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    (GMT+08:00) 2004-11-15 09:34:27    
    Voyage à travers le plateau Qinghai-Tibet

    China.org

    Montagnes imposantes, lacs sacrés, hada, bannières bouddhiques, monticules de pierres gravées de soutras, mythes, épopées, chemins de pèlerinage, postes de relais d'anciennes voies commerciales, monastères superbes, danse Guozhuang, thé au beurre... autant de merveilles qui attirent les touristes vers le Tibet, pays du lamaïsme avec ses m?urs et coutumes toutes particulières.

    Dans l'atmosphère de sainteté du plateau Qinghai-Tibet, on se sent plus près du ciel, loin des poussières de la vie.

    PARTI de Juyongguan, sur la Grande Muraille dans la banlieue de Beijing, notre convoi de neuf véhicules tout terrain démarre pour un voyage, tant rêvé, à travers le plateau Qinghai-Tibet, suivant un itinéraire qui passera par Hohhot (Mongolie intérieure), Yinchuan (Ningxia), Lanzhou (Gansu) et Xining (Qinghai), avant d'arriver au Tibet.

    Le lac Qinghai, un monde de rêve

    Après deux jours de cahotements, nous avons décidé de rester un jour à Xining, où nous avons visité le célèbre Ta'er, l'un des six monastères de la secte Gelug-pa (Bonnets Jaunes) situé dans le district de Huangzhong, lieu de naissance de Tsong Khapa, fondateur de cette école. Ses murs blancs, ses rideaux rouge foncé, ses lamas en prières... créent une ambiance religieuse qui captive tout un chacun.

    Le lendemain matin, après avoir quitté Xining nous sommes parvenus vers 10 h à un col des monts Riyue (Soleil et Lune), passage unique emprunté par la princesse Wencheng des Tang (618-907) lorsqu'elle se rendit au Tibet pour son mariage avec le roi tibétain. Les monts Riyue représentent non seulement la ligne de démarcation entre le plateau de l?ss et le plateau Qinghai-Tibet, mais aussi celle entre les bassins fluviaux endoréique et exoréique, ainsi que celle entre les zones pastorales et agricoles du Tibet. À cette altitude de près de 4 000 m, nous roulions dans une mer de nuages et de brouillard. La rivière Daotang (Cours inversé) nous accompagne jusqu'à l'issue des monts Riyue.

    Le chemin de descente se rétrécit. Un cantonnier nous a proposé un raccourci. La poussière qui envahissait la cabine nous étouffait. Tout à coup, une voix annonce à la radio: nous voilà au lac Qinghai. Un spectacle étonnant s'offrait à nos yeux avec la verdure des prairies, l'or des champs de colza, l'azur du grand lac, la neige des nuages, qu'animent des troupeaux de moutons paisibles, l'envol précipité d'oiseaux aquatiques. Selon la légende, lorsque la princesse Wencheng passa par là, elle monta dans la montagne et regarda vers l'est. N'ayant pas aperçu son pays natal, Chang'an, elle fut accablée de chagrin. Le précieux miroir qui l'accompagnait lui échappa des mains, tomba par terre et se cassa en deux. Une moitié se transforma en un soleil d'or et l'autre en une lune d'argent, lesquels lui éclairaient le chemin vers l'ouest. Ses larmes remplirent le lac Qinghai.

    Les légendes à propos de la formation du lac Qinghai en sont nombreuses, mais je préfère celle-ci.

    Le Tibet, j'arrive

    Avant le lever du jour, les conducteurs avaient examiné leur véhicule. À 4 h 30, le convoi s'est remis en route. Après avoir franchi la crête Wudao et le mont Fenghuo, nous avons traversé la rivière Tuotuo, à l'origine du Yangtsé. Les monts Tanggula nous sont là, tout près. La neige qui tombait sous un ciel de plomb nous accueillit entre des montagnes d'une blancheur immaculée. Soudain, j'ai remarqué devant moi des bannières multicolores et des monticules de pierre mani.

    Les bannières claquaient dans le vent et la neige. Selon la légende, chaque haute montagne du Tibet incarne une divinité. Les adeptes qui se dirigent vers Lhasa frappent la terre du front et offrent des bannières et des pierres gravées de soutras lorsqu'ils passent par un col. À leur exemple, et par respect pour le bouddhisme, j'ai aussi offert une bannière au moment de passer par un col.

    La beauté de Lhasa

    Aujourd'hui, nous avons manqué la visite du lac Nam Co, l'un des trois lacs sacrés du Tibet, à cause de la neige qui nous en bloquait l'accès. Dans l'après-midi, le convoi suivait une route accidentée qui conduit à la zone géothermique de Yangbajain, parsemée de geysers fumants et de ruisseaux limpides. De là nous roulions rapidement vers Lhasa, un lieu sacré vieux de plus de 1 300 ans.

