La Commission européenne a proposé le 23 février l'instauration progressive de mesures antidumping dès le 7 avril prochain sur les importations de chaussures chinoises et vietnamiennes en cuir qui sont, selon elle, vendues à des prix cassées en Europe. Cependant, cette proposition a été imméditement contestée par des importateurs et consommateurs européens.
"L'enquête de la Commission a permis de trouver des preuves avérées d'intervention publique et de dumping en Chine et au Vietnam", a affirmé le commissaire européen au Commerce Peter Mandelson lors d'une conférence de presse. "Ce dumping cause de graves dommages à l'industrie européenne", notamment dans les pays du sud de l'Europe, comme l'Italie, où subsiste encore une forte production de chaussures. Il a donc proposé d'imposer aux chaussures en cuir fabriquées dans ces deux pays des taxes équivalentes à 19,4% du prix à l'importation pour les chaussures chinoises et de 16,8% pour les chaussures vietnamiennes.
Mais le commissaire propose deux exceptions de taille : les chaussures de sport et les chaussures pour enfants ne devraient pas être touchées, une exception qu'il a justifiée par sa volonté d'agir "dans l'intérêt des familles avec des jeunes enfants".
Les taxes proposées sont également tempérées par la proposition de M. Mandelson de les voir augmenter progressivement. Il suggère en effet qu'elles ne démarrent qu'à 4% seulement à partir du 7 avril pour s'appliquer à taux plein en octobre, date à laquelle elles pourraient être renouvelées pour cinq ans. Au final, ces mesures, qui seront débattues lors d'une réunion des 25 sur anti-dumping le 9 mars, ne devraient avoir qu'un impact marginal.
Ces mesures sont destinées à protéger le secteur de la chaussure en Europe, selon le commissaire européen au commerce. Toutefois, cette proposition a immédiatement été remise en question par des organisations représentant les détaillants, importateurs et consommateurs.
L'association européenne des importateurs et les chaînes de détaillants du secteur de la chaussure ont estimé que les importations en provenance d'Extrême-Orient ne constituent pas une vraie menace pour le secteur européen de la chaussure. Il ne reste que peu d'entreprises fabriquant entièrement les chaussures en Europe. Il s'agit principalement d'entreprises familiales de taille moyenne, qui se sont spécialisées soit dans la production d'articles de haute qualité, soit sur des créneaux spécifiques. Ni la Chine ni le Vietnam ne fabriquent de tels articles. De plus, étant donné la capacité de production actuelle, les fabriquants qui restent encore en Europe ne seraient plus à même de répondre aux besoins du marché. La majorité des clients est très sensible au prix. Les détaillants craignent qu'il en résulte nécessairement une perte d'emplois.
Les 25 membres de l'UE ne sont pas tous d'accord pour voir apparaître de nouvelles mesures anti-dumping sur les chaussures chinoises et vietnamiennes. Les pays traditionnellement producteurs de chaussures comme l'Italie et l'Espagne les ont fermement soutenus tandis que la Grande-Bretagne, les Pays-bas, l'Allemagne et le Danemark s'y sont opposés. Le gouvernement danois a même ouvertement indiqué que si l'UE impose des taxes supplémentaires sur l'importation de chaussures chinoises, la perte pour le consommateur serait 10 fois supérieure aux profits des fabriquants européens de chaussures. Les presses anglaise et allemande ont estimé que la prise de mesures anti-dumping n'apportera rien de positif dans la résolution du différend commercial entre la Chine et l'Europe. La Commission européenne payera cher si ces contentieux sont soumis à l'arbitrage de l'Organisation mondiale du Commerce, a averti la presse.
M. Mandelson a néanmoins été mesuré dans ses déclarations afin d'éviter de jeter de l'huile sur le feu quant au conflit de l'an dernier sur l'explosion des importations européennes de textiles chinois.
"Je suis déterminé à développer le commerce bilatéral et les investissements entre la Chine et l'Europe ainsi qu'avec d'autres pays asiatiques, y compris le Vietnam, a-t-il déclaré.
Il a souligné enfin que malgré l'existence d'une série de procédures anti-dumping contre des produits chinois, celles-ci ne portent au total que sur moins de 2% du commerce sino-européen "en pleine expansion".
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