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    (GMT+08:00) 2005-07-15 09:52:45    
    Les sept voyages pacifiques de Zheng He

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    Après avoir mené une flotte de quatre bateaux vers le Cap de Bonne Espérance pour entrer dans l'Océan indien en 1497, l'explorateur portugais Vasco de Gama a finalement atteint Guli (Calicut) en Inde du Sud. Arrivé là?bas, il apprit des indigènes qu'une armada d'explorateurs chinois avaient déjà exploré les lieux il y avait 90 ans.

    Le 11 juillet 1405, une armada puissante s'apprêtait à quitter le port de Liujiagang, dans la province du Jiangsu, où le fleuve Yangtsé se jette dans la mer. Il s'agissait de la première mission parmi les sept prévues pour établir des liens pacifiques avec les autres régions inconnus et lointaines du globe.

    La flotte quitta ainsi le port, les voiles et les drapeaux gonflés par le vent, donnant l'image de fleurs épanouies sur l'océan. C'était la flotte royale de la puissante dynastie Ming (1368-1644) qui quittait ainsi pour la première fois la Chine pour se rendre dans l'océan indien, commandée par le légendaire explorateur maritime Zheng He.

    L'armada partit d'abord vers Champa, dans le centre du Vietnam, puis se dirigea vers l'Océan indien par Siam, Palembang, Malacca et Sumatra. Après avoir passé Ceylan (Sri Lanka), les navires poursuivirent vers le sud-ouest et les actuelles cités de Kollam, Cochin et Calicut en Inde. Il fallut attendre deux ans avant que la flotte ne rentra en Chine.

    Dans les 28 années qui ont suivit ce premier voyage plein de succès, Zheng He a mené six autres explorations dans cet océan connu des Chinois comme «l'Océan occidental», du XIIIe siècle au milieu du XVIIe siècle. Ainsi étaient appelées les mers situées à l'ouest du sud de la Chine et s'étendant vers l'Inde et l'Afrique de l'Est. Durant ces expéditions, la flotte s'est rendue jusque dans l'Est de l'Afrique et en mer rouge, visitant plus de trente pays et régions.

    Gavin Menzies, historien et commandant à la retraite de la Marine royale britannique a mis en avant une théorie stupéfiante selon laquelle l'armada de Zheng He contourna le Cap de Bonne Espérance pour se rendre en Atlantique. (Cette théorie qui stipule que Zheng He aurait navigué vers le nouveau monde 70 ans avant Christophe Colomb est aujourd'hui source de polémiques.) Certains érudits pensent même que Zheng He aurait fait le tour du globe avec sa flotte.

    Zheng He (1371-1433), également appelé Ma Sanbao, était un proche confident de l'empereur Yongle des Ming. Il était né dans une famille Hui, qui pratiquaient la religion islamique depuis des générations. L'épopée héro?que des 7 explorations de Zheng He est très célèbre en Chine. L'année 2005 marque la date anniversaire du premier voyage de Zheng He et sera ponctuée de nombreux événements commémoratifs en l'honneur de ce héros.

     

    Modèle réduit en 1/38 du «Bateau Trésor», pavillon de Zheng He, mesurant 3,2 m de long, 1,4 m de large et 1,9 m de haut. Ce modèle est attribué à Xi Longfei, expert dans l'étude des vaisseaux de Zheng He qu'il a étudié pendant plus de 20 ans et ancien professeur de l'Institut de transport de l'Université des sciences et des techniques de Wuhan.

    Une des grandes aventures de l'histoire de la navigation maritime

    Les voyages de Zheng He ayant eu lieu presque un siècle avant les explorations navales de Bartolomeu Dias, Christophe Colomb et Vasco de Gama, prouvent qu'au XVe siècle, la Chine étaient déjà avancée dans le domaine des sciences maritimes et de la construction navale.

    Zheng He a effectué ses 7 expéditions navales de 1405 à 1433, commandant à chaque voyage une flotte de 200 bateaux. Avec une longueur de 150 m et une largeur de 60 m, le plus grand vaisseau pouvait accueillir à son bord 1 000 membres d'équipage et transporter plus de 1 000 tonnes de marchandises. Le navire avançait grâce à 9 mâts et 12 voiles. A cette époque, les bateaux qui constituaient la flotte de Zheng He étaient les plus grands et les plus développés du monde. L'explorateur des mers a par ailleurs commandé un corps d'expédition composé de 30 000 personnes incluant des marins, des techniciens navals, des administrateurs, des interprètes et des médecins. Outre les nécessités pour la vie de tous les jours et la navigation, les bateaux étaient également chargés de perles, de pierres précieuses, de soie, d'objets traditionnels chinois et d'animaux rares qui étaient offerts en guise de présents pour faciliter l'amitié entre la Chine et les autres contrées.

