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(GMT+08:00) 2004-12-16 16:38:01    
Traduire la beauté dans le prénom des femmes

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                                    Une Ouïgoure sur trois porte le prénom d'une fleur

De tout temps, que ce soit en Chine ou à l'étranger, on a l'habitude d'appeler les femmes par des noms de fleurs. Ainsi, les Chinoises de l'ethnie Han ont souvent pour prénoms « fleur de prunier », « orchidée », « chrysanthème » ou «fleur de lotus ». Les femmes russes s'appellent « lis » et les femmes françaises et anglaises, « rose ». Les femmes de l'ethnie ouïgoure qui ont le mot « fleur » dans leur prénom ou qui portent le nom de fleurs sont encore plus nombreuses. A part les prénoms comme « fleur de lotus » (Nilopar en ouïgour), « bouton de fleur » (Hunqem), « jasmin » (Qialuk), ou « pérille pourpre » (Reyhangül), on trouve encore plus de prénoms qui finissent par le mot « fleur » comme « fleur d'or » (Altungül) ou « fleur de lune »(Aygül).

Les Ouïgours ont une passion extraordinaire pour les fleurs. Depuis l'antiquité, les fleurs sont omniprésentes dans les poèmes. « le Grand dictionnaire de la langue turque» avait justement décrit une scène d'épanouissement de belles fleurs : « les fleurs rouge et jaunes se regroupent par bouquets, les fleurs violettes et vertes rivalisent de beauté ». Dans les chants folkloriques comtemporains, les fleurs sont vénérées. Comme le décrivent ces paroles : « les rose rouges se sont épanouies. Au milieu des branches et des feuilles d'un vert tendre, les filles qui ont grandi, dansent grâcieusement devant nous. »

Les Ouïgours sont amoureux des fleurs depuis leur naissance. Les jeunes femmes portent souvent une fleur fraîche derrière l'oreille. Alors que certains jeunes hommes ont pris l'habitude de mettre des fleurs à leur boutonnière. Ils utilisent également souvent des fleurs d'abricotiers, de pommiers, de pêchers, de chalefs à feuilles étroites ou des roses pour décorer leur chambre. Partout, que ce soit devant ou derrière la maison, à côté du canal ou des saules, on plante toujours de belles fleurs tant que les conditions climatiques le permettent. Zhang Baozhai, un poète de la Dynastie des Qing, avait décrit les paysages d'une région peuplée de Ouïgours : «Les parfums de fleurs embaument les ruisseaux, les haies se trouvent à l'ombre des saules ».

On aime les fleurs pour leur forme, leur couleur vive et leur parfum entêtant. Les Ouïgours admirent les fleurs pour l'image qu'elles leur renvoient et pour les qualités humaines qu'elles symbolisent. La fleur manifeste leur amour pour la vie et leur réflexion sur la valeur de la vie. Les fleurs représentent la vigueur des Ouïgours. Les fleurs reflètent la vie, les sentiments et la conscience des Ouïgours. Ce végétal est donc personnifié.

Par rapport aux Han et aux autres minorités ethniques, le pourcentage de Ouïgours qui portent un nom de fleurs est assez élevé. Il représente en effet 30% de la population. Cette tendance commence également à influencer la gente masculine. Ainsi, le père de Kelim, un célèbre chanteur ouïgour, s'appelle « Abudugül», qui désigne le nom d'une fleur. Les Ouïgours ont l'habitude d'appeler leurs enfants par des noms de fleurs ou des prénoms porteurs d'espoir, comme « fleur douce » (Xiringül), « fleur de soie » (Tawagül), « fleur du bonheur » (Behitgül), « fleur d'espoir » (Azigül), « fleur de la vie » (Hayatgül), « fleur d'excellence » (Elagül) ou « fleur de bon augure » (Heyrigül). Les fleurs, d'un point de vue purement esthétique, symbolisent la compréhension des Ouïgours sur la société, l'univers et la vie.

                                    Une Ouïgoure sur trois a dans son prénom le mot « lumière »

Les Ouïgours éprouvent une affection profonde pour « la lumière » (nur). Dans les prénoms féminins, la fréquence du mot « lumière » vient juste après celle du mot « fleur ». Ainsi, on trouve « belle comme la lumière » (Nuriye), « la lumière du soleil levant » (Tagnur), « la lumière des fleurs » (Gülnur) ou « la lumière de la lune » (Aynur).

L'adoration de la lumière par les Ouïgours ne date pas d'hier. Ils considèrent la lumière comme sacrée. Pour eux, un bon gouverneur est comparable au dieu du soleil. Dans Bonheur, Joie et la Sagesse(Kutathubilik), une encyclopédie très ancienne de dynastie des Karihan, la science est comparée à la lumière, comme décrite dans cette phrase : « la lumière est un lampion qui éclaire le chemin du peuple pour éviter de se perdre ». Le savant est désigné comme celui qui ouvre la voie au peuple. Un célèbre poète ouïgour du 15e-16e siècle, Nawayi, a quant à lui crée un lien entre la lumière et la justice, en disant : « la lumière de la justice brille comme celle du soleil inondant le verre de vin d'où surgit une voix qui dit : « viens voir le reflet du beau visage de ton amant.»

