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La conférence afro-asiatique s' est tenue du 18 au 24 avril 1955 à Bandung, ville située en Indonésie. C'était la première assemblée internationale organisée sur l'initiative des pays d'Asie et d'Afrique pour discuter de leurs propres problèmes. Elle symbolise non seulement l'éveil de l'Asie et de l'Afrique mais encore l'apparition des pays de ces deux continents sur la scène internationale en tant que force politique importante. Cette dernière a joué un rôle essentiel dans les affaires mondiales.
Origines de la conférence
Après la deuxième guerre mondiale, la force impérialiste s'affaiblit grandement. Le mouvement de libération nationale lancé par les nationalités opprimées du monde contre les pays impérialistes et colonialistes commence à se développer. La situation politique en Asie et en Afrique connaît de grands changements. L'Asie est la première à briser le joug du système colonial : l'Inde, le Pakistan et l'Indonésie ainsi que d'autres pays d'Asie du sud et du sud-est sont proclamés indépendants. Sous la direction du Parti prolétarien et avec la lutte armée, les peuples coréen et vietnamien deviennent des républiques populaires et démocratiques. La République populaire de Chine est créée en 1949. Plus tard, les peuples chinois et coréen infligent une défaite à l'impérialisme américain lors de la guerre de la République populaire démocratique de Corée. Et les peuples de trois pays d'Indochine remportent la victoire contre la France. Le redressement de l'Asie encourage également les mouvements indépendantistes en Afrique. L'Algérie, le Maroc et la Tunisie effectuent une lutte armée contre l'impérialisme. Tout comme les peuples africains du sud du Sahara. « L'Afrique endormie » s'éveille et prend conscience. A la veille de la tenue de la Conférence de Bandung, 30 pays d'Asie et d'Afrique acquièrent leur indépendance nationale. Les pays impérialistes et colonialistes ne s'avouent pourtant pas vaincus. Et notamment les Etats-Unis, poussés par l'hégémonie revendiquée par la bourgeoisie d'après-guerre, voient le changement de la situation afro-asiatique comme une menace sur leur stratégie globale. C'est pourquoi, à la fin de la guerre coréenne, les Etats-Unis continuent de recourir à une politique de force, créent une nouvelle situation tendue en Extrême-Orient comme en Asie du sud-est et s'immiscent ouvertement dans les affaires intérieures de l'Indochine. Cette dernière décision est prônée par le président américain Eisenhower, pour lutter contre le communisme. Le secrétaire d'Etat américain John Foster Dulles estime que la perte de l'Indochine pourrait aboutir à un échec complet du camp américain en Extrême-Orient. Sous l'impulsion des Etats-Unis, le pacte de défense de l'Asie du sud-est est signé à Manille mettant en place l'Organisation du Traité de défense collective de l'Asie du sud-est (OTASE) le 8 septembre 1954. La conclusion de l'accord de Genève porte d'autant plus atteinte à la paix provisoire dans les régions d'Asie du sud-est. Les Etats-Unis utilisent alors l'OTASE pour introduire officiellement la guerre foide dans les régions d'Asie du Sud-Est. Pendant cette période, ils profitent non seulement de leur force militaire pour empêcher la mise en place de la Chine nouvelle mais ils signent aussi avec les autorités taiwanaises, un traité de défense commune. Les Américains lancent ostensiblement une provocation de guerre dans la région taiwanaise de la Chine. Un an plus tard, le Pacte de Bagdad visant à réprimer le mouvement de libération nationale de divers pays du Moyen-Orient est fondé avec l'assistance américaine. Dans le contexte de la « guerre froide », les Etats-Unis tentent de créer une chaîne d'organisations régionales de défense au Moyen-Orient calquée sur le modèle de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), afin d'encercler les pays socialistes.
De plus, les Etats-Unis lancent activement le « projet en quatre points » et s'infiltrent vers les pays d'Asie et d'Afrique. Ces actions représentent une sérieuse menace à l'indépendance et à la sécurité des jeunes pays asiatiques. Dans ce contexte, ces derniers voient donc la nécessité de s'entraider et de s'unir dans la lutte contre l'agression impérialiste. A partir des intérêts réels de leurs propres Etats, les dirigeants d'un certain nombre de pays estiment qu'il leur est préférable d'éviter de s'enliser dans le tourbillon de la guerre froide. Ils décident alors d'adopter une politique étrangère basée sur la paix et la neutralité.
Selon le Premier ministre indien Jawaharlal Nehru, « il ne faut pas mettre tous ses oeufs dans le même panier ». Justement à la lumière de cette idée directrice, les pays asiatiques se serrent les coudes. Certains d'entre eux commencent à établir et développer des relations diplomatiques avec la Chine. Le 29 avril 1954, la Chine et l'Inde signent l'Accord du commerce et des communications entre le Tibet chinois et l'Inde. La partie indienne accepte les normes sur les relations des deux pays sur la base des cinq principes de la coexistence pacifique : respect mutuel de la souveraineté et de l'intégrité territoriale, non-agression mutuelle, non-ingérence dans les affaires intérieures, égalité et intérêts communs, et coexistence pacifique. L'Inde et la Chine confirment officiellement ces cinq principes en préface de cet accord. En juin, le Premier ministre chinois Zhou Enlai se rend en Inde et en Birmanie. Les cinq principes de la coexistence pacifique sont de nouveau confirmés dans « la Déclaration commune », par les deux Premiers ministres chinois et indien et les deux Premiers ministres chinois et birman. Ces principes reflètent les relations entre des pays au système social différent. Ils traduisent également le désir commun des pays d'Asie et d'Afrique de lutter contre l'intervention impérialiste, de défendre l'indépendance nationale et la souveraineté. Et surtout, leur désir de participer en toute équité aux affaires internationales. En août 1953, le Premier ministre indonésien émet l'idée de convoquer une conférence afro-asiatique. En avril 1954, les Premiers ministres de cinq pays d'Asie du Sud ont tenu à Colombo, la capitale du Sri Lanka, une réunion pour discuter des problèmes internationaux d'intérêts communs. En septembre, le Premier ministre indonésien se rend successivement en Inde et en Birmanie pour continuer à faire avancer son projet. Les Premiers Ministres s'accordent alors sur la nécessité d'organiser une conférence afro-asiatique dans les plus brefs délais.
