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Liban: le ministre anti-syrien Pierre Gemayel assassiné près de Beyrouth
2006-11-22 17:53:50 cri

Le député et ministre de l'Industrie, Pierre Gemayel, issu d'une des grandes familles maronites qui ont façonné l'histoire contemporaine du Liban, a été assassiné mardi près de Beyrouth dans le dernier attentat d'une série visant des personnalités anti-syriennes.

Le chef de la majorité parlementaire anti-syrienne, Saad Hariri, a immédiatement accusé le régime de Damas de vouloir "tuer tout homme libre" au Liban tandis que la Syrie condamnait l'attentat.

"M. Gemayel a été grièvement blessé dans l'attentat. Evacué vers un hôpital, il a succombé à ses blessures", a affirmé à l'AFP une source sécuritaire.

Selon l'agence officielle ANI, des inconnus ont ouvert le feu sur le convoi du ministre à Jdeideh, au nord de Beyrouth. Le garde du corps du ministre, Samir Chartouni, a également été tué.

Agé de 34 ans, marié et père de deux fils, le ministre issu d'une grande famille maronite a été abattu à bout portant alors qu'il était au volant de sa voiture sur la route de Jdeideh, a indiqué un témoin.

Trois hommes ont d'abord immobilisé sa voiture avant de faire feu, l'atteignant à la tête, a-t-il ajouté.

Quelques heures après cet assassinat, le bureau d'un autre membre antisyrien du gouvernement, le ministre d'Etat aux Affaires du Parlement, Michel Pharaon, a été la cible de coups de feu à Beyrouth.

L'armée libanaise s'est déployée en force dans la capitale, alors que les proches de la victime se ruaient à l'hôpital, en criant leur colère. La population a été prise d'un mouvement de panique, et les rues de la capitale ont connu des embouteillages monstres.

Les télévisions locales ont interrompu leurs programmes et diffusé de la musique classique, dès la confirmation de la mort du ministre.

Pierre Gemayel est le fils de l'ancien président Amine Gemayel et neveu du président élu assassiné en 1982, Bachir Gemayel. Il fait partie de la majorité parlementaire anti-syrienne

Amine Gemayel et le chef druze Walid Joumblatt ont appelé la population au calme alors que la tension était très vive dans la capitale, quadrillée par l'armée, et où des groupes de sympathisants brûlaient des pneus et s'en prenaient aux symboles de l'opposition.

"Je vous demande de rester calmes (...), nous ne devons pas faire le jeu des comploteurs, nous ne demanderons pas la vengeance", a dit le père de la victime.

Le chef de cette majorité, Saad Hariri, a accusé la Syrie de cet assassinat. "Nous sommes convaincus que la main de la Syrie est partout", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision américaine CNN.

La Syrie, de son côté, a condamné l'attentat.

"Le cycle (des assassinats) a repris", a-t-il dit, en référence aux 14 attentats qui ont visé en grande majorité des personnalités anti-syriennes, depuis octobre 2004 et à la tentative d'assassinat du ministre démissionnaire druze antisyrien, Marwan Hamadé.

La majorité parlementaire avait mis en garde contre des tentatives d'assassinat visant les personnalités anti-syriennes

Cet assassinat intervient alors que le Liban est plongé dans une grave crise politique, exacerbée par la démission de six ministres pro-syriens, dont cinq chiites du Hezbollah et d'Amal, deux partis soutenus par Damas, qui réclament un gouvernement d'union nationale.

Officiellement, ces démissions ont été provoquées par l'échec des consultations sur la formation d'un gouvernement d'union au sein duquel l'opposition exige d'élargir son assise à travers une "minorité de blocage".

Mais la majorité considère qu'elles ont été suscitées par l'approche de la date de la mise sur pied du tribunal international pour le Liban.

Le meurtre survient aussi alors que le Conseil de sécurité de l'ONU s'apprête à examiner le projet de création du tribunal international qui doit juger les assassins de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, tué en février 2005.

Une commission d'enquête de l'ONU avait mis en cause, dans des rapports d'étape, des responsables syriens et libanais dans l'assassinat de Hariri. La Syrie a nié toute implication.

Les grandes capitales occidentales, l'Union européenne et la Russie ont condamné avec fermeté cet attentat, également dénoncé par la Syrie qui a parlé de "crime qui vise à déstabiliser le Liban et perturber la paix civile dans ce pays".

Les Etats-Unis ont ainsi qualifié l'attentat d'"acte de terrorisme", et la présidence finlandaise de l'UE l'a condamné dans les "termes les plus forts".

Le président français Jacques Chirac a dénoncé "l'odieux attentat", alors que Londres s'est dit "consterné" et que Moscou a dénoncé "la reprise des assassinats politiques" au Liban.

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