    En langue tibétaine, Lhasa signifie « lieu sacré » ou « haut lieu bouddhique ». Au VIIe siècle, pour se marier avec la princesse Wencheng de la Cour des Han, le roi tibétain Songtsan Gampo fit construire le palais du Potala, symbole de Lhasa. En sanscrit, Potala signifie « lieu sacré d'Avalokiteçvara ». Tout l'édifice s'adosse à la montagne. Le bâtiment principal, haut de 115 m, avec 13 étages, mesure 400 m de d'est en ouest et 350 m du nord au sud. Il est construit entièrement en pierre et en bois, avec cinq toits recouverts de tuiles dorées. L'architecture de ce magnifique palais marie harmonieusement les cultures tibétaine et chinoise. Par la suite, ont été construits d'autres grands monastères, comme le monastère de Drepung, le Jokhang et le monastère de Sera, qui forment un ensemble de culte du bouddhisme tibétain.

    Nous avons eu la chance de participer à la fête Sagadawa, qui tombe le 9e jour du premier mois tibétain, premier jour de la profession du bouddhisme par son fondateur Çakyamuni. Toute la ville, hommes et femmes, jeunes et vieux, a participé à la commémoration de ce jour sacré. Un moulin à prières en main, les gens faisaient le tour de la montagne, de la ville et des monastères. Les buildings, les voitures roulant dans la rue et la foule frappant la terre du front composaient un curieux tableau de la fusion du modernisme avec la tradition.

    La Déesse relève son voile

    Avec l'impression d'être entre ciel et terre, et à la lumière réfléchie des monts Himalaya, notre convoi escaladait péniblement des sentiers en zigzag, dans la direction du mont Qomolangma (8 848 m), le sommet du globe. Dans les dernières lueurs du couchant, nous l'avons vu. Qomolangma veut dire « Déesse » en langue tibétaine. Il fait face au mont Qowowuyag avec lequel, comme on le dit, il s'est « jumelé ». Nous avons poussé des cris de joie au moment où la « Déesse » venait juste de relever son voile de nuage et de brouillard. Le guide nous a confié que des touristes japonais y avaient une fois attendu des jours entiers pour pouvoir enfin admirer, en pleurant de joie, le visage de la « Déesse ».

    Quittant à regret le spectacle grandiose du mont Qomolangma, le convoi est parti vers un monde tout à fait différent, avec des monts enneigés et des déserts arides. Puis, après avoir traversé un col du mont Xixiabangma (8 012 m), nous sommes tombés dans une féerie de verdure. Du chef-lieu du district de Nyalam au bourg de Zham, les 30 km de routes montagneuses accusent une dénivellation de quelque 2 000 m. Situé au sud des monts Himalaya et balayé par les moussons de l'océan Indien, Zham est enveloppé toute l'année de brouillard. D'innombrables chutes d'eau, dessinant des chaînes argentées le long des vallées profondes, descendent parfois des hauteurs de centaines de mètres. Nos véhicules y ont pris un bain agréable, dans l'air devenu frais et humide. Zham se trouve sur la frontière entre la Chine et le Népal. En costume de couleurs voyantes, les Sherpas qui traversaient la rue de ce bourg népalais ne manquaient pas de jeter un regard scrutateur vers nos carrosseries bariolées.

    Le royaume de Guge

    Ngari frappe par son immensité déserte, mais aussi par sa nature sauvage et vivace.

    Le mont sacré Kangrinboqê se dresse dans toute sa majesté, le lac sacré Mapam Yumco, « mère de dix mille rivières », s'enorgueillit d'être « centre mondial » du bouddhisme indien. Sur la steppe sans bornes, seuls quelques ânes sauvages nous poursuivaient, tandis que des gazelles mongoles et des antilopes tibétaines détalaient à toute jambe à notre approche.

    Les montagnes qui nous dominent sont criblées de cavernes millénaires, anciens abris des peuples troglodytiques du royaume de Guge. Ça et là des tours de citadelle pointent vers le ciel bleu. Selon la légende, à la mort du dernier roi des Tubo, éclata une guerre sanglante pour la succession du trône. Deux princes s'enfuirent de Lhasa et fondèrent ici le puissant royaume de Guge, qui devait prospérer pendant plusieurs siècles. Au XIe siècle, le Guge fut détruit par un voisin au terme d'une guerre barbare qui tua plus de cent mille personnes en quelques mois, laissant des palais en ruine avec des murs ornés de fresques d'une beauté inouïe. Selon les statistiques des archéologues, on a repéré sur 180 000 m2 de surfaces construites, plus de 400 pièces habitables, près de mille cavernes, trois pagodes bouddhiques d'une dizaine de mètres de hauteur, cinq grands palais, 58 fortins et quatre passages clandestins. Ceux-ci descendaient du sommet de la montagne, d'une hauteur de plus de 300 m, jusqu'au bord de la rivière d'en bas et servaient à faire remonter de l'eau et à assurer une voie de retrait pendant la guerre. À l'issue d'un de ces passages, gisaient encore, pêle-mêle, une centaine de corps momifiés, sous l'effet de la sécheresse glaciale du plateau.

    Quittant les vestiges du royaume de Guge, notre convoi avançait vers Ngari. Quelques jours plus tard, nous voilà de retour, la tête remplie de souvenirs inoubliables sur cette terre sainte qu'est le Tibet. (ZHANG YAJUN)