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(GMT+08:00) 2004-01-20 11:58:41    
Liu Zhenyun et son roman "Le Portable"

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Liu Zhenyun est un écrivain très fécond et très en vogue actuellement en Chine. Le film à succès « Le portable » l'a mis encore une fois sur le devant de la scène, puisque le scénario est adapté d'un roman éponyme de Liu Zhenyun. Celui-ci est aussi membre de l'Association des Ecrivains de Chine.

Liu Zhenyun est un homme d'âge moyen, né dans la campagne du Henan. En 1973, il est allé faire son service militaire dans le désert du Gobi. Démobilisé, il a été admis à l'Université de Beijing après avoir passé des examens très sélectifs. A la fin de ses études, il a travaillé pour « Le quotidien des Agriculteurs », puis à partir de 1982, Liu Zhenyun s'est mis à écrire des romans.

En 1987, La littérature du peuple, revue mensuelle la plus prestigieuse de Chine a publié son roman « Tapu », dans lequel, il nous relate les expériences de quelques jeunes ruraux qui se présentent à l'examen d'admission à l'université. L'histoire est décrite de façon vivante, avec beaucoup de minutie et d'émotion. Ce roman a suscité beaucoup d'attention dans les cercles littéraires chinois. Après la publication de ce livre, Liu Zhenyun a écrit une série de romans, notamment «Une compagnie de recrues », « La maison », « La politique», « Des plumes de coq sur le sol», qui ont connu le succès les uns après les autres. A présent, l'écrivain a déjà une trentaine de romans à son actif et a déjà reçu plusieurs prix littéraires.

Liu Zhenyun pense lui-même que son activité créative peut être divisée en trois étapes. La première se rapporte à sa propre vie ; il raconte sa propre expérience, tout comme il l'a décrite dans son ouvrage « Des plumes de coq sur le sol ».

Puis son travail a évolué. Liu Zhenyun a remarqué que dans la vie, beaucoup de choses ne sont pas aussi réelles qu'on le voit, comme par exemple, le fait de manger, de travailler, et de dormir, tous ces gestes répétés tous les jours ne sont pas aussi simples qu'ils apparaissent. Tout en répétant ces gestes, on peut très bien penser à d'autres choses, laisser son imagination vagabonder ou rêvasser. Les gestes du quotidien ne servent que de support au rêve. Dans cette deuxième étape de créativité, Liu Zhenyun a écrit son roman « La farine et les fleurs du pays natal » qui a remporté un succès inattendu ; même si beaucoup de lecteurs disent qu'ils n'étaient pas capables de le comprendre. Il avait passé huit ans à écrire ce roman, comptant plus de 2 millions de caratères chinois. Sa publication a bouleversé le milieu littéraire, puisqu'il a été considéré comme « Le premier véritable roman intellectuel » du pays, au même titre que « A la recherche du temps perdu », chef-d'oeuvre de l'écrivain français Marcel Proust. Dans « La farine et les fleurs du pays natal », Liu Zhenyun déploie une imagination intarrissable, il cherche à découvrir « La réalité profondément cachée » de ses personnages. De ce fait, il a frayé une nouvelle voie dans la création littéraire.

En cheminant vers la dernière étape, Liu Zhenyun nous explique qu'il voulait écrire des choses qui sont hors de la vue. C'est ainsi qu'il a créé son roman « Les paroles superflues». Liu Zhenyun évoque une anecdote : un jour, alors qu'il discutait avec un linguiste, ce dernier lui a affirmé qu'un être humain prononce chaque jour plus 3 000 phrases, en plus des 50 à 60 phrases qu'il a formulées dans ses rêves. Mais, se demandait-il, combien de phrases sont-elles utiles? La plupart ne sont que des paroles superflues.

Liu Zhenyun pensait au contraire que ces paroles sont très intéressantes et très utiles. Elles nous aident à constituer notre vie de tous les jours et à soutenir notre moral. A propos de son approche de la création littéraire, écoutons ce que Liu Zhenyun nous a confié:« La valeur d'un écrivain réside dans le fait qu'il peut voir les choses sous un angle très différent des autres. Il ne voit pas le monde de la même manière que les autres. On ne peut pas retrouver dans les autres livres ce qu'on a lu dans son livre. Tous les chefs-d'oeuvre de la littérature mondiale nous prouvent qu'un écrivain ne peut qu'être original. Pour un écrivain, la source de la création vient de cette exploration incessante, c'est aussi sa valeur intrinsèque. »

Dans la vie, M. Liu Zhenyun est quelqu'un de très sympathique, curieux et parfois timide. Son portable n'est pas souvent allumé, et il ne sait même pas comment l'utiliser pour envoyer des messages. Et pourtant c'est lui qui a écrit le roman intitulé « Le portable ». L'éditeur lui a fait confiance, à une époque où les multimédia sont très développés. Rien que pour le premier tirage, plus de 200 000 exemplaires ont été imprimés.