    Pendant la journée, la flotte se dirigeait grâce au compas et utilisait un système de drapeaux pour communiquer entre les différents vaisseaux et assigner les ordres. La nuit, la route maritime était déterminée par les étoiles et les compas à eaux tandis que la communication était assurée par des lanternes. Lorsque la visibilité était trop mauvaise en raison du brouillard ou des pluies torrentielles, des gongs, des cornes et des trompettes en coquillage permettaient de transmettre les messages d'un bateau à l'autre. Les navires ayant pris d'importantes précautions concernant les réserves d'eau douce, la stabilité et la sécurité des coques, les accidents ont été rares même dans des conditions hasardeuses.

    On peut se demander comment Zheng He a pu mener à bien ses expéditions dans une période où les machines n'existaient pas et où la plupart des régions océaniques mondiales étaient encore inconnues. Qu'est-ce qui a bien pu le motiver ainsi que son équipage à réaliser ces grands voyages ?

    Lors de la première expédition en 1405, la dynastie Ming était gouvernée par Yongle et connaissait l'une des périodes les plus florissantes de la Chine. Les Ming possédaient l'un des plus puissants empires du monde économiquement et militairement parlant mais aussi du point de vue des technologies maritimes. Ces conditions technologiques et financières favorables ont encouragé les voyages de Zheng He.

    Certains pays d'Asie et d'Europe ont lancé d'importantes expéditions navales qui ont marqué l'histoire de la découverte des continents au XVe siècle. A la différence des empires occidentaux dont le développement économique a encouragé l'exploration des océans à des fins commerciales et coloniales, la dynastie Ming souhaitait simplement partir à la découverte du monde de manière pacifique.

    L'empereur Yongle (1403-1424) était connu pour être un homme de grand talent et un stratège ; un homme d'une grande intelligence, à la vision éclairée. Après avoir hérité du trône, il a ainsi adopté des mesures effectives pour revivifier l'économie de la nation. Après que la Chine soit entrée dans une phase de croissance économique et de prospérité sociale, l'empereur décida d'établir des alliances internationales, en particulier auprès des pays voisins. Cela correspondait en réalité à un but stratégique : celui de renforcer la stabilité et le développement à long terme de la nation. Les voyages de Zheng He furent l'une des premières étapes de la stratégie de l'empereur pour mener des initiatives en politique étrangère. Une des autres intentions de Yongle était d'enrichir le trésor national à travers le commerce international.

    Les historiens partagent des points de vue différents quant aux objectifs réels des expéditions de Zheng He et les vrais motifs resteront sans doute toujours hypothétiques. Il est possible qu'il ait été mandé pour partir à la recherche du neveu de l'empereur Yongle, qui s'est enfui après que son trône ait été usurpé par l'empereur lui-même. Peut-être encore était-il à la recherche d'un contingent d'armée manquant ou engagé pour la promotion du commerce maritime ou la mise en place d'une vraie alliance maritime.

    Quelles que soient les vraies raisons, les voyages de Zheng He ont marqué l'âge d'or des expéditions océaniques de la Chine. Cette extraordinaire période d'exploration, de commerce et d'échange international s'est achevée par le bannissement de la dynastie Ming du commerce maritime qui a donné lieu à un isolement de plus de 300 ans.

     

    Routes maritimes des voyages de Zheng He.

     

    Selon les documents historiques et les opéras folkloriques traditionnels joués sous la dynastie Ming, les expéditions occidentales de Zheng He étaient pacifiques et courtoises. Où que les navires débarquent, il se disait en Chine comme à l'étranger, que la dynastie Ming envoyait des messages de paix et d'amitié aux indigènes. Lorsque Zheng He et sa flotte arrivèrent à leur première destination, Champa, le roi du royaume rassembla ses ministres, des nobles et une assemblée de 500 guerriers pour accueillir les étrangers. En retour, Zheng He, escorté de ses 500 gardes d'honneur, lu la lettre de l'empereur dévoilant le désir de la cour de la dynastie Ming d'entretenir de bonnes relations avec les pays frontaliers de la Chine. Après avoir donné la lettre, Zheng He offrit de précieux cadeaux au roi qui les accepta avec plaisir puis offrit un grand festin afin de célébrer et de ratifier l'amitié entre les deux peuples.

    Il en fut de même dans les 30 pays visités par les envoyés chinois qui reçurent à chaque fois un chaleureux accueil et solidifièrent les relations avec la Chine. Les problèmes contractés au début de la dynastie Ming avec certains pays furent résolus grâce à Zheng He dont le rôle consistait également à résoudre les conflits et éviter les malentendus avec la Chine.

