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Le théâtre tibétain a une histoire très longue. Il a pris forme au 8ème siècle. Il s'agit d'une forme d'art très populaire dans la Région autonome du Tibet et dans la province du Qinghai où se peuple l'ethnie tibétaine. Le théâtre tibétain a plusieurs écoles. Dans la plupart des cas, on les distingue en deux catégories qui sont l'une représentée par le masque blanc et l'autre, le masque bleu. L'école du masque blanc est la plus âgée. Si l'on dit le masque blanc, c'est que lors de la représentation, les artistes doivent porter un masque blanc, confectionné avec la peau de chèvre.
Il faut attendre jusqu'au 15ème siècle pour qu'un moine voyageur du nom de Tangdong Jiépu crée le théâtre tibétain du masque bleu sur la base du masque blanc.
Autrement dit, le masque bleu est une version améliorée du masque blanc. Lors de la représentation, les artistes portaient des masques teintés principalement de bleu foncé dont les motifs étaient plus raffinés et plus beaux que ceux des masques blancs. Mais ce sont les façons de chanter et de danser qui ont surtout été améliorées. Comme Tangdong Jiépu a beaucoup contribué au développement du théâtre tibétain, il a été considéré comme fondateur de ce théâtre. A propos de la légende concernant le fondateur du théâtre tibétain, écoutons M. Zhaxi Duoji, chef de la Troupe du théatre tibétain de la Région autonome du Tibet:« Au 15ème siècle, après avoir constaté qu'un cours d'eau entravait le passage, le moine Tangdong Jiépu de la secte de Kargyut décida de construire un pont avec l'argent qu'il collecterait. Pendant 3 ans, il parcourut toutes les régions du Tibet et déploya énormément d'énergie, mais il ne parvint quand-même pas à réunir les fonds nécessaires. »
A un certain moment, il se sentait très découragé par l'indifférence de la population. C'était tout à fait par hasard qu'il remarqua qu'il y avait parmi les adeptes, 7 jolies jeunes filles qui chantaient et dansaient bien. Alors une idée lui vint à l'esprit.
Oui. Il les invita à former une troupe de théâtre. En jouant quelques saynètes illustrant des histoires bouddhiques, elles se produisirent dans les diverses régions. Leurs représentations furent chaleureusement applaudies par les spectateurs, ces premiers succès ont aussi permis à Tangdong Jiépu de réunir suffisamment d'argent pour construire le pont.
Depuis, des centaines d'années sont passées. Le théâtre tibétain n'a cessé d'être amélioré par les artistes, en devenant un art synthétique ayant son propre style et intégrant les contes populaires, la musique, la danse, les jeux d'interprétation et l'esthétique.
Les spectacles sont le plus souvent données en plein air, c'est pourquoi le chant doit être clair, retentissant ou entrainant. Bien qu'il ne soit pas à thème, le chant du théâtre tibétain se distingue par la diversité des mélodies gaie, triste ou narrative.
Pour le maquillage, les acteurs se fardent de poudre, s'enduisent de crème rouge ou portent tout simplement un masque. L'accompagnement musical ne comporte qu' un tambour et une paire de cymbales.
Pendant la représentation, les acteurs parlent peu mais chantent fréquemment. Il arrive parfois qu'un présentateur explique l'intrigue. En exécutant divers mouvements de gymnastique et des pas de danses, en intégrant la technique des arts martiaux, les acteurs miment la montée, le déplacement d'un bateau, l'envol, le plongeon dans la mer, le galop du cheval, le combat, la lutte contre les exprits maléfiques etc.
Dans le répertoire du théâtre tibétain, ce qui est le plus joué aujourd'hui, ce sont les 8 pièces évoquant des personnages mythiques, des traditions et l'histoire de la princesse Wencheng et d'une autre princesse népalaise. Chacune de ces pièces pourrait être produite pendant 2 ou 3 jours et la pièce « Le roi de la loi Nuosang » en est la plus longue, elle devrait durer une semaine. Normalement, le théâtre tibétain doit être réprésenté sur une place plus ou moins spacieuse, à ciel ouvert bien sûr. Quand un spectacle a commencé, il peut durer du matin au soir. Lors de la représentation, les spectateurs peuvent prendre du thé, ou manger. Quand un acteur est descendu de scène, il peut aussi aller dans les coulisses pour se reposer ou pour manger. Mais sur scène, le spectacle doit toujours se poursuivre. Même si l'on ne peut pas le terminer dans la journée, il faut le continuer le lendemain.