La littérature contemporaine s'est inspirée de la littérature classique en ce qui concerne le rapport à la lumière. Les écrivains contemporains aiment utiliser le mot « lumière » pour exprimer leurs idéaux et leur aspiration à un amour éternel. Dans la littérature populaire ouïgoure, les amoureux sont souvent comparés à « la lumière du coeur » ou « la lumière dans la nuit ». Ce passage tiré de la littérature ouïgoure exprime bien cette idée : « Si on dit qu'elle ressemble au soleil, c'est parce qu'elle a des joues plus vermeilles que le soleil. Si on dit qu'elle ressemble à la lune, c'est parce qu'elle a des yeux plus clairs que la lune. Tes yeux charmants sont des étoiles brillantes que je recherche dans la souffrance ». Pour cette raison, les Ouïgours font l'impossible pour trouver la lumière au risque d'y laisser leur vie, comme le décrit ce chant folklorique : « Si vous m'octroyez la lumière du bonheur, je vous sacrifierai ma vie. » C'est pourquoi cette ethnie aime profondément les papillons de nuit car ces derniers sont attirés par la lumière. Et ils apparaissent ainsi souvent dans les poèmes et les proverbes ouïgours, comme celui-ci : « elle est comme une lampe lumineuse autour de laquelle je tourne comme un papillon de nuit . »

La Beauté est souvent attribuée aux femmes. Par exemple, parmi les prénoms des Ouïgoures, on trouve « soleil » (Hurxide), «lune » (Ayim), « Vénus » (Xeripe), « Etoile » (Yultuzi), « la fille aux beaux cheveux » (Zulipikiz), « Emeraude» (Zumret) et même « la fille en or » (Tillahan). Celles qui possèdent le mot « lune » dans leur nom sont innombrables. Par exemple « belle comme la lune » (Ayjamal) ou « beauté de paradis » (Ayajanat). Certaines Ouïgoures s'appellent tout simplement « papillon de nuit » (Parwana). La lumière a une force morale dans le coeur des Ouïgours, elle exprime leurs sentiments, forme leur caractère et leur donne de la volonté. Un tiers des prénoms des Ouïgours comportent donc le mot « lumière » ou tout ce qui y est relatif.

                                                La bonté et l'amour

Est-ce que vous avez déjà entendu des prénoms comme « amour » (Muhabbat) ou « regard affectueux » (Ayhumar) ? Les Ouïgours se démarquent du reste de la culture orientale qui préconise la timidité. En effet, les prénoms des Ouïgours offrent une déclaration publique d'un amour enflammé. La recherche des qualités humaines répond ainsi aux besoins de la vie spirituelle. L'amour, l'amitié, la bonté, la générosité et la charité enrichissent la vie et la rendent plus belle.

Les Ouïgours recherchent l'amour fidèle et passionné. Ainsi, ce chant foklorique décrit une jeune fille, belle, bienveillante et amoureuse : « la fille de Kashgar a des tresses noires et longues, tous ceux qui la rencontrent, admirent sa beauté. La fille de Kashgar est rusée et bienveillante. Tous ceux qui la voient ont envie de lui parler. La fille de Kashgar a un coeur d'artichaut, elle vous sert du thé au lait quand vous avez soif. » Complètement opposés à la culture orientale en général, les Ouïgours adoptent ainsi des prénoms tels que « amour » (Muhabbat), « regard affectueux » (Ayhumar), « charmante fleur » (Jelipgül), « l'amoureuse aussi belle que la lune » (Nigaray) qui témoignent de leur sincérité, de leur magnanimité et de leur sincérité dans leur vie amoureuse. Les femmes des autres ethnies chinoises portent rarement des prénoms de ce genre.

Les Ouïgours attachent aussi de l'importance à l'affection familiale dont les prénoms féminins comme «charité » (Reyiman), « tendresse » (Letipe), « pureté » (Halise), « éternité » (Halide), sont les témoins.

Les Ouïgours recherchent également l'amitié. Ils sont généreux et hospitaliers. Le livre « Seuil à la Vérité » traite largement de la générosité et de la sincérité des Ouïgours envers les amis comme « Même si tu as déjà mille amis, ce n'est jamais suffisant» ou bien « la générosité est une qualité noble et glorieuse qui permet d'embellir les gens » ou encore « si le feu de la haine est allumé, éteins-le avec l'eau de la tolérance ». Le « dictionnaire de la langue turque » précise par ailleurs que « votre bonne réputation se propagera si vous respectez les invités » et encore « aidez les invités à descendre de leur cheval et aidez-les à se reposer dès qu'ils sont arrivés ». Les prénoms des Ouïgours comme « fidélité » (Saadet), « générosité » (Kekime), « ami » (Hebibe), « bienvenue» (Merhaba), « célébration » (Mubarek), révèlent la philosophie de la vie des Ouïgours.

Les qualités, les comportements et les habitudes sont tous liés aux étiquettes, à l'éthique et à l'âme. La bonne âme, la noblesse de caractère et la profondeur de la pensée résultent d'une bonne éducation. C'est pour cette raison que les Ouïgours attachent de l'importance au savoir. Certains même pensent que l'avenir de leurs filles repose dans la technique scientifique. C'est pourquoi on peut trouver des prénoms féminins comme « savant » (Alimnisa) ou « lumière de la science » (Ilminur). Les concepts de la beauté et de la bonté sont imprégnés de spiritualité, comme le décrivent des prénoms tels que « grandiose » (Uluhhan), « noble » (Aliya), « manifique » (Seltenet), « sacré » (Mukedes), « brave » (Jiesula), « vérité » (Hakket), « brave et ferme » (Merdane), « fierté » (Pehirinisa) ou « devoir » (Pelizen). La bonté est un trait de caractère que l'on retrouve dans tous les prénoms des Ouïgours. Elle est présente non seulement dans la culture, les coutumes et les traditions mais elle fait aussi partie de l'aspiration des Ouïgours à un avenir meilleur.

(Mi Xiaosheng)