    Zheng He a joué le rôle de médiateur entre Siam et Malacca qui était entrés en conflit entre 1409 et 1432. Sa contribution a eu une importance capitale puisque la paix s'installa entre les deux royaumes, renforçant par ailleurs les relations de la dynastie Ming avec ces derniers.

    Lors de ses voyages, Zheng He n'a pas manqué de faire la promotion de la religion. Dans les endroits évangélisés par Sakyamuni (fondateur du Bouddhisme), Zheng He et ses aides ont largement donné l'aumône pour montrer la tolérance des Ming et leurs croyances religieuses.

    Dans son livre intitulé Science et Civilisation en Chine, le docteur britannique Joseph Needham, a loué l'habilité des navigateurs chinois à oublier les animosités passées et à montrer une approche bienveillante à l'égard des autres cultures. Bien que les contingents chinois soient bien armés, note Joseph Needham, ils n'avaient aucunement l'objectif de conquérir des peuples étrangers ou d'établir des forteresses militaires sur le sol étranger.

    Il est arrivé qu'au cours de ces expéditions, les explorateurs souffrent de problèmes de communication conduisant à des mouvements de violence. Ainsi, la première fois que la flotte amarra dans le port actuel de Java en Indonésie, 170 membres d'équipage furent assassinés par les forces locales armées. Cette erreur, admise par les indigènes, fut acceptée avec humiliation par Zheng He qui se devait de mener à bien sa mission pacifique. Il demanda donc simplement à l'armée locale de fournir des dommages et intérêts pour excuser ce geste malheureux et éviter toute autre bataille.

    A l'exception de quelques échauffourées de défense, Zheng He a réussi à remplir le v?u de la cour de la dynastie Ming tout en montrant une sincère volonté de pacifier les relations avec les autres pays. En retour, les nations étrangères ont montré leur bonne volonté envers les envoyés de la cour de la dynastie Ming ainsi qu'un profond respect.

    Outre la chasse aux pirates et l'ouverture de nouvelles voies maritimes, les voyages de Zheng He ont contribué à promouvoir le commerce de la dynastie Ming. Pièces de cuivre, soie, porcelaine, objets de métal et autres objets chinois étaient embarqués à bord des navires et échangés contre des produits locaux. Lorsque la flotte arriva dans le royaume de Guli (aujourd'hui Calicut), les agents locaux de commerce transportèrent les biens vers une place d'échange où chaque partie négociait sous la surveillance d'un officier. Lorsque le prix était fixé définitivement, les deux protagonistes se tapaient dans les mains pour sceller l'accord tandis que les taxes devaient être réglées selon la législation locale. Ce type de transaction montrait déjà un certain respect pour les principes élémentaires du commerce international.

    Zheng He a également répandu à l'étranger le calendrier chinois, le système métrologique, la médecine chinoise ainsi que des technologies concernant les domaines de l'agriculture, la manufacture, l'architecture, la sculpture et la construction navale. On raconte que grâce à Zheng He, les gens de Malacca ont appris comment bâtir des murs, forer des puits ou construire des routes de montagne. Ceux de Siam ont appris comment traiter l'eau ainsi que la technique du brûlis utilisée pour fertiliser les terres. A Champa, ils ont appris à aménager des champs sur les versants de montagne et à mettre en place un système agraire consistant à récolter trois fois par an. A travers ses voyages, Zheng He a répandu dans le monde les technologies chinoises en matière de navigation et de constructions navales. Ces informations ont fait l'objet d'échanges avec les pays arabes. Pendant ce temps, les civilisations d'Asie et d'Afrique ont trouvé leur chemin vers la Chine. Les girafes, les zèbres et les lions que Zheng He avait rapportés d'Afrique étonnèrent la cour et suscitèrent l'intérêt des poètes et artistes qui se mesuraient à des concours de poème ou de peinture pour les décrire. Les coutumes, la culture, l'art et les technologies de navigation arabes rapportés par Zheng He ont largement contribué à élargir la vision des Chinois.

    Ce type de vaisseaux en bois est nommé «le sourcil vert» en raison du long sourcil vert peint sur la tête du bateau. Ce type de bateau était également utilisé lors des voyages de Zheng He.

    Les souvenirs du passage de Zheng He dans le monde

    Alors qu'ils s'apprêtaient à lever l'ancre sur ordre de l'empereur le 11 juillet 1405, Zheng He et son équipe n'auraient jamais pu imaginer que cette expédition serait inscrite dans les annales de l'histoire pour les siècles à venir. 600 ans se sont écoulés depuis et des études internationales sur les voyages de Zheng He sont toujours en cours. Cet intérêt est dû à l'avancée des technologies de navigation et à l'exploration des mers avant les autres pays du monde. Se démarquant de toutes les autres explorations maritimes, les voyages de Zheng He occupent une place signifiante dans l'histoire mondiale de l'exploration.

