Beaucoup pensent que l'eau peut inspirer une ville. Le lac Nanhou est peu étendu puisqu'il couvre une surface de moins de 2 km². Il se situe au centre de la ville de Mengzi et marque l'histoire de cette ville. Cet édifice d'aspect européen et moderne a été bâti au bord du lac Nanhou il y a environ un siècle. Il abritait une ancienne firme étrangère établie en Chine appelée « Grerousse ». Son histoire nous ramène au milieu du 19ème siècle.
Après la guerre entre la Chine et la France en 1885, la France et d'autres grandes puissances occidentales ont commencé à piller la Chine à leur guise. En 1889, la France a forcé le gouvernement Qing à signer le « Protocole spécial de consultations continues des affaires commerciales entre la Chine et la France ». Le gouvernement Qing était obligé d'ouvrir des commerces dans la province du Yunnan. Les douanes ne furent pas installées à Kunming, capitale de la province du Yunnan, mais à Mengzi. Le Yunnan se voyait attribuer les premières douanes de son histoire, et Mengzi devenait le premier grand district de la province.
Après l'ouverture des douanes de Mengzi, le sud de la Chine s'est ouvert à l'extérieur. Rapidement, un quartier concentrant les consulats et les commerces étrangers s'est formé à l'est du district de Mengzi. A cette époque-là dans cette petite ville frontalière, on pouvait acquérir des produits et des spécialités venus du Sichuan et des provinces du Guangdong et du Guangxi. On y trouvait aussi des marchandises étrangères telles que le ciment et le pétrole venus d'Europe. Sur le marché de Mengzi, on pouvait entendre les dialectes parlés au Sichuan et au Guangdong, parfois même ceux que l'on parle au nord de la Chine, comme le dialecte de Tianjin. Les commerçants venaient de 8 provinces chinoises et de 19 pays étrangers différents. Il y avait aussi des maisons de prostitution japonaises, des bars et un hôpital français. Dans la rue, on reconnaissait les étrangers à leurs cheveux blonds, à leurs yeux bleus et à leur nez haut. Mengzi s'est vite développé et les mentalités des ethnies minoritaires qui vivaient toujours dans la ville ont évolué. La ville de Mengzi était devenue l'une des régions méridionales où les minorités nationales se sont ouvertes le plus tôt au reste du monde.
Wan Youlin, auteur des Annales de Mengzi nous a dit : « A cette époque-là, grâce à l'importation massive de marchandises étrangères, la vie des habitants de Mengzi semble s'être occidentaliser. La plupart des femmes de Mengzi portaient alors des parfums parisiens. »
Les habitants de Kunming se lavaient encore le visage avec une sorte de soude à base de cendres de plantes. Mais, les habitants de Mengzi utilisaient des savons de Paris ou d'autres appelés « nuit de Shanghai » fabriqués par les Français au Vietnam. Les habitants de Mengzi ne les appelaient pas « savons », mais « soudes étrangères » et se lavaient avec.
Les statistiques montrent que les marchandises exportées depuis toujours par la ville de Mengzi sont les matières premières minérales ainsi que des spécialités locales. La mine d'étain de Gejiu était la principale source d'exportations. Il représentait alors 80% du volume global d'exportation de marchandises de Mengzi. Chaque jour, plus de 5 mille de chevaux de traie entraient dans Mengzi. Plus de 80% des marchandises d'import-export du Yunnan transitaient par cet endroit. Difficile d'imaginer comment cette petite ville du sud-ouest de la Chine dépourvue de terres cultivables a pu connaître de tels bouleversements.
Pu Minsheng est âgé de 87 ans. Il est originaire de Mengzi où il vit toujours. A l'âge de 12 ans, il travaillait pour la firme étrangère Grerousse qui avait ouvert 19 ans avant.
Pu Minsheng, ancien employé de la Grerousse, entreprise étrangère installée à Mengzi nous a dit : « Qui recherchait de bons produits visitait notre magasin.
Nous, nous vendions sans jamais distinguer les clients entre eux.
Chacun pouvait venir tant nos produits étaient réputés de bonne qualité et à des prix raisonnables. »
D'ailleurs, chez Grerousse, vous trouviez des produits introuvables ailleurs.
Il y avait une grande diversité d'articles, même des aiguilles de fabrication allemande.
Les patrons de Grerousse étaient grecs. En 1909, trois frères venus de Grèce ont rassemblé 50 000 yuans et fondé leur entreprise au bord du lac Nanhu qui couvrait à cette époque-là une superficie de 0,23 hectare. Ils importaient des marchandises de Haifang du Vietnam et vendaient des produits de toutes sortes comme de la quincaillerie. Leurs affaires ont fonctionné jusqu'au mois de septembre 1940.
Ces échanges économiques fréquents ont permis d'élargir rapidement l'envergure de la ville de Mengzi. A l'époque, beaucoup d'étrangers ignoraient où se situait Kunming dans le Yunnan mais chacun connaissait Mengzi. Pendant cette période, Mengzi a réalisé un bond de plusieurs siècles en avant. La civilisation occidentale se était aux portes de Mengzi, ce qui a accéléré la modernisation du sud-ouest de la Chine.
Après l'ouverture des douanes de Mengzi, le chemin de fer Yunnan-Vietnam reliant Kunming et Haifang fut construit par les Français et inauguré en 1910. La ligne du Yunnan n'était pas reliée à l'intérieur de la Chine mais aux pays voisins, chose assez étrange comme d'autres dans le Yunnan.
Le village Bise relevant du district de Mengzi se situe à 11 km de Mengzi. A cette époque-là, seules quelques familles y vivaient. En 1909, le tronçon du chemin de fer Yunnan-Vietnam allant de Hekou au village de Bise fut ouvert au trafic. Important carrefour de communication, la gare du village Bise est devenue une station à part. La même année, on y a installé une succursale de la douane de Mengzi.
En 1920, un autre chemin de fer Gejiu-Bishi , unique voie ferrée de gestion civile du pays, croisait aussi à cet endroit. Le rôle du village Bise s'est encore accru. Le transit fréquent des convois ferroviaires a rendu le village de Bise plus prospère et plus animé. Les commençants chinois et étrangers y affluaient. Des sociétés, des firmes étrangères et des magasins ont été spontanément transférés de la ville de Mengzi au village de Bise. Ce petit village profitait d'une partie de la prospérité de Mengzi, si proche. De 1910 à 1940, Bise a connu une époque dorée de son histoire.
Le 10 octobre 1970, la ligne Gejiu-Shibi est devenue le chemin de fer métrique. Le réseau routier est devenu plus dense dans le Yunnan. La gare de Bise a perdu sa position dominante. L'ancienne gare d'exception est passée au grade de gare de 4ème classe. Ces édifices variés et assemblés en désordre aux alentours de la gare dissimulent tant d'histoires aujourd'hui méconnues. La scène animée et les activités d'autrefois ont déserté la petite gare. Seule cette vieille horloge dressée sur le quai de la gare attire le regard du passant et semble raconter quelques souvenirs de la ville de Mengzi et du village de Bise.
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