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C'est la danse, « le langage magnifique lui permettant d'exprimer son monde intérieur », qui a aidé Tai Lihua, une jeune femme handicapéé, à recouvrer sa confiance.
Le 23 février dernier, au cours de la Soirée de la fête des Lanternes, la Télévision chinoise centrale a annoncé que les spectateurs de la Soirée de la fête du Printemps avaient choisi « le bodhisattva Avalokitesvara (Guanyin en chinois) à mille bras » comme meilleure danse, la plus émouvante, et lui ont attribué le premier prix de la catégorie chants et danses. Durant les quatre heures de la Soirée du Nouvel An chinois, la danse du « Guanyin à mille bras » représentée par 12 danseuses et 9 danseurs, tous sourds et muets, a coupé le souffle à tous les spectateurs chinois. Durant les 6 minutes de représentation, le public était si ému qu'un silence profond régnait dans la salle. Puis ont éclaté des applaudissements prolongés.
Tai Lihua, première danseuse de cette équipe si unie et si sereine, s'est imposée par la grâce de ses mouvements et son expression sereine. Le public l'a surnommé « Soeur Guanyin ».
« Il me semble entendre la musique »
La troupe artistique des handicapés a son bureau au premier étage d'un pavillon blanc au bord du 4e périphérique nord de Pékin. Sur le mur du corridor est collée une grande affiche de « l'Ame du paon », danse exécutée par Tai seule. A l'étranger, elle a obtenu le surnom de « Fée du Paon ». Elle est aujourd'hui le pilier de la troupe, première danseuse et également chef de cette troupe, qui se produit non seulement en Chine, mais aussi à l'étranger. Le 26 février, elle est partie pour la France exécuter la danse du « Guanyin à mille bras ».
Le metteur en scène Zhang Jigang a déclaré que Tai Lihua était la « meilleure danseuse sourde » qu'il ait rencontrée. Elle est l'âme du « Guanyin à mille bras ». Lors du spectacle, les spectateurs ne voient que le visage de Tai Lihua.
Tai ne pense qu'à fusionner avec la danse. Elle s'oublie et devient un vrai bodhisattva?
« Quand je vois notre professeur danser, il me semble voir la musique », dit elle dans le language des signes. Elle sait lire sur les lèvres et peut laisser entendre des sons confus. Bien qu'elle ne puisse pas entendre les rythmes, elle s'imagine la musique en voyant les rythmes 1, 2, 3 et 4 donnés par le professeur.
L'accompagnement musical de chaque danse ne suscite pas la même sensation chez Tai Lihua. En exécutant le « Guanyin à mille bras », elle semble voir des peintures murales, elle pense à une multitude de belles choses et aux profondes racines de la culture. Tai Lihua s'est rendue dans de nombreux pays et régions. A chaque destination, elle a su se nourrir des nombreux paysages traversés afin d'enrichir son imagination. « La musique est aussi belle qu'une peinture. »
Nous pouvons nous imaginer les difficultés qu'une danseuse sourde peut rencontrer en dansant selon les rythmes, isolée dans son monde du silence. Mais elle ne craint pas la fatigue, elle craint seulement de faire un faux pas quand elle ne voit pas les signes de commandement.
Avec la joie et le sentiment de gratitude
Bien qu'elle se soit produite à maintes reprises en Chine et à l'étranger, cette troupe de danse singulière s'est sentie au comble de l'émotion à l'issue du spectacle de la Soirée de la fête du Printemps. Ses membres se sont embrassés et se sont encouragés dans leur émotion indicible.
Tai Lihua, dans le langage des signes, s'est exprimée ainsi : « la participation à la Soirée de la fête du Printemps était le désir caressé depuis longtemps par nous autres les handicapés. Nous comprenons notre mission. Nous représentons non seulement nous mêmes, mais aussi les 60 millions de handicapés de Chine. » La douceur de ses gestes et la sérénité de son expression nous font voir en elle le « Guanyin » de la scène.
Tai Lihua sait bien qu'elle a derrière elle 20 compagnons, et son professeur, le metteur en scène. Sans l'aide du professeur, elle ne peut pas « entendre » la musique, sans ses compagnons elle ne peut pas donner une prestation aussi impressionnante.
Depuis le mois de mai 2002, date de l'entrée de la troupe sur le marché des spectacles, elle a déjà donné 274 réprésentation et s'est produite dans 16 pays.
La danse est sa moitié, et lui son autre moitié
Tai Lihua est née à Yichang dans la province du Hubei. A deux ans, elle a eu une forte fièvre et une injection de streptomycine lui a fait perdre l'ouïe. Dès l'âge de 15 ans, elle a reçu une formation de danseuse. Puis elle a réussi le concours d'admission aux établissements d'enseignement supérieur, et a été acceptée à la faculté de design de l'Institut des beaux-arts du Hubei. Outre la danse, cette danseuse exceptionelle aime dessiner, lire et s'occuper de sa maison.
Tai Lihua n'est pas désespérée par son handicap. Elle dit qu'elle fait face à la déficience physique avec joie et gratitude. C'est la danse qui lui a permis de retrouver sa confiance. La danse est le langage merveilleux qui lui permet de montrer son monde intérieur.
Ses succès sont dus à l'affection et au soutien de nombreuses personnes, particulièrement à son mari, M. Li Chun. Tai Lihua dit qu'elle ne pourait se séparer ni de la danse ni de son mari, deux moitiés si chères à elle.
La veille du Nouvel An chinois, Li Chun a regardé chez lui, à Wuhan, le spectacle de sa femme, comme des centaines de millions de téléspectateurs. Depuis leur mariage il y a trois ans, ils ont vécu ensemble six mois en tout et pour tout, l'épouse occupée par sa passion à Beijing et l'époux devant poursuivre ses études supérieures de troisième cycle à Wuhan.
Li Chun, du même âge que Tai, n'est pas handicapé. Quand ils se sont aimés à l'âge de 19 ans, Li a dû persuader maintes fois ses parents pendant sept ans avant d'épouser Tai. « En tant que mari, dit Li, j'ai suivi la représentation du « Guanyin à mille bras » sans penser qu'il s'agissait d'un spectacle donné par des handicapés. C'est vraiment une oeuvre très expressive, d'une force de communication incomparable. » Quand il a vu Tai danser pour la première fois, il y a 7 ans, il a été ému aux larmes. « C'est inoubliable. Elle est née pour la danse. »
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