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    (GMT+08:00) 2005-08-12 15:04:22    
    L'histoire de ces Juifs qui se sont réfugiés en Chine durant la Seconde guerre mondiale

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    Dans nos émissions spéciales consacrées au 60ème anniversaire de « la fin de la Seconde Guerre mondiale et de la victoire de la Guerre de Résistance du peuple chinois contre le Japon », nous allons parler des Juifs qui se sont réfugiés à Shanghai lors de la Seconde guerre mondiale. A cette époque, lors des persécutions contres les juifs, de nombreux pays européens tentaient de faire face, seuls, aux nazis allemands. En Orient, et notamment en Chine, des Shanghaïens bienveillants ont accepté de recueillir plus de 30.000 réfugiés juifs.

    Plus de 60 ans après, notre journaliste He Jinzhe, envoyé spécial à Jérusalem, a retrouvé plusieurs anciens réfugiés qui ont bien vieilli depuis... Et pourtant, la Chine, et Shanghai resteront gravés à jamais dans leur mémoire. Car c'est là qu'ils ont pu retrouver leur dignité et l'espoir.

    Kurt Nissbaum et sa femme Inga, habitent dans une bourgade verdoyante, dans l'Ouest d'Israël. En 1939, Kurt n'avait que 11 ans, Inga, 6. Leurs parents ont quitté l'Autriche et se sont réfugiés à Shanghai pour fuir les persécutions des nazis. Dix ans après, ils se sont rencontrés dans un club pour jeunes juifs à Shanghai. Ils sont tombés amoureux et ont décidé de rentrer ensemble en Israël en 1949 et de s'y installer. Aujourd'hui, Kurt et Inga vivent heureux auprès des 10 autres membres de leur famille.

    Inga nous a dit que son père avait été déporté en novembre 1939. Les autorités allemandes ont dit à sa mère qu'il pourrait être libéré à condition que toute sa famille quitte l'Allemagne. Mais à cette époque, beaucoup de pays européens recueillaient déjà des Juifs. La famille d'Inga n'avait donc pas d'autre choix que de se réfugier à Shanghai. Elle nous le raconte : « Ma mère m'a emmené à Berlin pour essayer de sauver mon père. A cette époque, aucaun pays européen ne voulait nous donner l'asile. La Grande-Bretagne et les Pays-Bas adoptaient seulement des enfants juifs... Une organisation spéciale qui aidait les Juifs à quitter l'Allemagne nous a dit que la seule solution était de nous rendre à Shanghai, car c'était la seule ville au monde où on n'avait pas besoin de visa. Et le seul moyen de s'y rendre, c'était par bateau. Ma mère a alors immédiatement acheté 11 billets pour Shanghai pour toute la famille. »

    Les troupes japonaises n'avaient pas encore occupé Shanghai quand la famille d'Inga est arrivée à destination. Son père a rencontré un avocat chinois et ensemble, ils avaient pour projet d'ouvrir un cabinet d'avocats, pour favoriser l'implantation de la famille. Mais tous ses rêves se sont brisés lorsque les canons japonais ont commencé à retentir à Shanghai. La mère d'Inga faisait des travaux manuels pour nourrir la famille, car son père était au chômage. Et pourtant Inga se souvient avoir mené une vie heureuse par rapport à ses amis restés en Europe.

    « A l'époque, nous avons mené une vie heureuse. Nous avons reçu une bonne éducation. Mais mes copains du même âge n'ont pas eu cette chance-là. Pour nous, c'était le luxe. Je crois toujours que la Chine nous a sauvé. »

    Les Chinois influencés par l'école confucéenne à l'époque étaient le plus souvent, plus tolérants que les Européens vis-à-vis des immigrants et des Juifs en particulier. Grâce à ces vertus, les réfugiés juifs comme la famille Nissbaum n'ont jamais eu l'impression d'être traités comme des ennemis ou de se sentir persécutés. Ils ont alors pu mener une vie normale et retrouver leur dignité.

    Selon les chiffres officiels, de 1933 à 1941, Shanghai a recueilli plus de 30.000 d'immigrés juifs venus d'Europe. L'organisation sociale des Juifs à Shanghai est la plus grande association du genre en Extrême-Orient. Elle a fait construire des synagogues, des écoles, des hôpitaux, des clubs ainsi que des chambres de commerce.

