Le 11 juin à minuit, à l'extérieur de la salle de négociations sino-européennes sur les textiles sise au pavillon sept de l'hôtel Xijiao de Shanghai, le ministre du Commerce Bo Xilai offre un tee-shirt à manches courtes de couleur grise à son interlocuteur de l'UE, le commissaire au commerce Peter Mandelson. Le commissaire au Commerce et le représentant de l'UE en Chine s'esclaffent en voyant ce cadeau au sens bien particulier.
Ce tee-shirt de la marque française Crocodile fabriqué en Chine a été choisi spécialement par Bo Xilai. Comme chacun le sait, l'UE a récemment demandé à discuter avec la Chine de la question des tee-shirts chinois, allant jusqu'à évoquer la possibilité d'en restreindre l'importation. Le conflit textile sino-européen est désormais réglé. Il n'est donc pas étonnant que le cadeau de Bo Xilai ait provoqué l'hilarité, voire les applaudissements des journalistes présents.
Il n'a pas été facile d'arriver à une atmosphère aussi détendue. Pendant les dix heures précédentes, c'est dans l'anxiété que la centaine de journalistes tant étrangers que chinois avait attendu l'issue des négociations.
Les journalistes qui entrouvraient la porte de la salle des négociations s'étaient rendu compte à leur grande surprise que c'était debout que les négociateurs des deux parties discutaient. Par la suite un fonctionnaire chinois présent a confirmé cette impression, affirmant qu'au départ les membres des deux délégations étaient assis à la table des négociations selon le protocole d'usage.
Le commissaire européen a rappelé lors de son allocution destinée à clarifier la position européenne que le 11juin était la date d'expiration du délai accordé par l'UE à la Chine pour examiner la question des deux produits textiles qui causent des frictions entre les deux parties, à savoir les tee-shirts et les fils de lin. Au quartier général de l'UE, les représentant des 25 pays membres attendent de lui une réponse définitive avant 4 heures du matin. Bo Xilai a rétorqué qu'il était exclu que les négociations se terminent avant quatre heures du matin vu le prix proposé par l'UE. On pourrait s'estimer heureux si les négociations se terminaient à neuf heures du soir. Et de proposer à M. Mandelson de téléphoner à ses collègues européens. Inutile de dire que l'atmosphère était plutôt tendue.
Ensuite, les deux parties ont commencé à discuté de la question de savoir à quel niveau fixer la quantité des exportations de textiles chinois. Chaque partie argumente à coups de statistiques et de diagrammes. Après deux heures de discussions, Mandelson propose une pause pour permettre aux experts des deux parties de réexaminer les données chiffrées. Tout le monde se lève donc, mais personne ne quitte la salle. Au contraire, les membres des deux délégations se mêlent formant des petits groupes où les discussions reprennent de plus belle. Deux heures passent, mais personne n'est retourné à sa place.
Vers six heures du soir, la délégation européenne se retire. Bo Xilai fait de même. Selon des sources bien informées il en profite pour aller se promener avec Mandelson dans la cour de l'hôtel Xijiao. Il pleut, chacun tient un parapluie. Les deux hommes marcheront des kilomètres, absorbés dans la discussion des questions qui les occupent.
A sept heures du soir passées, les deux parties dînent. Les deux délégations entrent dans la salle à manger. Mais le dîner ne se déroule pas comme les observateurs l'avaient espéré. On continue de discuter du plafond des exportations.
Juste après minuit, Bo Xilai et Mandelson sortent enfin dans la salle à manger pour tenir directement une conférence de presse. Ils annoncent que la Chine et l'UE sont arrivées à un accord.
Durant la conférence de presse, Mandelson déclare que la Chine est un interlocuteur responsable et précieux et que l'accord auquel les deux parties sont parvenues est un accord « triple gagnant ». C'est un accord qui respecte les intérêts du secteur textile européen, des exportateurs chinois et des exportateurs de pays tiers. Il épingle soigneusement un insigne aux couleurs de l'UE et de la Chine au veston de Bo Xilai, déclarant que « la réussite des négociations commerciales vaut bien une médaille ».
Bo Xilai, de son côté, déclare qu'il a beaucoup apprécié le fait que Mandelson se soit donné la peine de venir personnellement en Chine pour discuter du problème des textiles. Cela montre le respect du commissaire européen pour le monde économique chinois. La réussite des négociations montre que le partenariat stratégique entre la Chine et l'UE n'est pas un vain mot et que les deux parties y tiennent beaucoup. L'accord devrait donner au secteur textile chinois la stabilité et la prévisibilité dont il a besoin tout en faisant de l'Europe un marché d'importation sûr. « Nous avons discuté depuis hier jusqu'à aujourd'hui, maintenant nous sommes tous fatigués, mais le résultat des négociations montre que le jeu en valait la chandelle. »
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