En langue bouyi, Bonamo signifie « Mont des nuages ». Duzai, situé à 35 km de la ville de Guiyang, est un « village perché sur les nuages » où vit une cinquantaine de familles bouyies. Les habitants du bourg excellent dans l'art de peindre les fameuses « peintures sur pelles à poussière de Bonamo ».
La pelle à poussière est fabriquée avec des tresses de bambou. C'est un ustensile utilisé chaque jour pour contenir un objet ou mesurer le grain. On en trouve beaucoup ici. Mais les Bouyis pleins d'esprit transforment cet objet ordinaire en objet d'art.
Ge Liangjun, écrivan de l'ethnie bouyi nous a dit :"Selon les vieillards bouyis, la peinture sur les pelles à poussière trouve son origine à l'époque du roi Yelang. Il s'agissait alors d'une technique assez simple. Pour accompagner le développement social, on y a ajouté des motifs décoratifs. Pour célébrer le Nouvel An, nous peignons sur les pelles deux poissons rouges ; on utilise alors les pelles pour recueillir le gâteau de riz glutineux, les fruits et les sucreries ainsi que des cacaouettes. Quand vous dégustez les aliments posés sur les pelles, cela augure des excédents de l'année à venir. Une telle consommation accompagne une prière, propice au bonheur."
La ville de Guiyang est située en pleine montagne et plusieurs ethnies y cohabitent. En plus des Hans on compte les ethnies bouyi, miao et yi. Les us et coutumes varient sensiblement d'une ethnie à une autre. Les thèmes de création de leurs peintures sur pelles reflètent cette diversité ethnique si particulière. Au delà de ces motifs culturels, les légendes transmises par les ancêtres bouyis apparaissent dans les créations contemporaines.
Il nous a poursuivi:" Bonamo, la peinture sur pelles témoigne de la quête de bonheur entreprise par les Bouyis. Cette ?uvre a pour titre « fouler des pieds le démon de la pauvreté ». On dit qu'il y a bien longtemps, le lieu où vivaient les Bouyis était harcelé par le démon de la pauvreté. Les ancêtres des Bouyis sont alors apparus en rêve à leurs descendants. Ils leur demandèrent de fabriquer un grand bol en bronze et d'y mettre le démon de la pauvreté. Ils dansèrent sur ce bol et foulèrent des pieds le démon. Après l'avoir chassé et tué, ils pouvaient mener une vie heureuse. Vous remarquez ces trois bols qui contiennent les démons de la pauvreté et ici le danseur. Il a 6 ou 8 mains ce qui signifie qu'il tourne très vite. Il est invincible. Le démon piétiné, les bouyis accédèrent au bonheur."
Avec le développement du tourisme local, les villageois de l'ethnie bouyie éprouvent un enthousiasme nouveau et ont repris goût à la peinture sur pelles à poussière. Bien que dépourvus de formation professionnelle régulière, la plupart d'entre eux savent saisir le pinceau et peindre. Ils doivent leur habileté à leurs expériences quotidiennes. Ils ont créé un style de peinture particulier.
Il nous a dit encore: "Leur peinture est marquée par un contraste frappant des couleurs et par l'exagération des formes. Les pieds sont parfois aussi grands que les visages. Certains pieds sont même peints sur les visages. Les peintres n'hésitent pas à déformer les représentations ordinaires. Malgré cela, le travail rendu est raisonnable. C'est la caractéristique majeure de la peinture sur pelles à poussière de Bonamo."
Luo Yuanren, un villageois de l'ethnie bouyi nous a dit : "Il faut deux ou trois heures pour faire peindre une pelle à poussière. Chaque année, je peux faire un millier d'oeuvres. La plupart de nos clients sont des visiteurs. On compte aussi des étrangers. Ils viennent ici comme touristes. "
Nous avons rencontré un visiteur, il nous a dit : « J suis venu de Beijing. Je suis en voyage. J'ai remarqué que cette peinture était de bonne qualité. Les couleurs utilisées sont brillantes et vives. D'autre part, observez le contenu de cette peinture. Bien sûr, je réalise que le peintre a un peu exagéré. Mais le fait de prendre une pelle à poussière comme matière première est unique en soi ; on ne le trouverait pas en ville. Cette ?uvre a un goût fort local. »
Le village de Duzai, autrefois célèbre pour ses pelles à poussière peintes, est connu aujourd'hui sous le nom de « plateau des peintres ». Beaucoup des familles bouyies encouragent leurs enfants à apprendre le dessin. Le niveau technique des apprentis peintres de ce village n'a cessé de s'élever. Certains d'entre eux ont été admis à la faculté des Beaux-arts d'une grande Ecole normale du Sud-Ouest. Ils sont devenus des exemples à suivre dans le village montagneux des Bouyis et les habitants du village sont fiers de leurs succès.
Certaines ?uvres produites par les artisans locaux ont été exposées dans plusieurs pays. D'autres « peintures sur pelles à poussière de Bonamo », aux couleurs vives et brillantes et dotées de riches caractères ethniques sortiront encore de la montagne majestueuse. On ne comptera plus leur admirateurs !
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