Lors des préparatifs, malgré l'absence de la Chine, le Premier ministre chinois Zhou Enlai affirme son soutien à la conférence lors de son séjour en juin 1954 en Inde et en Birmanie. Il est suivi par le Président chinois Mao Zedong en décembre. La Chine et l'Indonésie proposent alors de s'entretenir du problème de la conférence par voie diplomatique et de prendre les cinq principes comme idées directrices de la rencontre afro-asiatique. A la fin de décembre 1954, les Premiers ministres de cinq pays d'Asie tiennent en Indonésie une réunion visant à renforcer la coopération entre les pays d'Asie et d'Afrique, d'explorer leurs intérêts communs, d'établir et de resserrer leurs relations d'amitié et de bon voisinage. Mais également de discuter de leurs problèmes social, économique et culturel, comme la défense de la souveraineté nationale et la lutte contre le racisme et le colonialisme, du statut des pays d'Asie et d'Afrique sur la scène mondiale et des moyens de promouvoir la paix et la coopération dans le monde. La réunion décide de tenir une conférence afro-asiatique à l'initiative conjointe de cinq pays participants, d'inviter 25 pays et régions d'Asie et d'Afrique y compris la Chine, en avril 1955 à Bandung, en Indonésie. Cette décision est saluée par les pays des deux continents participants et la communauté internationale. Selon le Premier ministre Jawaharlal Nehru, cette conférence afro-asiatique démontre qu'après deux siècles de domination et d'exploitation des pays occidentaux, l'Asie et l'Afrique commencent enfin à s'éveiller. A l'exception du gouvernement fédéral de l'Afrique du sud dirigé par d'anciens colonialistes qui n'a pu participer à la conférence afro-asiatique, 24 autres pays et régions d'Asie et d'Afrique ont accepté l'invitation. Mais, l'attitude impérialiste est très claire, en particulier pour empêcher l'ouverture de la conférence afro-asiatique : les Etats-Unis décident de s'en prendre à la Chine nouvelle et menacent de l'isoler. Sous prétexte de prévenir et de défendre Taïwan et les îles Penghu des attaques armées, le Congrès américain autorise ses troupes à intervenir en Chine. En février 1955, les Etats-Unis achèvent les procédures du Traité des Etats-Unis avec Jiang Jieshi, le Président du Guomindang. En mars, le président américain et son secrétaire d'Etat menacent la Chine à plusieurs reprises de guerre et procèdent ostensiblement à un échange d'armes nucléaires. A l'époque, ils propagent des rumeurs affirmant que « la Chine souhaite s'emparer du pouvoir dirigeant du monde afro-asiatique » et « qu'elle représente une menace sérieuse et urgente en Extrême-Orient » dans le but de semer le doute et la discorde entre la Chine et les pays du monde afro-asiatique.
De plus, les Etats-Unis tentent de s'attirer les faveurs des pays participants à la conférence en leur promettant des aides en matière politique et économique. En contrepartie, les Américains leur demandent de lutter contre l'influence communiste au cours de la conférence et de se rallier à la cause des Etats-Unis et de son armée. En février 1955, l'OTASE organise une conférence à Bangkok. Le secrétaire d'Etat John Foster Dulles émet l'espoir que la conférence de Bandung soutienne et renforce les nobles idéaux de l'OTASE. Le 15 avril, le président américain Eisenhower demande à son Congrès d'approuver un « nouveau projet d'assistance » et fait valoir son rôle sur les pays participants. L'objectif des Etats-Unis est clair : entraver le plus possible la conférence afro-asiatique et créer des scissions internes pour empêcher sa tenue. Les Américains envoient même des agents secrets pour assassiner plusieurs participants. Ainsi, le 11 avril 1955, les Américains organisent avec les agents secrets de Taiwan, le meurtre du Premier ministre Zhou Enlai et des membres de la délégation chinoise. Ce qui a été à l'origine de l'explosion de l'avion « Princesse Cachemir » en partance de Hong Kong vers l'Indonésie. « L' accident » a coûté la vie à trois fonctionnaires de la délégation chinoise et à cinq journalistes chinois. La Pologne, l'Autriche et le Vietnam ont perdu chacun un journaliste. On peut donc dire que la Chine a payé de son sang, cette conférence. Mais ces actes de sabotage n'ont pas ébranlé la détermination du gouvernement chinois. En dénonçant énergiquement le complot impérialiste, il a annoncé que la délégation du gouvernement chinois conduite par le Premier ministre Zhou Enlai participera à la conférence à la date fixée. Celle-ci s'est donc déroulée comme prévu.
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