Bien que les pièces racontent de manière figée les mêmes histoires, les acteurs peuvent tout de même improviser les textes pour communiquer avec les spectateurs. C'est aussi la raison pour laquelle la production d'une pièce de théâtre tibétain peut durer aussi longtemps. A ce propos, M. Zhaxi Duoji encore une fois au micro de RCI :« Quelle que soit la pièce que l'on joue, elle doit toujours être représentée en suivant des règles strictes. Normalement, une pièce est composée de 3 parties, à commencer l'ouverture, c'est une partie obligatoire , car elle a pour but de purifier l'endroit de la représentation. Selon la religion Ben, une sorte de croyance locale, tous les êtres ont une âme, c'est-à-dire que les divinités sont omniprésentes. Si l'on veut donner une représentation, on doit commencer par prier les divinités de purifier le lieu. Ce n'est dans la deuxième partie que l'on commence à raconter l'histoire proprement dite de la pièce. Et puis enfin, la troixième partie, a tout simplement pour but de marquer la fin de la représentation ».
Chaque année, la Fête Xuedun est célébrée le 30ème jour du 6ème mois du calendrier tibétain. A cette occasion, les meilleures troupes des diverses régions du Tibet se réunissent dans le Norbu Linka (l'ancien palais d'été du Dalaï Lama) à Lhasa pour se produire pendant quelques jours.
Le sens du terme « Xue » en tibétain est le yaourt et celui de « Dun », le banquet. Ainsi, le mot « Xuedun » veut dire Le banquet de yaourt.
Jusqu'au 17ème siècle, selon les préceptes bouddhiques, les lamas faisaient une retraite de trois mois du printemps à l'été dans les monastères, temps de recueillement et de silence pour travailler à leur perfection. Au début du mois de juillet, ils reprenaient leurs activités normales, tandis que les fleurs s'épanouissaient sur les prairies, les yacks et les moutons s'engraissaient et qu'il y avait lait et beurre en abondance. Les moines étaient autorisés à sortir des monastères et ils se rassasiaient du yaourt que les gens leur offraient. Cette tradition évolua et aboutit à la fête Xuedun.
Avec le temps, le caractère religieux de cette fête disparut et elle devint un temps de divertissement. C'est ainsi qu'au moment où l'on célébre la fête Xuedun, les troupes artistiques des diverses régions du Tibet se rendent à Lhasa pour y tenir le festival du théâtre tibétain.
Bien que la fête Xuedun ait une histoire longue de plus de 300 ans, qu'elle soit depuis longtemps un important divertissement pour la population locale, au fil du temps, cet art classique se sent de plus en plus menacé par l'afflux de la culture moderne, qui a même tendance à tout emporter.
À Shan'nan, pays d'origine du théâtre tibétain, notre correspondant a rencontré M. Kezhu, président adjoint de la conférence consultative politique du peuple chinois du Shan'nan. C'est un expert en théâtre tibétain, il peut lui-même en chanter quelques extraits. M. Kezhu nous a manifesté son inquiétude pour l'avenir du théâtre tibétain:« Si vous chantez une chanson de variété, cela fera plaisir à tout le monde, surtout aux jeunes. Mais si vous chantez un extrait du théâtre tibétain, les seuls intéressé seront les pasteurs, personne d'autre. »
Même son assistante, la jeune tibétaine Daga n'a aucune connnaissance sur le théâtre tibétain. Elle nous a confirmé que les gens de son âge ne s'intéressent vraiment pas au théâtre:« Les seuls qui veulent encore regarder du théâtre tibétain sont des personnes âgées, Les jeunes choisissent d'autres moyens de divertissement».
M. Kezhu a déclaré que le théâtre tibétain devrait être rénové sur la base traditionnelle. A présent, pour les spectacles, on a gardé la forme traditionnelle d'introduction et de conclusion, durant lesquelles, les acteurs portent toujours des masques.
On ne s'est mis à réformer la deuxième partie, la partie principale de la pièce. Lors de cette deuxième partie, les acteurs enlèvent leurs masques. C'est-à-dire que les acteurs doivent dorénavant non seulement bien chanter, mais aussi préter attention à l'expression de leur visage.
En outre, les pièces réformées ne durent plus que deux ou trois heures. Accompagnés par la technologie moderne, le décor, les lumières et la musique, le théâtre tibétain est devenu aujourd'hui un vrai art scènique.
La troupe du théâtre tibétain est l'unique troupe professionnelle en la matière. Elle a été fondée en 1960 et compte aujourd'hui quelque 120 artistes. Traditionnellement, le théâtre tibétain est transmis du bouche à l'oreille, c'est à dire que, si un vieux maitre n'a pas formé de successueurs, son art risque d'être enterré avec lui. Pour remédier à cette situation, on a fondé au Tibet une école du théâtre tibétain.
Cette année, la troupe a envoyé une quarantaine de jeunes artistes à Chengdu dans la province du Sichuan tant pour apprendre le théâtre tibétain que pour étudier Chuanju, l'Opéra du Sichuan. A ce propos, M. Cidan Duoji, vétérant de la troupe nous a confirmé :« Avant, je pensais que le théâtre tibétain ne pourrait être réalisé qu'au Tibet et qu'à Lhasa. En fait, l'air et les mouvements du théâtre tibétain ont beaucoup de ressemblance avec le Chuanju, opéra du Sichuan. Donc, le fait d'envoyer des élèves au Sichuan nous permettrait de multiplier les échanges entre les deux arts. »
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