 2 octobre une visite surprise en Irak. L'occasion, pour le Premier ministre britannique, d'annoncer le retrait par Londres d'un millier de soldats du sud de l'Irak avant Noël. C'est ce qu'il a assuré à l'issue de sa rencontre avec son homologue irakien Nuri al-Maliki. Mais beaucoup de commentateurs ne s'y trompent pas : ils voient dans ce nouveau plan de retrait plus une man?uvre politique qu'une véritable inflexion de la politique irakienne poursuivie par le gouvernement britannique.

Quoi qu'il en soit, il s'agit mine de rien de la première visite de Gordon Brown en Irak depuis son accession officielle au 10, Downing Street. Le Premier ministre britannique a également ajouté que les militaires britanniques qui ont transféré aux forces de sécurité irakiennes, il y a un mois, le contrôle de Bassorah, la deuxième ville du pays, s'apprêtent à leur remettre le reste de la province d'Al-Basra d'ici deux mois.

« Je crois que dans les deux prochains mois, a-t-il assuré, nous pouvons passer à un contrôle irakien de la province [de Bassorah], de sorte que les Irakiens prennent la responsabilité de leur propre sécurité. » Gordon Brown n'a toutefois pas précisé le calendrier de ce retrait, mais on peut se faire une idée : le contingent britannique dans le secteur de Bassorah, fort de 5.500 hommes, est déjà en passe d'être réduit de 250 soldats ; et avec le retrait annoncé, il devrait être ramené à 4.500 hommes avant la fin de l'année. Le Premier ministre irakien lui a emboîté le pas en confirmant que les troupes irakiennes devraient reprendre le contrôle total de Bassorah et de la province d'Al-Basra d'ici deux mois.

Mais beaucoup ne voient dans ce nouveau plan de retrait de Gordon Brown rien d'autre qu'un effet d'annonce, sinon un contre-feu. En passe de succéder à Tony Blair, Gordon Brown s'était déjà rendu en Irak en juin dernier en tant que numéro 2 du gouvernement britannique. On allait voir ce qu'on allait voir, et on attendait un important amendement de la politique irakienne. Après son accession au poste de Premier ministre, il a ensuite promis de rapatrier les militaires britanniques stationnés à Bassorah depuis le début de l'offensive en Irak de 2003. Or, si les effectifs de soldats britanniques dans cette ville ont aujourd'hui été réduits à 5.500, c'est d'abord le fait de Tony Blair, qui avait pris cette décision avant de laisser le pouvoir à Gordon Brown lequel, pour sa part, s'est contenté de transférer ces force dans la banlieue de Bassorah. Et que dire de ce plan de réduction, qui s'avère inférieur aux prévisions, situées autour de 2.000 éléments?

Il n'en fallait pas plus pour faire dire à certains analystes que ce refus d'annoncer un calendrier précis du retrait des troupes correspond en réalité bien plus à une attitude politique qu'à un véritable infléchissement de la politique de Londres en Irak.

Tout d'abord parce que, même s'ils diffèrent par leur style, Gordon Brown est relativement proche de Tony Blair - en tout cas en ce qui concerne les grandes affaires nationales et internationales en général, et la politique irakienne en particulier. Dès le début des débats relatifs à une offensive en Irak, Gordon Brown se disait partisan d'un engagement britannique. Durant les années suivantes, il a fait voté les budgets concernant la présence des forces de Sa Majesté en Irak en tant que ministre des Finances. Reste que cet engagement est impopulaire dans une certaine frange de la population britannique. Du coup, la démission de Tony Blair lui aura au moins fait comprendre la nécessité d'agir sur le front irakien pour ménager l'opinion publique. Agir, ou à tout le moins montrer qu'on agit? D'où cette suspicion d'effet d'annonce qui entoure le plan de retrait qui vient d'être annoncé, lequel s'apparente concrètement à rien d'autre qu'un ajustement sur les marges.

Il faut dire aussi que le parti conservateur, dans l'opposition, a adopté une position similaire à celle des travaillistes concernant la question de l'envoi de troupes en Irak. Les « tories » ne se gênent évidemment pas pour critiquer la façon dont le « Labour » s'est empêtré en Irak. Mais ces mêmes travaillistes essuieraient des critiques autrement plus violentes si Gordon Brown revoyait la politique de Londres en rapatriant tous les soldats britanniques d'Irak. C'est sans doute, aussi, l'une des raisons pour lesquelles le Premier ministre britannique ne veut pas trancher dans le vif sur le problème irakien.

Autre subtilité, le choix de la date de cette visite et de cette annonce, qu'on pourrait volontiers interpréter à travers le prisme de l'éventualité d'élections générales anticipées. Ces derniers mois, le Royaume-Uni a en effet été touché par des inondations, la fièvre aphteuse ainsi que les répercussions de la crise de l'immobilier américain. Des défis que le gouvernement a su surmonter non sans une certaine habileté, ce qui lui assure un regain de popularité. Gordon Brown pourrait donc très bien essayer de surfer sur cette vague en annonçant la tenue d'élections anticipées que les travaillistes pourraient ainsi emporter pour un quatrième mandat. L'annonce de ce retrait peut donc être vu comme une man?uvre visant à atténuer l'engagement du cabinet Blair dans la guerre en Irak et grappiller quelques points dans les prochaines élections au bénéfice de Gordon Brown.

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