Liu Zhenyun a remarqué qu'au milieu d'une conversation, beaucoup de personnes se sentent obligées de répondre quand leur portable sonne. Quand cela arrive, on s'arrête de parler. Au début, le téléphone portable avait pour but de favoriser la communication. Mais avec le temps on a remarqué que ce petit appareil semble avoir une vie et dicte le déroulement d'une conversation. Du coup, il a étroitement intégré notre vie au point de pouvoir changer les relations entre les personnes, leur façon de parler et de se comporter.

Cette réflexion l'a beaucoup inspiré. Et aucun écrivain n'avait écrit sur ce sujet auparavant. C'est la raison pour laquelle « Le portable » a vu le jour. Un mois après sa sortie, plus de 220 000 exmplaires ont été vendus, ce qui a bouleversé les professionels ; pour eux, c'est presqu'un miracle dans le domaine de l'édition ! Un best-seller ! Peu de temps après, le metteur en scène Feng Xiaogang l'a adapté pour le cinéma. Et le film « Le portable » a aussi remporté un succès inattendu. Depuis sa sortie en salle à la veille du Nouvel An, il domine au box-office. A propos de son roman, « Le portable », Liu Zhengyun nous a confié:« Dans le roman, le héros est quelqu'un qui vit pour la parole. C'est un animateur d'émission. Et les gens qui l'entourent sont comme lui : son ami est professeur à l'université et sa compagne est enseignante dans un institut de théâtre. La rencontre entre ces gens qui vivent pour le discours renverse les relations qui se tissent entre eux. Le portable sert de support pour étudier la conversation entre les êtres humains. »

Selon Liu Zhenyun, la structure du « Portable » est post-moderne. La première partie revient sur l'enfance de Yan Shouyi, le protagoniste principal. Celui-ci a grandit dans un village plus ou moins reculé. A l'époque, le téléphone n'était pas encore généralisé, sans parler du portable. Quand on cherchait quelqu'un, on devait l'appeler par le haut parleur, ce qui fait que les gens n'avaient pratiquement pas de vie privée. Dans la deuxième partie, on voit Yan Shouyi qui travaille dans une grande ville. Il est devenu un animateur de télévision connu. Il passe son temps à parler et à parler pour ne rien dire, puisqu'il anime une émission de talkshow. C'est tout à fait normal, il parle beaucoup plus que les autres.

Dans la dernière partie du film, on nous a fait retourner dans le village où est né Yan Shouyi, pour rechercher la source de ses paroles. Orphelin de mère, Yan Shouyi vivait avec son père qui ne prononçait pas plus de 10 phrases par jour. Bien que Yan Shouyi ait gagné la reconnaissance des téléspectateurs de tout le pays, dans son village, on ne comprend toujours pas pourquoi il est aussi éloquent. A force de parler, il commence à mentir à sa femme et à ses maîtresses. C'est ainsi qu'il a fait de son portable une sorte de grenade à portée de main, qui risque d'exploser à tout instant.

Liu Zhenyun écrit en moyenne un à deux ouvrages par an. Chaque fois qu'il s'attaque à un nouveau sujet, il se sent très excité par ce qu'il va écrire. D'après lui, c'est là que réside la force de la création. Lorsqu'on lui demande l'intérêt qu'il éprouve pour son métier d'écrivain, voici ce qu'il répond:« Dans la société actuelle, le métier d'écrivain n'est pas très enviable. On mène une vie plus ou moins dure, et on est pas très bien rémunéré, pas plus que la classe moyenne. Ce qui est difficile, ce n'est pas le fait d'écrire, mais c'est le fait de terminer un ouvrage, parce qu'après il faut chercher un nouveau sujet. Quand vous avez trouvé et que vous avez fini d'écrire, le livre ne vous appartient plus à vous ».

Peut-être certaines personnes pensent que la vie quotidienne de Liu Zhenyun est un peu monotone, mais pour lui, il trouve du plaisir à écrire. Généralement, il se lève à 6 heures 30 du matin, puis il fait une heure de jogging. De retour chez lui, il se douche et prend son petit déjeuner. Après quoi, il se met à lire ou à écrire. A midi, il fait une petite sieste, puis reprend sa lecture ou son écriture. Il sort rarement, et se couche vers 10 heures du soir. Quand il a davantage de temps libre, il préfère aller passer quelques jours à la campagne. Cette vie le satisfait.