    Les Juifs avaient également leur propre maison d'édition, leurs organisations politiques, et même leur propre armée. Sara Ross, une vieille juive d'origine russe a vécu à Shanghai pendant dix ans durant la Seconde Guerre mondiale. Elle admire sincèrement la tolérance et la bienveillance dont ont fait preuve les Chinois à l'époque. Ecoutons-la : « Nous avons suivi l'exemple des qualités chinoises. Les chinois sont modestes, respectent les anciens et aiment les enfants. Ils sont polis, qu'ils aient reçu une bonne éducation ou non. Je ne pense pas que les Juifs auraient pu vivre aussi librement ailleurs qu'en Chine car les Chinois se montrent le plus souvent impartiaux. »

    Aujourd'hui, Sara a 91 ans. En 1916, sa famille a quitté la Sibérie pour s'installer à Harbin, dans le nord-est de la Chine, alors qu'elle n'avait que 2 ans, à cause de l'antisémitisme de la Russie à l'époque. Elle a grandi en Chine et s'est mariée avec un jeune juif né à Harbin. Mais lorsque le Japon a commencé à envahir la Chine, celle-ci a connu la récession. Les usines et les magasins ont alors dû fermer les uns après les autres. Sara âgée de 25 ans et son mari sont donc partis pour Shanghai, plus prospère, pour y trouver un emploi. Ils y sont restés pendant 10 ans, avant de retourner en Israël en 1949.

    Une fois qu'on entre chez Sara à Jérusalem, on a l'impression de se retrouver dans une maison traditionnelle chinoise des années 1930. Le salon est décoré d'une table à thé de beauté classique et une table sculptée à la chinoise. Au mur, est accrochée une peinture représentant une grue couronnée. Quelques lanternes à la chinoise sont suspendues au plafond. Divers produits d'artisanat traditionnel chinois jonchent les lieux. Et une photo du vieux bund de Shanghai est accrochée au mur du porche...

    Si elle a quitté la Chine depuis soixante ans, on ressent encore l'amour qu'elle porte à ce pays. Ecoutons-la : « J'éprouve une sincère affection pour la Chine. Mon mari y est né, et mon fils aussi. Mes beaux-parents y ont été enterrés. J'ai vécu un bon moment en Chine. Je suis israélienne, mais au plus profond de mon coeur, je suis chinoise. »

    D'autres réfugiés juifs à Shanghai ont participé à la Guerre contre le Japon en Chine. Et ils se sont liés d'amitié avec les Chinois. Comme Jacob Rosenfeld, un médecin autrichien, qui s'est réfugié à Shanghai en 1939. Deux ans après, il s'est rendu dans la province du Shandong, à l'est de la Chine, en se faisant passer pour un missionnaire allemand auprès des Japonais. Les Chinois l'ont respectueusement appelé « Bethun d'Autriche ».

    Jacob Rosenfeld est retourné en Autriche après la fondation de la République Populaire de Chine en 1949. Les membres de sa famille avaient tous disparu. Jacob Rosenfeld est mort d'infarctus du myocarde dans la solitude en 1952. Personne ne connaissait son histoire en Chine ni savait où il a été enterré. Après l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et l'Israël en 1992, l'Association d'amitié entre la Chine et l'Israël créée par des Juifs qui avaient habité en Chine, a trouvé le cimetière où avait été enterré Jacob Rosenfeld et a remis sa tombe à neuf.

    Une exposition organisée conjointement par l'Association d'amitié entre la Chine et l'Israël et l'ambassade chinoise en Israël sur l'histoire de sa vie a fait sensation en Israël. Celle-ci qui devait durer six semaines, a duré dix mois et le nombre de visiteurs a atteint plus de 250.000. Le chef de l'Association d'amitié entre la Chine et l'Israël, Tedy Kaufman, nous donne plus de détails sur Jacob Rosenfeld : « Jacob Rosenfeld est le symbole de la relation amicale entre la Chine et l'Israël. Il est très important pour les nations chinoise et juive car il a consacré sa vie à la Libération et à la fondation chinoises. »

    M. Kaufman a 84 ans. Il est l'un des fondateurs de cette Association d'amitié. Après la fondation de l'Israël en 1948, certains Juifs qui s'étaient réfugiés en Chine, sont rentrés dans leur pays. Ces derniers, malgré leurs différences culturelles et sociales, ont créé l'association des anciens Juifs en Chine. Après l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et l'Israël, ils ont ouvert l'Association de l'amitié entre la Chine et l'Israël. Leur amour pour la Chine s'est perpétué, même après la mort des anciens réfugiés juifs.

    M.Kaufman s'investit entièrement dans cette association : activités culuturelles, publications... Des bourses d'études sont également attribuées aux jeunes Chinois et aux Israëliens... pour promouvoir les échanges entre les deux pays. Ecoutons ce que M.Kaufman nous dit à ce propos. Nous avons l'objectif de continuer à préserver l'histoire des Juifs en Chine et de promouvoir l'amitié entre les deux pays. Si nous oublions l'histoire et le passé, nous n'aurons pas d'avenir.

    La mémoire fait partie de l'intelligence recherchée par l'humanité. Dans la mémoire, nous devons choisir un nouveau point de vue pour examiner la valeur et la signification de l'existence de l'humanité.

    L'expérience des Juifs à Shanghai offre un autre miroir à l'Histoire, comme l'a déclaré en mars le secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan, lors de la cérémonie d'inauguration en Israël du Mémorial des massacres des Juifs.