    Selon professeur He Fangchuan, historien, directeur de l'Institut de recherches sur l'Asie-Pacifique de l'Université de Beijing et ancien vice-président de l'Université de Beijing, la Chine avait déjà établi sa puissance au niveau mondiale sous la dynastie Ming. Le pays dominait le monde concernant les technologies et les armements militaires consacrés aux expéditions océaniques. Selon lui encore, l'armada de Zheng He fut la plus grande délégation diplomatique et commerciale ainsi que la plus grande force maritime armée de l'époque. La majorité des dizaines de milliers de membres d'équipage qui ont servi pendant les 30 années d'exploration de Zheng He étaient des soldats. Zheng He lui-même était officier militaire.

    Bien que cette armada soit invincible, elle n'occupa pas le moindre pouce de terre étrangère, ne construisit pas une seule forteresse militaire et ne s'empara d'aucun trésor qui ne lui appartienne. Zheng He et les émissaires qui l'accompagnaient étaient avant tout en mission de paix et leur bienveillance leur a été retournée par les indigènes qu'ils rencontraient. Les voyages de Zheng He ont matérialisé l'esprit des Chinois du mépris du danger et de la quête de la nature ainsi que la volonté de la Chine de faire des échanges culturels avec les autres pays et de resserrer les liens d'amitié avec ses voisins. Aujourd'hui, ses aventures sont encore très vivaces dans le monde entier comme témoignage d'une amitié éternelle. Les nombreux sites historiques concernant le passage de l'armada témoignent de la profonde révérence du peuple pour Zheng He, pionnier des mers.

    En 1433, après 28 années d'exploration pour son pays, Zheng He est tombé malade et est décédé à Guli (Calicut). Il est encore considéré par les Chinois comme un héros, un grand patriote et un véritable serviteur du peuple.

    En 1985 et 1990, China Pictorial a envoyé deux équipes de journalistes à la trace des voyages de Zheng He. «Dans les pays où nous avons été amenés à aller, nous avons vu le Hall de Sanbao, le Temple de Sanbao, ainsi que de nombreux autres mémoriaux construits en l'honneur de Zheng He par les peuples locaux. Nous avons également vu des porcelaines et autres articles apportés par la flotte de l'aventurier» se remémore Sun Yifu, alors éditeur en chef de China Pictorial et membre des deux délégations. «A Oman, nous avons vu les arbres mastic, une espèce qui produit du latex et qui a été introduite en Chine par Zheng He» poursuit Sun. «Il est facile d'imaginer l'impact des voyages de Zheng He sur les échanges culturels internationaux».

    Le 11 juillet 2000, Fan Chunge, journaliste du Wuhan Evening News, partait sur les pas de Zheng He. Elle fut touchée à travers son voyage de constater que les étrangers vénéraient également Zheng He. Elle est actuellement en train de préparer une exposition de photos à Beijing pour partager son expérience avec le public.

    Le 8 août 2004, un vaisseau à un mât nommé Phénix partait du même port que Zheng He. Le voyage dura au total huit mois.

    Tandis qu'ils cherchaient les sites historiques retraçant l'histoire des voyages de Zheng He dans la péninsule de Cochin, l'équipe découvrit une stèle décrivant l'histoire du filet de pêche chinois. C'est Zheng He qui introduisit cet outil de pêche aux locaux qui l'utilisent toujours et l'appellent tout simplement «filet de pêche chinois».

    Sur une île de l'archipel Lamu, au Kenya, se trouvent deux villages nommés en l'honneur de Zheng He, habités par des descendants de son équipage. On dit qu'il y a 598 ans, un bateau de l'armada s'était perdu et s'était échoué sur les rochers. Le bateau avait coulé et plusieurs centaines de membres d'équipage avaient dérivé vers l'île. Lorsqu'ils eurent abandonné l'espoir de rentrer un jour à la maison, ils s'installèrent définitivement et fondèrent des familles.

    Dans le village de Patai se trouvent trois familles chinoises dont les maisons ressemblent à celles à l'architecture traditionnelle chinoise. Habité par des Chinois, un autre village appelé Xiyou (le voyage vers l'Ouest), tient son nom de la manière dont les ancêtres sont arrivés sur place.

    La carte de navigation de Zheng He inclut plus de 530 notions désignant les villes, les îles, les récifs, les montagnes, les routes maritimes, les hauts-fonds, ainsi que tous les autres repères pour la navigation. Il s'agit de la plus vieille carte de navigation encore intacte connue à ce jour.(Lu Anqi)